La saison des illusions

Aujourd'hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.
Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

La saison des illusions

Messagepar Dobble » 17 oct. 2010, 14:29

Bon, c est un recit brut et inabouti parce que j ai pas trop de le temps de le polir...

10/10/2010
Après être rentrés de Predeal, nous sommes partis pour Tismana chez Romeo le Camerounais et Georges le Géorgien. Nous avons dormi là-bas, tous les quatre avec Sargis. Le propriétaire n’attendant pas un retour si prompt, il n’avait pas encore mis en branle l’énorme monstre de marbre qui sert de cheminée et la nuit fut très froide.
Georges est rentré plus tard hier soir parce qu’il a loupé son train de Bucarest en voulant se promener dans le métro avec Aram. Mais tout désagrément ayant un bon côté : une fois arrivé, Georges nous narre la sublime rencontre avec une jeune brune qu’il a faite à la Gare du Nord alors qu’il attendait son train. Malheureusement, il n’a eu le temps de prendre son numéro…
Vers midi, Sargis et moi avons traversé tout Tismana pour arriver sur la route principale entre Tg Jiu et Baia de Arama. On a attendu qu’une voiture s’arrête devant un petit bar et un taxi non officiel nous a pris. 10 lei (2,5€) à deux avec Sargis pour faire 30km.
A Tg Jiu, on a retrouvé Ivan, un volontaire géorgien d’un autre projet qui vit à Tismana. On a déjeuné dans un resto branché avec bcp de jeunes bien sapés et de jeunes femmes très apprêtées pour un dimanche midi. Pour 5 euros, j’ai mangé une grosse pizza et bu une pinte…
Ensuite, on a rejoint Levan, Dani et la Géorgienne au marché à Tg Jiu. Tout est très ancien, même les balances… Avec ma chemise, il semblerait que je ne sois pas passé inaperçu. Nous étions six ensemble mais Dani m’a expliqué qu’un vieil homme nous demandant de l’argent a expliqué qu’il ne demandait pas aux autres mais à moi…
Puis nous nous sommes mis à la recherche d’un fixateur pour la douche de la Géorgienne mais le dimanche, la plupart des magasins sont fermés comme en France. L’Arménien ne comprend pas cela… Dani nous montre son nouveau téléphone qui lui permet d’aller sur Facebook et Internet pour uniquement 7 euros par mois.
En soirée, on retourne à Tismana. Je me fais chambrer par le petit Martin Eden parce que je vais vivre avec Sargis, gay de son état. Vers 20h, Dani nous emmène à Runcu. On découvre cette superbe bâtisse qui va nous accueillir pendant un an et le vieil homme qui en est le propriétaire.
Pendant la soirée, on enlève les feuilles des noix avec lui et on commence à parler. L’homme est docteur en philosophie. Il me fait les louanges de la France et me sort deux disques de chansons françaises avec les grands classiques. La nuit est parsemée de tsouika (eau de vie à la pomme). Le dialogue va être un peu dur pdt qq temps mais tout le monde a l’air de vouloir découvrir l’autre… L’échange de noms est enlevé : Kopa, Moustaki et De Gaulle, entre autres, éclairent notre soirée.


11/10/2010
Première journée à Runcu. Découverte de l’école et de la communauté.
Premier grand enjeu : découvrir où se situe l’école. Longue traversée du village et découverte de nouveaux visages…
A l’école, nous rencontrons Ionela notre mentor, qui est professeur d’anglais. La trentaine, montée sur ses talons rouges et avec une veste en cuir rouge, elle dépareille dans le tableau qui nous est donné de voir.
Les élèves ont entre 7 et 14 ans. Les plus jeunes garçons sont tous en costume. Nous assistons à un cours d’anglais pour les plus jeunes. Les enfants apprennent les langues sans écrire, la prof préférant à cet âge solliciter la mémoire orale. Puis vient le premier cours de français. Sous ses airs sévères, la professeure est élégante. Elle semble faire des efforts dans sa prononciation du fait de ma présence.
Tous les professeurs sont contents de nous voir arriver mais se demandent légitimement quelle va être notre plus-value. Après 3 heures de cours (les cours durent 50 minutes avec des pauses de 20 minutes), nous quittons l’établissement.
En début d’après-midi, après avoir bu un nouveau verre de tsouika, on découvre le fabuleux jardin adossé à la pension où nous résidons. De très nombreux arbres, quelques mûres et beaucoup de vignes grimpantes. Le philosophe nous montre la fermentation du raisin dans de gros tonneaux. Après avoir passé quelques jours dans les vignes en Champagne, je découvre la fabrication traditionnelle du vin. Cette fabrication artisanale semble être répandue dans le coin.
Nous passons ensuite quelques dizaines de minutes à ranger du bois dans une remise, en prévision des rudes hivers à venir.
Puis nous repartons nous promener dans le village. Nous croisons l’homme à tout faire de l’école devant chez lui, Ion. Il nous invite à l’intérieur et nous sommes plutôt impressionnés par la bâtisse. Construite sur deux étages, elle est dotée de superbes pièces avec d’improbables dimensions et de très beaux carrelages et parquets. L’hôte est très fier de nous faire visiter le lieu puis nous offre à boire.
Ensuite, il nous amène faire un tour dans le village pour voir notamment la vallée de la Sohodoloi. On parle du communisme, il est nostalgique ; nous expliquant que tout était mieux organisé et plus simple pour tout le monde à l’époque. Sargis ajoute que le communisme était aussi exemplaire en Arménie.
En rentrant chez lui, Ioi nous montre une maison qu’il construit en face de chez lui pour les touristes. Il est très fier de sa réussite, semble-t-il débutée grâce à ses talents en tant que violoniste et chanteur. Il ne peut donner de cours à l’école car il n’a pas de diplôme mais ses enfants ont fait le conservatoire.
Notre proprio est vraiment une mine d’informations. Balzac est le plus grand écrivain pour lui. Rebreanu plus grand écrivain roumain, Eminescu meilleur poète.
Adepte de l’existentialisme – Kierkegaard, Sartre, Camus.
Il m’explique la relative perte de vitesse du Français et de la culture française en Roumanie. En 1940, 50% de la population roumaine parlait français mais cette influence s’est délitée peu à peu après Yalta. Selon lui, De Gaulle a laissé de côté la Roumanie, la laissant à la Russie. La Roumanie fut isolée de l’ensemble latin Italie-France-Espagne-Portugal qui continua à coopérer.
Il semble curieux de connaître la raison de ma venue ici. Bcp de Roumains en France mais très peu de Français en Roumanie, je suis une exception mais pour lui c’est un compliment.
Concernant Cioran, le philosophe m’a expliqué que je devrais attendre de parler roumain pour qu’il m’explique son sentiment et que cela durerait de nombreuses heures.
Vu une vidéo sur le génocide arménien. Voir article 301.

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 17 oct. 2010, 14:30

12/10/2010
Aujourd’hui on a passé peu de temps à l’école, à peine deux heures. A 14h, nous n’avions donc plus rien à faire… Ionela, notre mentor, rentrait chez elle à Targu Jiu alors elle nous a proposé de prendre le bus avec elle pour la ville…
Le rôle du mentor est central dans les missions qui nous sont propres. Il doit faire le lien entre nous et la communauté, nous introduire vis-à-vis des preneurs de décisions et nous faciliter la tâche dans la mise en place des activités et dans les discussions avec les personnages importants de la communauté.
Ionela est très attentive à nos besoins. Ce rôle est nouveau pour elle, tout comme il l’est pour nous et il émane de notre trio une sorte d’énergie propre aux nouvelles expériences. Cependant, elle ne passe que deux journées à Runcu, n’y habite pas et de fait, ce sera à nous de faire notre place dans le village sans son aide…
Pendant la demi-heure où nous avons attendu le bus (les bus sont assez respectueux des délais, tout au plus une dizaine de minutes de retard), Ionela a cherché à nous connaître un peu mieux, nous posant diverses questions.
Sargis a alors mis en avant son malaise vis-à-vis de cette expérience du volontariat. Pour lui, il y a eu bcp de promesses faites aux volontaires et finalement peu de moyens. Le volontaire est un maillon de la chaîne permettant à l’association de faire de l’argent. Il regrette sa vie arménienne à Erevan où il avait bcp d’amis, sortait bcp.
Bien entendu, après deux semaines, je me garde de porter tout jugement sur son état d’esprit parce que j’aurais peut-être le même après 4 mois. Cependant, je me pose des questions sur les motivations qui ont été siennes quand il a décidé de venir ici. Je savais bien que je quittais un confort certain en venant ici…
Ionela a tenté de relativiser cet état d’esprit en nous contant sa vie. Il y a qq semaines, le gouvernement a décidé de baisser de 25% les salaires des fonctionnaires donc notamment des professeurs, alors que les prix ont semble-t-il faiblement augmenté. Naïvement, je lui demande s’il n’y a pas eu quelques manifestations « à la française » mais elle m’a expliqué que ces manifestations n’ont eu aucun effet.
Elle explique que de fait, la vie est difficile pour elle et sa famille même si son mari et elle ont tous deux un travail. Elle nous dit avec un brin d’amertume que « sa vie n’est pas toute rose non plus ». Elle voulait avoir deux enfants quand elle était plus jeune mais aujourd’hui, elle restera avec ce seul garçon. La donne étant trop difficile économiquement et la charge de l’enfant incombant principalement à la femme dans cette société patriarcale. Sa collègue Elena, la prof de français, la titille souvent sur le fait que pendant deux ans, après la naissance de son fils, Ionela n’est quasiment pas sortie de son appartement.
Ionela nous explique également qu’ils ont acheté un appartement à Tg Jiu avec un crédit sur 25 ans, cette technique de financement étant très récente en Roumanie. Comme Ion, elle regrette de fait le communisme. La vie était plus facile à l’époque avec cependant cette phrase sublime « à l’époque on avait de l’argent mais rien à acheter, aujourd’hui on peut tout acheter mais on en a pas les moyens ». Apparemment, sous le régime communiste, les achats étaient rationnés par famille.
Finalement arrivés à Tg Jiu, nous avons déambulé dans les rues grises de la ville avec Sargis. J’ai découvert dans un parc deux pièces de l’ensemble architectural de Brancusi. Une allée mène à la Table du Silence avec dans son prolongement la Porte du Baiser.
Le contraste est saisissant entre Runcu et Targu Jiu. La ville grouille de monde. Pourtant habitué à vivre en ville, je ressens même un certain malaise à la vue de tous ces gens vaquant à leur occupation. Nous assistons à une procession gitane pour un enterrement. Toute la famille est attroupée autour d’un pick-up avec le cercueil et de multiples gerbes à l’arrière. La procession est colorée et bruyante, les personnes chantent. Le pick-up roule au pas et traverse tranquillement la ville pour un dernier adieu. Personne ne semble y faire attention…
En attendant le bus du retour, après avoir comblé notre ennui par qq bières dans un bar à la mode, j’assiste à une scène surréaliste. Dans une Mercedes dernier cri, je vois un couple habillé de manière très colorée à la gitane, avec un fils. La femme et le fils sont derrière. La femme tient dans sa main ce que je pense être une côte de vache ou d’un autre animal, d’au moins 50 cm de long sur 20 de large. La femme lèche la viande et mord à pleine dent alors que la voiture passe devant nous avec de la musique traditionnelle à fond.

13/10/2010
N’ayant rien eu à faire hier à l’école, nous n’avons pas jugé bon d’y aller aujourd’hui.
Lever vers midi. Après avoir petit-déjeuner, je sors et croise notre hôte, toujours affublé de sa casquette bleue, de son vieux gilet en laine et de son pantalon marron. Il me fait signe de la main. Après m’avoir montré les pommes, il me demande de les cueillir. Je m’exécute avec plaisir et les paniers s’additionnent rapidement à l’entrée de la cave. Sargis me rejoint ensuite. Pour nous remercier, nous avons à nouveau le droit à un verre de tsouika…
Nous passons l’après-midi à Targu Jiu où nous rejoignons la volontaire géorgienne. Nous errons dans la ville. Grâce à cela, je découvre le stade du Pandurii et les installations annexes avec notamment deux terrains synthétiques dernier cri. Le reste de l’après-midi nous fait gagner, à nouveau, une table d’Anna. Ce bar semble être le point de ralliement de tous les volontaires et également des jeunes assez chics de la ville.
Sargis nous annonce son plan et sa volonté de quitter le projet en novembre. J’avoue me poser moi-même des questions quant au fondement de ma venue ici. Pour l’instant, je n’ai rien eu à faire et il semble que le volontaire doive tout prendre en main s’il veut faire qqchose. Le projet n’est pas structuré et mon sentiment est corroboré par l’expérience des autres…
Cependant qq heures après, Daniel, le coordinateur du projet et la nounou des volontaires, nous rejoint. L’entendre parler a ranimé ma flamme. Par son discours, il a su nous montrer l’importance que ce projet revêtait aussi bien pour lui, pour les communautés en question mais également pour nous. Je crois que j’avais besoin de ce type de discours à ce stade de mon séjour. Maintenant, j’essayerais de prendre les choses en main moi-même, de forcer ma nature.
Le soir, deux jeunes viennent rendre visite à notre grand-père à la maison. Peu à peu, nous commençons à discuter tant bien que mal. Lica et Adelin habitent dans le village et ont peu ou prou notre âge. Voilà qui nous sera utile pour faire des connaissances. Grâce à Google Traductions, nous menons un semblant de discussion. Notre ancien, content que nous faisions connaissance avec d’autres jeunes, chante « Zorba, Zorba » en se pointant lui-même du doigt. Il me regarde en faisant cette allusion, pensant sans doute que je suis le seul à pouvoir comprendre. Je souris et j’explique à Sargis. Peu après 22h, les deux jeunes du village partent après nous avoir montré des vidéos d’Adelin chantant en costume traditionnel. Ils nous expliquent que l’on ira à la discothèque tous les quatre.
Nous revoilà à trois avec le grand-père. Peu après, Sargis va se coucher. Fort de mes dictionnaires, je mène la discussion avec notre vieux roumain. Il m’explique que nous sommes tous des « homo universalis », que la nationalité, la couleur n’ont que peu d’importance. Je lui réponds que ce voyage est cependant important pour moi pour comprendre la réalité de ce principe théorique. Mais ma traduction trafiquée mot à mot ne semble pas porter. Il me rabâche la même chose. Je fais signe de la tête pour marquer mon accord.
On écoute de la musique italienne puis du tango. Il me demande si je danse le tango, je lui réponds par la négative. Il m’explique par le geste que danser vient du cœur. Nous avons du mal à parler mais j’ai l’impression qu’il a compris les motivations de mon voyage et ma personnalité. Il me dit qu’ici, ce sera la fête tous les jours. Je reste assez ému par cette fin de discussion puis lui donne l’accolade avant de regagner ma chambre.

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 17 oct. 2010, 14:30

14/10/2010
Nous avons passé toute la journée à l’école.
J’ai joué au foot avec différentes classes pendant deux ou trois heures. Le football est vraiment le langage le plus universel qui existe et sera mon meilleur passeport tout au long de ma vie, du moins tant que mes jambes me le permettront.
Une jeune fille m’a bcp impressionné, elle doit avoir 10 ou 12 ans. J’attends de la revoir jouer mais potentiellement, elle pourrait faire qqchose si on lui apprenait qq bases. J’espère pouvoir mettre en place une équipe ou juste les entraîner un peu pour leur apprendre qq trucs.
On a bcp parlé avec Marius le professeur d’histoire. Il doit avoir deux ou trois ans de plus que nous. Il est frappé par une très grande timidité mais il parle, avec l’après voir poussé un peu, un français tout à fait acceptable. De fait, tous les professeurs essayent de parler français ou anglais et notre roumain ne se bonifie pas bcp à l’école, si ce n’est avec les enfants.
J’ai découvert que la professeure de Français Elena s’occupait aussi des cours de musique et d’arts plastiques ! Ionela est prof dans deux écoles, comme tous les jeunes professeurs qui travaillent également dans un collège tout près.
Nous avons assisté à un cours d’histoire. Les cours durent 50 minutes de 8h30 à 15h30 sans longue pause pour manger à midi. Le cours d’histoire s’est passé dans la salle informatique. Le rituel est tjrs le même, pendant dix minutes, Marius interroge un élève puis il passe derrière son ordinateur et commente un logiciel retraçant les grandes périodes de la Roumanie au 1er siècle. J’étais assez surpris de voir que l’essentiel du cours était développé sur support informatique et d’après ce que j’ai vu, ce logiciel marche également pour les autres disciplines.
Marius est très intéressé par le système universitaire en France et m’a posé bcp de questions. Il semble très respectueux des diplômes français !
En fin de journée, on a assisté à une réunion parents-professeurs. Notre première rencontre avec tous ces visages. Mais les professeurs ne sachant pas vraiment ce qu’on est venus faire, ils nous ont présenté très brièvement. La suite fut un long sermon des différents profs pour mettre en exergue la place des parents dans l’éducation des enfants et l’importance de ne pas recourir à la violence dans le cocon familial. Je fus qq peu surpris par cette leçon de morale administrée par des profs à des parents.
La journée a aussi été marquée par des grèves liées à la réduction du pouvoir d’achat des Roumains, notamment dans la fonction publique. Des trésoreries nationales à Cluj, Bucarest et Timisoara ont été bloquées.
Dans la soirée, les demandes incessantes des différents professeurs concernant les activités nous amènent à rédiger un programme potentiel d’activités à mettre en place.
Demain, notre ami Constantin Adelin passe à la télé, il a promis de nous dédicacer son tour de chant.

15/10/2010
Une sorte de rituel matinal s’institue pour la nouvelle doublette que je forme avec Sargis. Le réveil s’effectue vers 9h30 puis après avoir déjeuné et pris une douche, nous arpentons la route principale de Runcu qui nous porte vers l’école. Le chemin nous séparant de l’école est long d’environ 3km. Chaque matin, nous passons devant les mêmes maisons, en découvrant chaque jour de nouvelles spécificités. Les « Buna diminatsa » deviennent plus chaleureux à mesure que les regards se font plus familiers. Nous croisons le même chien qui n’aboie que lorsqu’il nous voit avec son œil droit. A mi-chemin, l’heureux détenteur d’une Subaru grise métallique la nettoie comme 3 matins sur 4. Sur le chemin, les chiens sont légions. Des deux côtés, les maisons neuves côtoient les vieilles fermes. Seul point commun entre toutes : ces vignes montantes qui barrent l’entrée de chaque maison.
Finalement, nous entrons dans l’école où Ionela nous attend. La matinée sera occupée par des discussions avec les professeurs. J’essaye d’en savoir un peu plus sur le rôle de l’Europe dans la construction de ce village car de nombreuses constructions sont barrées de panneaux spécifiant l’apport d’argent européen. Seul le prof d’histoire concède l’importance de l’argent européen dans le développement du village, notamment à travers le programme Sapard.
Quelques minutes, nous pénétrons dans la classe de langues, transformée pour l’occasion en théâtre. Une troupe ambulante est venue jouer une pièce de théâtre avec marionnettes pour les plus jeunes enfants de l’école. Les mêmes ficelles tirent les mêmes rires à des enfants que ce soit en France ou en Roumanie… Après la pièce, nous parlons hâtivement avec deux personnes de cette troupe, qui semblent éreintés de devoir couvrir de longues distances pour jouer devant des publics d’enfants pour de bien maigres salaires.
Deux heures plus tard, nous rentrons à la maison. Pour la première fois, nous ne faisons pas le chemin uniquement tous les deux. En effet, une quinzaine d’enfants nous entoure. Le dialogue est assez difficile mais nous parlons football avec deux gamins qui jouent au Pandurii Tg Jiu, le club phare de la région. Ils me citent Zidane, Trezeguet, Gourcuff. Je leur cite les différents clubs roumains que je connais puis ils m’invitent à jouer avec eux la semaine prochaine.
Puis nous gagnons Targu Jiu. La donne est simple, il suffit de sortir du village, de se mettre sur la route principale et tout au plus après 10 mn, une voiture s’arrêtera pour vous amener où vous voulez. Dans ce taxi non officiel comme dans tous les autres, je découvre des icônes placées au-dessus du rétroviseur. La religion orthodoxe semble avoir une réelle importance, du moins dans la région.
2 leis plus loin, nous rejoignons Levan et Ivan, deux Géorgiens du projet. Puis bien vite, Matthias le Danois nous rejoint dans le parc principal de la ville. Le temps n’étant pas à l’éclaircie, nous gagnons les rangs désormais bien connus d’Anna. Là-bas, notre présence semble ne pas passer inaperçu. Il est vrai que nous sommes cinq, parlant tous anglais, géorgiens pour les autres et que nos apparences, surtout celle du Danois avec sa crête blonde, dépareillent quelque peu.
Ivan, présent en Roumanie depuis déjà 6 mois, nous narre ses multiples périples à travers la Roumanie, nous loue Timisoara, Cluj et Sibiu. Par ailleurs, il nous parle de son ancienne vie, de ses 4 ans passés à Amsterdam. J’écoute d’une oreille distraite alors que Matthias et Ivan se découvrent un goût commun pour la musique classique. Mon regard est accroché par celui d’une jeune femme, sans doute la trentaine. Elle est attablée avec quelques amies. Je suppose que c’est plutôt le fait de nous entendre parler anglais qui attire son attention que ma barbe de deux semaines. Mais le jeu continue quelques temps, les regards laissant place à quelques sourires.
Peu après, Daniel arrive et m’amène acheter un nouveau portable pour pouvoir être joignable en Roumanie. Je lui explique que je n’en ai pas vraiment besoin mais il y tient. Je quitte donc momentanément le café pour dépenser un sixième de mon budget mensuel (600 lei soit 150 euros) dans un téléphone… Et bien entendu, une fois revenu chez Anna, la jeune femme a disparu ! Cependant, j’ai pu constater à travers les qq venues dans ces murs que la clientèle est formée d’habitués alors je la recroiserais sans doute un jour. J’avoue que ce type de jeu de séduction m’avait manqué depuis mon arrivée en Roumanie. Croiser ce regard au hasard d’une bière m’a apporté un certain vent de fraîcheur.
Vers 18h, Sargis part vers la gare pour passer son week-end à Petrosani. Je reste avec Matthias qui doit faire qq courses. Le spectacle était très intéressant. En tant que végétarien, il apporte une vraie attention à ce qu’il mange, à la qualité des produits. Cette plongée dans ce nouvel univers nous a valu quelques fous rires avec nos problèmes en langue roumaine pour poser la moindre question. Heureusement le langage des signes permet de se faire comprendre.
A 19h, je gagne le dernier bus pour rentrer à Runcu. Dans les premiers rangs, une petite main me fait signe. Un élève que j’ai déjà croisé en cours d’anglais est assis avec son père et sa sœur. Je les salue puis prend place, debout entre les rangs ; ce bus étant celui des derniers travailleurs regagnant les villages. A un certain moment, deux places se libèrent, j’en gagne une puis le petit vient s’asseoir à mes côtés. Dans un anglais de bonne qualité, nous discutons et je découvre le jeune Matéï, 10 ans que j’avais remarqué par son sourire et son bonnet noir avec un pompon. Nous descendons à Runcu, j’accompagne cette famille quelques mètres puis nos chemins se séparent. Tous trois me saluent.
Rentré à la maison vers 20h, je m’assieds devant le poste de télévision pour regarder Adelin chanter. Le programme ressemble à un de ces programmes diffusés sur France3 Régions le dimanche après-midi. Il effectue deux tours de chant, respectant sa promesse de nous dédicacer un des deux. Pendant son deuxième tour de chant, une femme fait son apparition dans le salon. Petite, pleine de vie, des cheveux décolorés orange, je découvre la maitresse de maison qui critique la prestation d’Adelin. Je comprends bien vite qu’elle est la professeur de musique d’Adelin.
Nous parlons quelques instants puis je laisse mes deux hôtes préparer la pension pour le lendemain puisqu’il y aura quelques touristes ce week-end.

16/10/2010
Sargis étant parti pour le week-end, je redoutais un peu ces deux journées à passer seul. Dans mon lit, je fais la liste des projets potentiels qui pourraient égayer ces deux journées. Ivan m’a proposé de venir à Tismana pour rester avec les autres volontaires. Je constate que le Pandurii joue à domicile donc je pourrais également aller au stade. Cependant, le fait que le dernier bus soit à 19h rend caduque cette dernière solution.
En début d’après-midi, je prends place dans la cuisine pour déjeuner. Les deux propriétaires me saluent, toujours affairés pour la mise en place de la pension. Une heure plus tard, je constate avec un plaisir certain qu’Adelin est arrivé. Je le vois discuter avec la femme. D’après ce que je comprends, sa prestation de la nuit dernière est en question.
Après deux semaines en Roumanie, j’ai identifié les mots qui revenaient de manière récurrente dans les discussions. Je comprends donc généralement deux-trois mots dans chaque phrase, ce qui permet plus ou moins de comprendre le sens général des discussions.
Peu après, une quinzaine de personnes arrivent. Je demande à Liviu, le grand-père, d’où ils viennent. Tous sont de Craiova et viennent passer une journée entre amis. Avec Adelin, nous passons une longue partie de l’après-midi à ranger la remise alors que la pluie se fait conséquente. La vieille femme est à la manœuvre, n’hésitant pas à nous donner la main. Je constate qu’il n’est pas nécessaire de comprendre parfaitement la langue pour pouvoir faire ce type de travail manuel…Cependant, en regardant Adelin travailler, je constate une réelle différence de savoir-faire entre lui et moi. Pour lui, tous ces gestes sont naturels. De mon côté, je fais preuve de maladresse, ne comprends pas toujours du premier coup comment bien exécuter le geste juste mais je suppose que c’est également ce que je suis venu apprendre ici : me détacher un peu des livres pour connaître un peu mieux la vie.
En soirée, je passe quelque temps avec les jeunes couples de Craiova, les regardant notamment danser. Ces danses très rythmées au niveau des pieds semblent être très populaires en Roumanie. Liviu m’explique que c’est un fait propre à tous les peuples des Balkans.
Nous mangeons ensuite tous les quatre avec Adelin et mes deux propriétaires. La femme prend plaisir à me sécher les cheveux mouillés durant le travail manuel. Elle me fait comprendre qu’elle aime la manière dont ondulent mes cheveux une fois mouillés. Liviu regarde la scène amusé et un brin sceptique. Une fois sa femme dans la cuisine, il me dit en français « ma femme très difficile ». Il est vrai qu’elle semble être une boule d’énergie, aux antipodes des allures tranquilles de notre philosophe !
Je regarde un peu la télé avec l’ancien. Wolfsburg – Leverkusen puis un long débat sur le clasico roumain qui a lieu ce dimanche entre le Dinamo et le Steaua. La passion semble être plus importante que pour un PSG-OM. Je vois le sulfureux président du Steaua, Gigi Becali, donner une interview sur une sorte de trône avec des parures dorées. Il promet un 0-5 pour son équipe…
En soirée, j’ai le droit à une démonstration de tango par mes deux hôtes. 70 ans au compteur, cependant, la grâce est là. Les corps se connaissent et ne font qu’un dans cette danse endiablée ; les regards sont portés haut et fiers. Ils semblent se retrouver dans ces instants.
Après une partie d’échecs avec Liviu, je vais me coucher. Cette journée a filé sans que je ne la voie passer.

Avatar de l’utilisateur
Jack Peine à jouir
Messages : 5552
Enregistré le : 16 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Jack Peine à jouir » 17 oct. 2010, 15:12

J'suis scotché ; :oops: je retire ce que j'ai dit ;)

Il y a eu d'autres groupes les années précédentes ?
---> Tout point pris n'est plus à prendre

Avatar de l’utilisateur
Albat
Administrateur du site
Messages : 4159
Enregistré le : 23 oct. 2009, 06:58
Description : Mes couilles sur ton nez

Re: La saison des illusions

Messagepar Albat » 17 oct. 2010, 19:26

ne pas savoir danser le tango, c'est une honte :D

Gerard Gerbix

Re: La saison des illusions

Messagepar Gerard Gerbix » 17 oct. 2010, 21:11

J'ai pas encore eu le temps de lire. Gigi a t'il deja baisé?

Avatar de l’utilisateur
Jack Peine à jouir
Messages : 5552
Enregistré le : 16 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Jack Peine à jouir » 17 oct. 2010, 22:38

Juste des oeillades, à l'ancienne ; de plus il n'a pas le temps, débordé par les 10 pommes à ramasser plus la demi-brouette de bois à rentrer.
---> Tout point pris n'est plus à prendre

Avatar de l’utilisateur
Madoff
Messages : 3260
Enregistré le : 15 nov. 2008, 00:00

Re: La saison des illusions

Messagepar Madoff » 18 oct. 2010, 01:00

Like this.
2Pac died because he lived the thug life. This 6 pack is going to die because I live the chug life.

Avatar de l’utilisateur
Grichting
Messages : 1833
Enregistré le : 27 déc. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Grichting » 18 oct. 2010, 12:31

Bon début.
Tu fais comment pour rédiger ? carnets patte-de-mouche ou directement sur ordi ?

Avatar de l’utilisateur
Alchi_
Messages : 4818
Enregistré le : 05 oct. 2007, 00:00
Description : Mignon comme Pedretti.
Localisation : Touche du doigt l'espace

Re: La saison des illusions

Messagepar Alchi_ » 18 oct. 2010, 13:23

Il écrit au feutre indélébile sur sa bite, et vu la taille du texte elle doit être d'un fort beau gabarit.
"Explore des terres vierges comme Fourniret."

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 18 oct. 2010, 15:44

J ai pas encore eu l occasion de baiser et vu la situation, ca risque de durer.

Y a eu d autres volontaires les annees precedentes mais pas dans le village ou je squatte.

Pour ecrire, je mets trois-quatre notes chaque soir et je redige quand j ai le temps.

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 20 oct. 2010, 00:07

Début de l'aventure

3h du matin et le début de l’aventure. Toute une famille se lève pour accompagner un touriste vers l’autre bout de l’Europe, en l’occurrence la mienne. La route vers Charles-de-Gaulle est calme, tant du fait de la fine pluie qui rend la chaussée glissante que de l’atmosphère intrafamiliale qui est devenue un peu plus particulière au fur et à mesure que le départ se rapprochait.
La veille, j’avais reçu les appels de deux tantes. Deux visions quasiment diamétralement opposées sur le voyage qui me sera donné d’effectuer pendant cette année. L’une se demandant, même sans vouloir vraiment l’indiquer par ses questions, le fondement d’un tel voyage après des études qui ont mené vers le Graal « bac+5 ». L’autre, plus légère ; me ramenant à son quotidien en me disant qu’une de ses collègues, roumaine de son état, est originaire de la région où je vais résider pendant un an. Les réflexions sont amusantes et montrent ô combien la Roumanie, bien que faisant la une des journaux via ses parias Roms, est méconnue. Toutes deux me demandent comment elles pourront s’enquérir de mes nouvelles ; au moins, s’il ne convainc pas, ce voyage questionne.
Sur le point de quitter mes parents et ma sœur, je m’étais imaginé une toute autre scène. Beaucoup plus proche de celle vécue dans l’Auberge Espagnole. Mais il semblerait que mes parents et ma sœur se soient faits à l’idée que je devais partir ; plus que je ne le pensais. Pas de grande effusion, simplement quelques conseils et une sincère affection. Cependant, leurs yeux démontraient bien que ce voyage les laissait songeur, mais sans doute plus que ce voyage, mon futur.
La première partie du voyage entre Paris et Prague se déroule parfaitement. Ce refrain de Nina Simone ne cesse de tourner dans ma tête : « It’s a new dawn, it’s a new day, it’s a new life for me. And I’m feeling good ». Les paroles sont exactement l’expression de mon ressenti, alors que je vois le sol tchèque pour la première fois depuis le hublot. Les forêts à perte de vue me ramènent à des souvenirs de traversée en bus de la Forêt Noire.
N’ayant pas le temps de me hasarder dans la ville de Prague, je ne vois de la République Tchèque que ses hôtesses de l’air, son duty free et quelques dépliants qui donnent envie. Le transfert pour Bucarest est imminent, je prends place, encore une fois près du hublot. A bord, le sandwich vite englouti, je tente de récupérer tant bien que mal de la courte nuit qui a précédé mon départ. Mon voisin roumain en profite pour feuilleter l’Equipe, récupéré à l’aéroport. Il me gratifie d’un merci sans accent.
Une heure et demie après avoir quitté le sol tchèque, la coque blanche se fraye un chemin à travers un épais matelas de nuages pour quitter ce ciel bleu permanent, refuge des oiseaux d’acier. De quelques centaines de mètres de haut, la Roumanie me paraît semblable à tout pays européen : de longues plaines, quelques forêts, de vastes champs et ci et là quelques villages perdus au milieu de cette végétation pure.
Arrivé à l’aéroport de Bucarest, je vois tout d’abord le vieux terminal rongé par les années puis la construction d’un nouveau terminal dont les ondulations architecturales font penser à celles de l’aéroport de Bordeaux. Comme tout citoyen français, je quitte aisément l’aéroport sans que plus de questions ne me soient posées.
J’attends quelques dizaines de minutes un bus devant me mener vers la Gara du Nord. Les instructions de la coordinatrice sont claires et je n’ai aucun mal à trouver le bus en question. Quelques minutes plus tard, je prends place au fond du bus pour découvrir Bucarest. Bien vite, trois personnes habillées en noir prennent également place au fond. Je découvre qq minutes plus tard qu’il s’agit de contrôleurs. Je n’ai pas de problème, ayant un ticket en règle. Cependant beaucoup de personnes doivent s’acquitter d’amendes. En effet, les poinçonneurs sont quasiment tous défectueux et il est impossible de valider les billets pour deux personnes. Du coup, beaucoup s’acquittent de l’amende de 50 lei (13 euros). Certains le font avec un certain détachement, d’autres s’emportent.
Depuis mon bus, je découvre une ville vétuste. Trois types d’immeubles se chevauchent sur le chemin : vieils édifices somptueux par leur robustesse, que j’estime sans difficulté de l’époque communiste, immeubles ternes laissant penser aux vieilles cités des années 60 de la couronne parisienne et enfin buildings derniers cris. Sur la route, le constat est le même : de la Dacia à la Porsche, l’éventail des écussons est large.
Une fois dans la gare du Nord, j’ai quelques minutes pour attendre. Je constate avec un œil un brin moqueur l’obsolescence de la gare, surtout la comparant avec sa sœur française. Le carrelage est vieillot et terne, les panneaux d’indication ne sont pas informatisés mais constitués de fines lamelles de bois de toutes les couleurs. Sur les quais, je constate surpris que des employés de la CFR (équivalent de la SNCF) se promènent avec des masses et semblent taper sous la coque des trains qui rentrent en gare.
Après quelques photos de cette réalité nouvelle, je prends place dans mon wagon, direction Targu Jiu. Pour effectuer 314km, la locomotive prend 5h. Il semblerait que cette venue en Roumanie m’amène à m’adapter à un nouveau rythme de vie, sans doute plus contemplatif. Je passe la majeure partie de ces cinq heures à la fenêtre, contemplant les paysages. Je m’imagine tel Lermontov scrutant au loin ses steppes lors de ses nombreux voyages. Ma quiétude est interrompue par les recours nombreux à Gwen Stefani, faisant office de sonnerie pour une femme d’environ 60 ans…
Dans chaque village traversé, la gare est encore habitée par un employé qui fait signe au conducteur soit avec sa main, soit avec une lampe la nuit tombée. Sur les coups de 23h, je m’affaire pour ne pas louper ma gare, puisque la signalisation n’est pas très claire. Heureusement, je découvre sans encombre le théâtre de ces douze prochains mois : Targu Jiu.
A mon arrivée, je cherche un visage qui pourrait me chercher. C’est ainsi que je découvre Daniel. Dans un bon anglais, il m’explique qu’il est le coordinateur, me demande si je veux manger, boire. Nous montons dans sa Twingo verte où nous attend une volontaire géorgienne, scrutant sa page Facebook.
Les anecdotes et les questions fusent dans la voiture. Daniel me demande mes premières impressions en ce qui concerne la Roumanie, je lui réponds que je n’en ai pas vu grand-chose mais que j’étais assez surpris par le nombre conséquent de bâtiments à moitié construits ou d’usines délabrées que j’ai vu depuis le train. Il me conte une blague sur Ceaucescu, expliquant sa folie des grandeurs malheureusement peu suivie d’effets d’où beaucoup de bâtiments commencés et peu aboutis. J’apprends bien vite que mon périple n’est pas terminé pour ces prochains jours puisque je dois reprendre le train dès 4h du matin avec tous les autres volontaires… Cela me fait sourire ; après tout, j’étais venu chercher des aventures. La voiture quitte bien vite la ville pour gagner des routes de campagne.
Environ 40 minutes plus tard, je me retrouve à Tismana avec 4 autres volontaires : Romeo le Camerounais, Sargis l’Arménien, Georges et Ivan, deux Géorgiens. Je découvre une petite maison avec deux chambres, une cuisine et une salle de bains. Je n’ai rien pu voir du village, du fait de l’obscurité. J’apprends en mangeant que Sargis sera mon colocataire puis Daniel me donne mon pécule pour ce mois d’octobre soit 600 lei (150 euros).
Je passe quelque temps avec les quatre garçons. L’atmosphère est conviviale et ouverte. Je m’assoupis une heure puis nous repartons tous ensemble pour Targu Jiu. Là, je découvre sur le quai de la gare les visages des 10 autres volontaires. La fatigue me rend un peu irritable, je les salue sans y mettre tout le cœur que j’aurais voulu. Lucie, la Française, est très heureuse de me voir arriver. Ibrahim, le Camerounais, s’enquiert de mon voyage tandis que Vizma vient discuter un peu, me posant quelques questions sur moi-même.
Bien vite le train arrive et je suis heureux de pouvoir regagner ces sièges pour dormir plus longuement.

Avatar de l’utilisateur
Alchi_
Messages : 4818
Enregistré le : 05 oct. 2007, 00:00
Description : Mignon comme Pedretti.
Localisation : Touche du doigt l'espace

Re: La saison des illusions

Messagepar Alchi_ » 20 oct. 2010, 00:22

Ce mec qui veut nous violer.
"Explore des terres vierges comme Fourniret."

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 20 oct. 2010, 00:27

Poftim ?

Avatar de l’utilisateur
Alchi_
Messages : 4818
Enregistré le : 05 oct. 2007, 00:00
Description : Mignon comme Pedretti.
Localisation : Touche du doigt l'espace

Re: La saison des illusions

Messagepar Alchi_ » 20 oct. 2010, 01:35

Non toi.
"Explore des terres vierges comme Fourniret."

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 20 oct. 2010, 01:40

Je comprends pas parfaitement le fond de ta pensée mais d'accord.

Avatar de l’utilisateur
Albat
Administrateur du site
Messages : 4159
Enregistré le : 23 oct. 2009, 06:58
Description : Mes couilles sur ton nez

Re: La saison des illusions

Messagepar Albat » 20 oct. 2010, 09:26

ça donnerait envie

Avatar de l’utilisateur
Austin Powers
Messages : 1571
Enregistré le : 06 janv. 2010, 13:38
Description : Branleur de pingouin
Localisation : Perdu!!!

Re: La saison des illusions

Messagepar Austin Powers » 20 oct. 2010, 10:09

Ça fait plaisir et c'est tellement bien écrit!!!
"La Vendée on s'y fait"

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 22 oct. 2010, 09:18

18/10/2010

En ce lundi matin, Sargis n’est toujours pas rentré de son périple à Petrosani (prononcé Petrochani avec une cédille sous le s). C’est donc seul que je débute cette deuxième semaine à Runcu. Je ne suis pas particulièrement effrayé par la perspective d’aller seul à l’école, les professeurs étant tous bienveillants à notre égard.
Je me mets en chemin pour l’école vers 10h15, de manière à arriver pendant une pause entre deux cours afin de ne pas déranger. Après cette semaine liminaire, le rythme scolaire à Runcu est intégré. Arrivé à la porte de l’école, je suis accueilli par le professeur de sport drapé dans son survêtement de l’équipe de football de Roumanie époque 1994 avec les Gheorghe Hagi, Popescu et consorts. Il me demande, en français, comment mon week-end s’est déroulé. Le fait est que tous les professeurs font l’effort de nous parler soit en anglais soit en français ; donc l’école n’est, pour nous, pas très formatrice en matière de langue roumaine.
Bien vite, je rejoins la salle des professeurs, bondée. Chacun répond à ma salutation soit en anglais, soit en français, soit en roumain. Je constate encore une fois que la petite télé, située sous le calendrier orthodoxe, crache du RnB occidental avec à la clé des clips plus osés les uns que les autres. La professeure de morale et de religion, environ la soixantaine et un air de bonne sœur est-allemande, rentre dans la salle. Je ressens pleinement l’ironie de la situation entre ces images qui tournent en boucle et ce personnage qui semble si central dans la vie de l’établissement et dans l’éducation des enfants. Mais il semblerait que je sois le seul… Jean Yanne disait peu ou prou que l’ironie n’est point dans la chose mais dans la manière de la regarder.
Ionela me demande où est Sargis puis nous prenons le chemin de sa classe. Les enfants ont environ 8 ans pendant cette heure de cours. Les apprentissages sont basiques : les couleurs, les chiffres, quelques mots de vocabulaire, le tout en chansons. Ionela m’explique qu’entre 7 et 9 ans, les élèves ne se voient pas décerner de notes en tant que telles mais des appréciations allant de très bien à passable. Bien entendu, la plupart récolte des très bien, comme à l’école des Fans.
Ionela n’a que deux heures de cours le lundi et quitte donc bien vite l’école, tout en m’invitant pour l’anniversaire de son fils le lendemain. Je regagne donc le terrain de jeu dehors pour quelques heures. Je joue pendant le « cours de sport » avec trois classes différentes.
L’utilisation du terme « cours de sport » m’est difficile parce que bien que n’ayant pas tenté le Capeps, j’ai eu quelques cours de méthodologie, de pédagogie et autres sciences nécessaires pour construire un cours. Là, le concept est basique. Les garçons jouent au football, les filles au basket. Exception est faite pour la fille qui a le niveau pour jouer avec les garçons. Bien entendu, tout le monde y trouve son compte ; les garçons sont heureux de jouer au football sans contraintes, les filles peuvent papoter sans trop avoir à jouer avec des ballons de basket sous gonflés et le professeur de sport peut vaquer à ses occupations de syndicaliste en même temps. Cependant, vu l’état du matériel, je peux comprendre le peu d’entrain du professeur de sport…
Au final, je constate que la plupart de ces gamins jouent au football mais ne le comprennent pas vraiment. A une ou deux exceptions, peu comprennent l’utilisation des espaces, du jeu sans ballon et l’exploit individuel est bien entendu privilégié. Cependant, ces quelques minutes passées à jouer au football sont l’occasion de se rapprocher de tous ces enfants. Les plus jeunes me prennent dans leur bras quand un but est marqué et tous viennent me taper dans la main.
Un élève m’intrigue particulièrement. Je l’avais vu pour la première fois en cours d’anglais. Son écriture était illisible, il faisait le guignol au fond de la classe pour faire marrer ses copains ; mais pas avec aisance comme un premier de la classe, plutôt comme quelqu’un qui sait parfaitement que ces heures sont de toutes manières perdues et que l’école ne sera pas pour lui la panacée. Alors que nous jouions au football aujourd’hui, il n’a pas cessé de me parler, en rigolant. Avec sa manière très particulière de parler, j’eus quelques difficultés à comprendre mais quelques minutes après, Ion, l’homme à tout faire de l’école, vint et me dit qu’il ne fallait pas faire attention à cet enfant, voire l’ignorer ; tout en mimant avec une main qui tourne proche de la tête le geste de la folie. Le gamin continua à se marrer, tout en semblant avoir compris que ce geste le définissait. Peut-être une question d’habitude. J’étais un peu triste qu’on me conseille de laisser ce gamin de côté ; j’essayerais de mieux connaître ce petit, son parcours.
Avant de quitter l’établissement, vers 14h30, le professeur de sport loue mes qualités de footballeur. Je lui réponds qu’il est assez aisé d’être bon contre des enfants de 7 à 14 ans. Il continue cependant en me disant qu’il ne s’agit pas de cela mais plutôt de la manière de jouer avec les autres, de voir le jeu, etc. puis il en vient au but de sa démarche et me demande si je souhaite jouer avec l’équipe de professeurs de l’école contre ceux du collège tout proche. Je lui réponds bien entendu par l’affirmative. Jouer contre des adultes ne me fera pas de mal…
A 15h, je rentre à la pension. Dehors, le ciel est gris et gronde. Bien vite, l’ennui devient mon seul compagnon et bien que « l’ennui soit la vérité à l’état pur », je goûte peu sa substance. La solitude a pour effet de me pousser à une introspection poussée, et bien souvent de me faire glisser vers des idées anthracites. « Les pensées que je médite sont plus noires que l’anthracite » comme disait le jeune Serge. Lors des premiers jours ici, il m’avait été conté le calvaire vécu par Giovanna, la Péruvienne de 20 ans, qui pleurait chaque soir. Bien qu’étant encore assez loin de ce stade, la situation me donnait à comprendre les raisons et à finalement déceler une certaine légitimité à ces larmes, si toutefois besoin en était de leur en donner.
Quitter amis et famille pendant un an n’est pas chose aisée et ces instants vous amènent à considérer les raisons qui vous ont poussé à faire ce choix. Je suis venu chercher quelque chose ici, une clé. Ou bien, j’espère simplement qu’un autre environnement m’amènera à trouver cette clé que je possède peut-être déjà. Rentrer est une option que l’on envisage dans ces moments. Réellement. Mais rentrer pour retrouver quoi ? Famille, certes, amis, certainement. Ces moments loin d’eux amènent à mieux ressentir la portée de leur importance, si ce n’est dans mon quotidien, du moins dans mon épanouissement général. Rentrer, ce serait décevoir, eux mais surtout moi. Rentrer, ce serait reconnaître que tout ceci n’a été qu’une fuite. Une énième. Rentrer, ce serait se poser la question du futur.
J’aimerais en parler avec mes hôtes, qui seraient certainement de bon conseil. Mais la barrière de la langue amène son lot de frustration, dont celle de ne pouvoir parler dans ces moments. L’écrit reste mon meilleur allié. La musique également. Amenant avec moi quelques gigas de musique, j’ai transporté ainsi des images de divers endroits, des visages, des souvenirs et je comprends l’importance de chacun maintenant. Je divague également, vagabondant dans quelques rues connues ou non. Dans ces rues de Paris que j’aime tellement sans vraiment les connaître et me promets de m’y installer dans un futur proche pour les arpenter à souhait. Et puis dans celles de Florence que je fantasme. Connaitre cette Toscane, ses couleurs et ses villages qui ont offert tant de magnifiques tableaux et recits, de De Vinci a Boccace.
Ce long moment est clos par l’arrivée de Sargis en début de soirée. Avec Liviu, nous regardons une émission satirique, où la France est moquée plus souvent qu’à son tour. Puis les informations enchaînent où j’apprends que la Roumanie va faire son entrée dans la zone Schenghen en avril ; un sujet traite des manifestations en France. Pour le reste, les actualités ressemblent à celles de la France : les problèmes concernant les salaires, la sécurité sociale ou encore la place de l’agriculture roumaine en Europe.
Notre soirée se termine par un film, qui sera très vite oublié… Le fait remarquable réside plutôt dans la présence de sept coupures de publicité en l’espace d’une heure et demie !

19/10/2010
Je me lève, loin des tourments de la journée passée. Je commence à comprendre l’importance de l’autre volontaire dans notre vie au quotidien. Même si j’aime avoir une certaine liberté, la présence de l’autre volontaire à ses côtés est en soi un réconfort certain. Bien qu’étant fort enclin à l’utilisation du mot « Boring » (« ennuyeux »), Sargis a beaucoup de qualités humaines et se trouve être un compagnon de route fort agréable au quotidien.
Vers 13h, nous prenons le café avec Liviu et Laura, puisque nous avons réussi à comprendre le prénom de la Doamna Trasca ! La vieille dame aux cheveux orange nous répète son plaisir de nous compter parmi les siens pour ces nombreux mois, Liviu acquiesce avec sa casquette. Puis elle nous explique, comme je l’avais assez aisément compris, qu’ils se sentent bien seuls dans cette grande maison. Leur fils est parti vivre à Las Vegas il y a 20 ans, leur fille vit à Bucarest et eux se retrouvent seuls. Je ramène cette solitude à celle qu’a pu vivre à certains instants mes grands-parents. C’est sans doute également un paramètre commun à tous les « homos universalis » : la solitude, et particulièrement celle des personnes âgées.
Sargis vaque à ses occupations et je reste sur le divan avec Madame Trasca. Nous parlons de sujets divers. Elle me demande combien d’argent nous avons pour vivre chaque mois et constate que c’est bien peu mais elle ajoute assez rapidement que la pension de son mari, pourtant professeur émérite à l’université de Bucarest, est de 200 euros par mois…Le vieux balance un « C’est la vie » en français. Laura loue la beauté de la France, « la civilisation ». Elle m’explique ensuite que son gendre a demandé sa fille en mariage à Paris sur les bords de la Seine. J’apprends que sa fille est magistrate et travaille au ministère de la Justice à Bucarest alors que son gendre officie au ministère des Affaires Etrangères !
Vers 15h, nous devons aller prendre notre bus pour gagner Targu Jiu. Là-bas nous attend notre mentor Ionela pour fêter l’anniversaire de son fils. Ionela, son mari et leur fils David nous retrouvent devant la gare routière. Nous grimpons dans la Dacia break blanche, que Ionela qualifie de « limousine des roumains ». Le mari de Ionela me parle en français et me souhaite la bienvenue en Roumanie. Nous attendons quelques minutes un collègue de ce dernier. J’en profite pour scruter la sortie de la faculté toute proche et y découvre de nouveaux visages fort sympathiques. Finalement, le Alex que nous attendions monte dans la voiture et après quelques minutes de virée dans les quartiers de Targu Jiu, nous voilà au milieu d’énormes barres d’immeubles.
Cela me rappelle un peu les documentaires visionnés sur les cités en Seine-Saint-Denis dans les années 70. Un professeur m’avait déjà expliqué que ces innombrables cités ont été l’œuvre de Ceaucescu. Les couleurs des blocs sont austères et les peintures décrépites. Au milieu des innombrables parkings, il y a une toute petite aire de jeux avec une balançoire. Nous franchissons le pas de l’immeuble et je me retrouve dans une entrée où la peinture n’a jamais été de mise. Le béton est brut et laisse peu de place à la fantaisie. Les boites aux lettres, minuscules, semblent dater des années 60 et il me parait peu envisageable qu’elles soient encore usitées. Bien entendu, il n’y a pas d’ascenseur.
Heureusement, Ionela habite au deuxième étage. Elle semble franchement contente de nous faire découvrir son appartement. Son mari, qui parle uniquement avec moi puisqu’il ne parle pas anglais, s’excuse pour la vieillesse de sa voiture mais il m’explique qu’acheter cet appartement a été un investissement conséquent pour le ménage. En franchissant cette porte d’entrée, je me rends compte que c’est sans doute la première fois que je pénètre ainsi, réellement, dans le quotidien d’une famille roumaine.
Un couloir d’environ 4 mètres de long donne sur 4 pièces : une salle de bains, une chambre, un salon et une cuisine. L’intérieur est propret. Dans le salon et la chambre, les tapisseries sont neuves. En ce qui concerne le mobilier, pas de fioritures ; un clic-clac, un meuble d’ordinateur et une armoire comblent la chambre d’environ 10m2, dans le salon, un canapé, une petite table et un grand meuble qui prend toute la longueur de la pièce qui doit mesurer environ 15m2. L’appartement dispose du chauffage central et mon hôte m’explique que, du fait de la proximité avec les appartements des voisins, le chauffage ne revient pas à très cher.
Pour être tout à fait honnête, je suis resté assez circonspect quand j’ai vu l’appartement pour lequel un crédit de 25 ans avait été acté. J’apprendrais d’ailleurs par la suite que ce crédit donne des mensualités de 600 lei à rembourser chaque mois pour le couple. Avec mes yeux de Français, j’estime que ce type d’appartement échouerait à un couple de jeunes ouvriers en France. Or, j’ai là à faire à un couple dont la femme est professeure et le mari chef dans l’armée. Encore une fois, je constate que mes repères ne me sont d’aucun secours ici et qu’il faut que j’utilise de nouveaux yeux pour tout ce que je vois.
L’après-midi se déroule dans une superbe ambiance. Le petit David, d’abord très timide, joue petit à petit avec nous et nous prouve ses qualités en anglais et en français. Son père m’explique les raisons de son français très intelligible et ses nombreux voyages en Belgique quand il était collégien et lycéen. Il me parle également de son travail dans les cuisines à l’armée avec son collègue Alex, qui passe le plus clair de son temps à discuter avec Sargis en anglais, tout en nous servant de la tsouika dès que nos verres se vident.
Le repas est copieux et tous cherchent à nous faire plaisir en nous proposant de nous resservir ou en cherchant à savoir si tel aliment nous convient. Ionela prend d’innombrables photos et nous nous prêtons de bon cœur au jeu. Son mari me parle également de l’image de la Roumanie en France et me demande si nous n’avons pas, Français, une trop mauvaise image des Roumains, tout en m’expliquant que les Roms ne sont pas toute la population roumaine. Je le rassure sur la vision de la Roumanie qu’ont les Français, tout en ne sachant pas moi-même si ce que je dis est bien vrai.
David devient enfin le roi de cette après-midi et reçoit de nouveaux trains qui viennent renforcer une escouade impressionnante de motos et de voitures. David et son père montent le chemin de fer ensemble et ajoute les wagons à la locomotive dans un même élan. Je retrouve un peu des gestes que j’ai fait jadis avec mon père. Le train électrique ne marche pas longtemps, sans doute du fait d’un faux contact et les parents sont déçus pour leur fils. On essaye de faire abstraction de ce contretemps en jouant avec les autres jouets de David. De nouveaux verres de vin sont appréciés, le gâteau mangé. Alex nous fait découvrir quelques groupes de rap roumains, au plus grand regret de Ionela.
Vers 20h, nous devons regagner la gare routière pour prendre un autre bus pour aller à Tismana. Alex et le mari de Ionela nous raccompagnent. Nous quittons Ionela et David, que nous remercions chaleureusement. Avant de gagner le bus, nos deux nouveaux amis roumains nous expliquent que ce n’est qu’une première et qu’ils essayeront de faire en sorte que l’on se retrouve de nombreuses fois durant ces quelques mois en Roumanie. Le temps est passé très vite en leur compagnie et Ionela a eu une merveilleuse idée en nous invitant. Il est certain que cela nous sera favorable dans nos rapports à venir, dans notre volonté commune de travailler pour les enfants à Runcu. Nous nous promettons avec Sargis d’acheter un cadeau pour le jeune David, le plus vite possible.
Une demi-heure plus tard, nous pénétrons chez Natia, une volontaire géorgienne, pour le deuxième anniversaire de la journée ! Quelques volontaires sont déjà partis mais il en reste environ une douzaine. Lucie me saute au cou mais me dit qu’elle doit bientôt partir. Je salue Linea et Vizma. Mon ami Levan est présent tout comme Roméo, qui a déjà dû boire quelques bières vu la lumière dans ses yeux. Je souhaite un bon anniversaire à Natia puis découvre de nouvelles têtes : Peter de Sierra Leone, Roberta de Lituanie puis deux autres Arméniennes.
Je suis heureux de revoir quelques visages connus. Je m’attarde sur celui de Roberta dont le rire est pris d’assaut par nos deux Africains. Je parle quelques minutes avec Lucie, nous faisons quelques plans pour le week-end puis elle nous quitte, suivie par Linea et Vizma. L’étreinte avec cette dernière est chaleureuse, partagée des sourires au bout des doigts…
Je profite de la soirée pour prendre quelques nouvelles de Levan. Il quitte sa communauté et Jhon le Péruvien : incompatibilité culturelle apparemment… Je m’enquiers des progrès de Levan en français et en allemand. Nous descendons quelques bouteilles de bières et mon répertoire musical devient celui de la soirée. The XX sont plébiscités et je ne peux bien entendu résister au plaisir de glisser quelques délices de Gainsbourg pour ces oreilles néophytes.
Les uns et les autres nous parlent de leurs projets, en ce qui concerne les activités. Nous sourions avec Sargis, arguant que nous ne pouvions rien commencer avant qu’un accord soit signé entre Daniel et l’école de Runcu. La soirée continue, rythmée par son flots de rires, de discussions dans des langues diverses et de découvertes pour chacun.
Vers 2h, nous quittons les jeunes femmes pour aller dormir chez Romeo. Cette journée fut dense en termes de rencontres et de discussions. Me vient à la réflexion que lors de cette expérience, il faudra capitaliser lors de ces journées pour supporter celles qui seront plus difficiles. Mais cet adage sera sans doute de mise bien au-delà de cette expérience…

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 31 oct. 2010, 11:20

20/10/2010

Après une nouvelle nuit passée à Tismana, je me lève vers 9h30. Je rejoins la deuxième chambre de cette petite maison où les autres volontaires ont dormi. Tous dorment profondément. La télé continue de diffuser des images sans son : Discovery Channel. La télévision roumaine est une de nos plus sûres alliées dans l’appréhension de la langue roumaine. En effet, la plupart des programmes sont issus des USA et sous-titrés. Ceci nous permet de manière intéressante de développer notre vocabulaire.
Je change les chaînes puis tombe sur le résumé des matchs de Ligue des Champions de la veille. Je constate une nouvelle fois la ballade d’Arsenal dans ces poules avec notamment un chef d’œuvre de Nasri et la confirmation du très grand talent de Wilshire. Totti reste éternel. Marseille souffre pour battre la plus faible équipe de son groupe alors qu’ils semblaient cette année armés pour au moins passer ce premier tour… Sargis débarque assez vite dans la maison, après avoir dormi à une centaine de mètres de là, chez Ivan. Il ne comprend pas comment autant de buts sont passés aussi vite et je tente de lui expliquer que ce ne sont que des résumés…
Les autres se réveillent peu à peu et vers midi, nous recevons l’appel de Daniel. Une réunion au sommet est prévue dans un bureau à Tismana, nous sommes conviés à nous y joindre. Personne ne comprend réellement le but de cette réunion mais nous nous y rendons en traversant la moitié du village à pied. Je marche avec Roméo et constate pour la première fois le regard porté sur le Noir dans les villages. Je comprends que pour moi, l’adaptation est facile, je ne suis guère différent des Roumains par mon aspect physique, si ce n’est par mes cheveux un peu plus longs et clairs que la moyenne. Pour Roméo, la bataille doit être quotidienne. Des enfants l’appellent par son prénom dans la rue, il répond d’un signe de la main. Tous le dévisagent. Quelques adultes semblent faire des blagues sur son passage. Roméo est un peu désabusé mais m’explique qu’il savait plus ou moins que ce serait comme ça en venant ici et qu’il s’était chargé de représenter l’Afrique, dans les bons comme dans les mauvais moments.
Arrivé dans le centre du village, nous nous rendons dans les bureaux de l’association « Tineri Fara Frontiere » (Jeunes sans Frontières). Danny est déjà en place, nous avions vu sa Twingo verte devant l’entrée. L’endroit est rustre. 3 bureaux avec autant d’ordinateurs et d’imprimantes, pas mal de crayons, feuilles et photos dispersés dans tous les coins. Daniel en vient assez vite au but de la réunion où sont conviés tous les volontaires habitant à Tismana et donc nous par hasard. Il veut savoir qui se plaint de l’organisation à l’Agence Nationale (agence chargée de s’occuper et d’avoir un regard sur les différents projets liés au volontariat en Roumanie). Daniel nous interroge un par un, en mettant l’accent sur Sargis. Ce dernier, qui goûte peu à ce procédé, lui explique très franchement que s’il a un problème, il le fera clairement savoir à qui de droit, et non en passant par l’Agence Nationale. Daniel est semble-t-il assez remonté mais ne trouve pas dans cette pièce de « taupe », pour faire référence au grand penseur Patrice Evra.
Quelques dizaines de minutes plus tard, nous pénétrons tous les sept dans un bar en face des bureaux. Cet effet de bande porte de fait tout le temps les regards sur nous, surtout dans les villages. L’endroit n’est pas très fréquenté et je n’ai aucune peine à distinguer une superbe scène qui se déroule juste en face de moi. Attablées, face à moi, 3 vieilles personnes dégustent ce qui ressemble à un sandwich. De profil, deux hommes et de face une femme. Tous trois sont endimanchés. Les deux hommes portent des bérets et des vestes en coton très claires. La femme porte une robe assez neutre dans ses couleurs mais ample, avec un foulard clair sur la tête. Elle semble avoir du mal à mâcher le sandwich, sans doute à cause de son dentier. Tous trois possèdent à quelques centimètres d’eux une bouteille de bière. Les visages sont marqués par les ans, chacun possédant un nombre conséquent de rides. Ils ne parlent que très peu, s’adonnant difficilement à l’exercice de la mastication. Chacun finit ensuite sa bière, avec un plaisir visible. Je n’ai pas eu le courage ou l’indécence de leur demander une photo…
Cette journée rythmée me voit ensuite découvrir Godinesti où résident Rodrigo l’Argentin et Ibrahim le Camerounais. A l’entrée, je constate la présence d’un terrain de football en bon état avec une tribune d’environ 150 personnes et me désole que ce ne soit pas le cas à Runcu. Comme tous les villages, Godinesti ne semble être bâti qu’autour d’une rue principale. Des deux côtés, se profilent des petites maisons, dont très peu sont récentes. Contrairement à Runcu, les choix dans les couleurs sont assez ternes : le marron, le blanc et le vert kaki étant surreprésentés. Nous nous rendons à l’école avec Daniel et Sargis où nous attendent les deux volontaires. Rodrigo vient en premier à notre rencontre. Il est vraiment, de tous les volontaires, celui qui a le plus l’allure d’un Roumain. Il soigne peu son aspect extérieur. Sa barbe longue commence à faire quelques boucles aux confins de la gorge, ses cheveux jouissent de la même liberté. Un vieux pull en laine bariolé, des rangers et un pantalon marron complètent le panorama. Ibrahim arrive ensuite, en tee-shirt avec un énorme casque autour du cou. On discute quelque temps en français.
Nous nous rendons ensuite dans leur maison, au fond du village, près de l’église. Ibrahim m’explique ses difficultés avec Rodrigo. Certes, l’Argentin fait des efforts pour parler ; il bafouille d’ailleurs quelques phrases de français. Cependant, sur le fond, Ibrahim et lui semblent avoir des avis divergents sur la façon de mener à bien l’aventure, notamment en ce qui concerne les activités. Rodrigo agit en franc-tireur, ce qui désole Ibrahim, qui fort de sa patience, tente de lui faire entendre raison. Alors que nous discutons de cela, je pénètre dans leur maison. Les toilettes sont dehors, à 5m de la maison. La maison est très petite, environ 1m95 sous plafond. Les murs ne sont pas droits. Chacun dispose de sa chambre, Ibrahim me développe les projets d’aménagement de la sienne. Nous les quittons ensuite bien vite et je comprends ma chance de vivre à Runcu.
La suite de notre périple dans la Clio, verte et emblématique de Daniel, nous amène à Pestisani, où résident les quatre demoiselles du projet, hormis Giovanna. Dans un bar, qui ressemble beaucoup dans son agencement à ce qu’on trouve dans les petites villes branchées d’Europe avec fauteuils en cuir, peinture claire et téléviseurs branchées sur le MTV local aka Kiss TV ; nous retrouvons les filles. La discussion reprend sur le même thème que celui abordé à Tismana : qui a des raisons de se plaindre ? Personne ne prend réellement la parole puis Danny pose une question rhétorique à Guada. L’empoignade entre les deux peut débuter.
La discussion touche de nombreux points concernant la vie du volontaire. Guada est notamment déçue de ses conditions de vie, n’ayant pas Internet à la maison. De même, elle insiste sur le fait que la réalité n’est pas conforme à ce qu’elle avait signé comme convention avant de partir. Des détails sont abordés, des futilités. J’écoute d’une oreille distraite, tout en souriant par moments devant la bêtise des demandes. Regarder des personnes s’employer à argumenter et faire valoir leurs visions des choses est aussi intéressant pour mieux les connaître. Guada semble assez structurée dans sa manière d’argumenter, très précise et son but profond semble être d’améliorer la structure générale de l’organisation. Vizma ne sort pas un mot mais trépigne dans son coin, quant à Lucie, elle sort des arguments sans tête ni queue. Danny essaye lui de démontrer l’importance de la tâche qui lui échoit : s’occuper des desideratas de 15 jeunes dans des villages différents dans un rayon de 50km. Je m’aperçois chaque jour plus clairement de la mission impossible dont il a hérité et au fond, je suis assez attristé de voir les autres volontaires toujours quémander quelquechose. Il me semble que cela fait aussi partie de l’expérience, on doit jouer selon les règles et les possibilités qu’on nous offre et cela fait partie de l’apprentissage.
Ensuite, nous filons vers Targu Jiu avec Daniel, Sargis et Natia. Après avoir mangé des sortes d’énormes bretzels, nous nous attardons dans un marché intérieur près de la Piata Centrala. L’endroit me fait vaguement penser à Camden à Londres, de par les couloirs qui se croisent indéfiniment. Un Camden désuet bien entendu. L’endroit regorge d’objets divers, allant des produits ménagers aux habits en passant par des légumes. Danny achète des produits ménagers pour toutes les doublettes de volontaires puis une nouvelle couverture pour Ibrahim.
Danny nous ramène ensuite à Runcu. Il en profite pour discuter un peu avec Laura, notre propriétaire. Cette dernière lui fait part de ses anciennes fonctions, aussi bien dans une école d’art dramatique à Targu Jiu qu’au sein du Conseil du Judet (région) de Gorj. Je m’efforce de les écouter et comprend malgré tout assez bien la discussion qu’ils mènent en roumain. Liviu en profite pour parler d’un auteur géorgien des années 30 avec Natia. Cette dernière semble assez touchée par cette attention et nous fait part de son étonnement devant la culture de notre hôte. Nous échangeons un sourire avec Sargis et expliquons à Natia qu’il s’agit maintenant de notre quotidien que d’échanger avec cette encyclopédie de 75 printemps.

21/10/2010

Le jeudi, nous ne nous rendons pas toujours à l’école puisque notre mentor Ionela travaille dans un autre établissement ce jour-ci. De plus, Danny n’ayant pas encore signé de contrat de partenariat avec l’établissement scolaire, nous ne pouvons mener d’activités de manière autonome.
Dès notre réveil, en fin de matinée, Laura nous demande si nous pouvons l’aider dans le jardin pendant l’après-midi. Nous répondons bien entendu par la positive. Je découvre de nouveaux gestes ce faisant. S’occuper des salades, les laver, enlever leur cœur, les mettre dans des tonneaux puis les saler et enfin remplir le tonneau d’eau. Je m’essaye à l’art de l’utilisation de la serpe, jusqu’alors simplement entrevu dans les albums d’Asterix avec le druide Panoramix, pour mettre fin au règne des mauvaises herbes et fleurs en fin de vie en ce début d’automne.
Je découvre de nouveaux gestes mais je retrouve des senteurs connues. Ma mémoire les associe à mes vacances passées plus jeune dans les Ardennes. Construire cette parenté entre les deux campagnes a été aisé pour ma mémoire et je me mets à douter d’elle. Ne serait-ce pas tout simplement les senteurs de l’automne que je retrouve, après les avoir longtemps ignorées vivant en milieu urbain ?
M’occupant de ratisser les feuilles mortes sous le vieux marronnier, je commence à comprendre l’importance que revêt l’apparence d’un jardin « propre » pour ma propriétaire. Bien entendu, je pense que vu la quantité de feuilles encore présentes sur le vieux marronnier, il faudra certainement rééditer les mêmes gestes la semaine suivante et que la besogne est donc inutile mais je comprends et m’exécute. Je vois dans cette attention du jardin arrangé les préoccupations de mes propres grands-parents, que je n’ai longtemps pas compris.
Puis nous nous attachons avec Sargis à transporter un tas conséquent de terre fine d’un bout à l’autre de la propriété. La tâche est rude et peu gratifiante. Bizarrement, exécuter celle-ci me ramène à de nouvelles mémoires, je revois mon père effectuant la même tâche un soir d’hiver sous la pluie. Je le revois, depuis la fenêtre de la cuisine, rentrant une quantité énorme de terre, destinée à être le berceau d’une nouvelle pelouse. Et aujourd’hui, je m’en veux d’être resté derrière cette fenêtre. J’ai du mal à comprendre ce processus qui me fait associer mon activité du moment à des évènements auxquels je n’avais pas pensé depuis fort longtemps mais ce processus est plus que redondant depuis que je suis arrivé en Roumanie.
Après avoir passé une bonne partie de l’après-midi à gommer les traces de l’automne dans le jardin, Liviu nous invite à boire un verre de tsouika, sans doute bien mérité. Le repas s’organise, Laura passe en cuisine et nous restons tous trois avec Liviu et Sargis. La discussion n’est pas toujours simple ; par instants, les silences et les regards se croisent pendant de longues minutes.
Me tendant une pomme, Liviu commence à me donner le nom latin du fruit. Puis il me cite un nom que je ne comprends pas. Il m’explique puis je note ce nom « Charles Linné », biologiste français qui a grandement contribué à la nomenclature latine des différents fruits et légumes. Bien entendu, je n’avais jamais entendu parler de cet homme et je me demande comment Liviu a pu être confronté à celui-ci.
La table est mise puis Liviu me dit qu’ici, je vais découvrir un nouvel art de vivre, en ne mangeant que des produits naturels ; apprendre à vivre au fil des saisons selon ce que le jardin offre. J’acquiesce tout en essayant de lui expliquer qu’en France, dans les campagnes, la situation est semblable. Comme chaque jour, le repas débute par une soupe. Je reprends goût à ce mets que j’avais délaissé depuis mes premières années.
Liviu nous fait un exposé sur les grands penseurs de la politique européenne. A chaque nom énoncé, il m’interroge avec ses yeux pour savoir si je connais l’auteur ou sa pensée. J’acquiesce environ une fois sur deux. Puis dans un instant magique, Zorba cite Giovanni Papini. Je cite « Un Uomo Finito ». Nous sourions tous deux. Je ne connaissais pour l’instant personne ayant lu ce livre et ma surprise est très grande que d’entendre ce nom ici, au fond de la Roumanie. Liviu semble aussi surpris que je connaisse Papini et ce livre. J’essaye de lui expliquer comment j’en suis arrivé à le lire et l’apport de ces lignes dans ma construction personnelle. Liviu me dit que j’effectue un peu le même parcours que Papini qui a premièrement voulu apprendre beaucoup grâce aux livres puis s’est essayé à la vie, notamment à la campagne pour comprendre aux contacts des personnes dotées d’un savoir certain.
La qualité et la rareté de tels instants me font comprendre peu à peu pourquoi je suis venu ici. Le départ fut précipité mais les bénéfices de telles discussions me suivront longtemps.

Gerard Gerbix

Re: La saison des illusions

Messagepar Gerard Gerbix » 01 nov. 2010, 20:56

J'ai lu environ la moitié pour le moment, c'est vraiment très interessant

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 03 nov. 2010, 11:26

Merci, je doutais de l'intérêt pour vous. C'est pas universel comme du Kazantzakis.

Avatar de l’utilisateur
N.E.R.D
Messages : 2222
Enregistré le : 16 nov. 2008, 00:00

Re: La saison des illusions

Messagepar N.E.R.D » 03 nov. 2010, 12:27

le style journal te sied à merveille

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 03 nov. 2010, 16:29

Grâce à Papa Gonzo R. D'ailleurs, il y a des rééditions en ce moment en France...

Avatar de l’utilisateur
Jack Peine à jouir
Messages : 5552
Enregistré le : 16 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Jack Peine à jouir » 03 nov. 2010, 19:12

N.E.R.D a écrit :le style journal te sied à merveille

Au risque de me répéter, je suis impressionné ; j'aurais presque la sensation qu'il est facile d'écrire.
---> Tout point pris n'est plus à prendre

Avatar de l’utilisateur
Austin Powers
Messages : 1571
Enregistré le : 06 janv. 2010, 13:38
Description : Branleur de pingouin
Localisation : Perdu!!!

Re: La saison des illusions

Messagepar Austin Powers » 16 nov. 2010, 13:45

+1

Je pense qu'on est plusieurs à te lire avec délectation et à suivre ton aventure...qui m'a tout l'air d'être un parcours très intéressant pour toi et une certaine réflexion sur toi même.

D'ailleurs c'est loin le 21/10...alors depuis???
"La Vendée on s'y fait"

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 16 nov. 2010, 14:52

La vie s est un peu accelere et du coup, j ai eu moins de temps pour ecrire. Mais je pense que vous aurez bientot du neuf.

Merci pour les encouragements. En effet, c est une bonne experience pour reflechir, sans doute ma meilleure annee universitaire pour l instant...

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 16 nov. 2010, 15:57

22/10/2010

Aujourd’hui, j’ai eu la surprise de voir deux hommes d’église dans les couloirs de l’école à Runcu. L’un d’entre eux correspondait parfaitement au stéréotype que l’on peut se faire d’un prêtre orthodoxe : un homme d’une stature certaine, habillé d’un costume noir assez simple, avec une chevelure poivre et sel et une légère barbe bien taillée, agrémentée des mêmes couleurs. La venue de telles personnalités locales est toujours appréciable car elle donne lieu à une sorte de déjeuner entre les professeurs et ces personnalités, dans une salle spécialement dédiée. Bien entendu, je suis convié à partager la polenta, les côtelettes ainsi que les sarmales (excellente spécialité roumaine).
Il est assez aisé de voir dans le regard de chacun le respect conféré à ces hommes d’église et leur importance dans la vie de la communauté. Je suis surpris de voir que ces deux hommes, quand ils découvrent la raison de ma présence en Roumanie, semblent me conférer la même importance. Après avoir rempli quelques papiers avec des enfants dont les familles sont pauvres (le but étant d’emmener ces enfants en vacances), les deux prêtres prennent congé de l’assemblée.
Pour ma part, je prends la direction de Targu Jiu pour déambuler dans ces rues que je ne connais pas encore. Par hasard, je croise Levan, un Géorgien. Ce dernier habitait dans une communauté nommée Biltein avec Jhon le Péruvien. Cependant, il m’explique que du fait de nombreux problèmes d’incompatibilité entre eux deux, Levan va changer de village et vivre seul d’ici quelques jours. Cela fait aussi partie de l’apprentissage, que de vivre avec des personnes ayant des valeurs et des cadres culturels complètement différents. Il est vrai que pour Levan et Jhon, la chose était encore plus difficile car quand ils sont arrivés, ils ne pouvaient communiquer ensemble, Levan ne parlant pas espagnol et Jhon ne parlant pas anglais, ce qui a dû créer pas mal d’incompréhensions…

23/10

Vers midi, après une longue nuit où j’ai récupéré mon retard en termes d’écriture, je me dirige vers la route principale pour aller vers Pestisani, où résident les quatre volontaires féminines qui m’ont invité. Comme toute escapade, cela nécessite temps et préparation. En effet, nos villages respectifs ne sont éloignés que d’une dizaine de kilomètres mais s’y rendre n’est pas aisé. Par exemple, pour me rendre à Pestisani, je dois marcher environ 25 minutes pour aller de ma maison à la route principale entre Targu Jiu et Tismana. Puis arrivé sur cette route principale, je dois faire de l’auto-stop et attendre un conducteur qui aura une place et la volonté de me mener au prochain village. Heureusement, généralement, l’attente ne dure pas plus de 10 minutes.
Arrivé à Pestisani dans une vieille Dacia, je trouve les filles en train de m’attendre au carrefour principal du village, et d’ailleurs unique carrefour du village entre les deux seules routes. Guada l’Argentine est en train de continuer les dreadlocks de Linea la Danoise. Vizma scrute nerveusement son portable alors que Lucie me saute au cou, dès qu’elle me voit sortir de la voiture.
Nous prenons la direction d’un des deux bars de Pestisani, où écrans plats, billards et fauteuils clubs sont disposés harmonieusement. Dans un premier temps, nous débitons des banalités ; Lucie me conte en français les péripéties des derniers jours. Puis, bien vite, deux jeunes hommes d’une vingtaine d’années font leur entrée dans la pièce. J’apprends bien vite que l’un s’appelle Alex et l’autre Vlad. Je connais déjà le premier, qui fait office de taxi.
J’écoute les récits croisés de la soirée précédente entre Guada, Lucie et Alex. Je comprends assez vite le jeu qui se trame entre ce dernier et toutes les filles. Pour ces jeunes hommes, voir apparaitre dans leur village quatre jeunes demoiselles étrangères doit avoir à la fois un certain goût d’aventure et de défi. Les filles en jouent allégrement, comprenant parfaitement leur intérêt ; notamment du fait qu’Alex possède une voiture, élément décisif dans la vie quotidienne. Lucie semble avoir un réel faible pour Alex, qui se voit dépeindre la soirée précédente ; où, semble-t-il, il aurait abusé d’alcool et de promesses envers Lucie. J’écoute, enjoué, puis commence à discuter avec Vlad.
Alors que la sono crache un tube RnB roumain, Vlad me raconte qu’il connait l’artiste en question personnellement. Mais il s’excuse aussi vite pour la qualité relative de la musique que nous entendons. Il m’explique qu’à l’époque, cet artiste faisait du rap underground de qualité certaine mais que depuis, il s’était laissé bercer par les sirènes de la gloire et du tube facile. Vlad semblait le regretter, tout en disant qu’il faut bien vivre, le tout dans un anglais parfait. Nous discutons ensuite de quelques goûts musicaux en commun pour Mike Skinner ou Outkast.
Environ deux heures après être entrés dans ce bar, nous faisons le chemin inverse. Vlad nous fait la courtoisie de nous amener chez les jeunes femmes au volant de sa BMW noire. Je découvre ensuite le royaume des « Quatre Fantastiques », comme elles se sont autoproclamées.
Les jeunes femmes habitent dans une maison avec un étage. Au rez-de-chaussée, la cuisine est spacieuse, carrelée avec des motifs bleus désuets. A l’étage, l’appartement est de belle facture. Tout est neuf, du parquet aux tapisseries. On entre dans un hall avec une sorte de bar américain. L’abondance de chaussures dans l’entrée nous rappelle l’intrusion dans un univers féminin. Le reste de l’appartement est constitué d’un salon avec sofas et canapé, de deux chambres avec lits doubles (l’une partagée par Vizma et Linea, l’autre par Guada et Lucie) puis une petite salle de bains. L’appartement est un sacré bordel, les vêtements jetés à la hâte constituent la principale forme de décor dans toutes les pièces.
Du côté de la chambre de Lucie et Guada, je constate sur les murs les nombreuses photos de proches ou d’autres volontaires. Certaines sont entourées de cœurs, Guada me présente sa famille, sa petite sœur et aussi ses amies proches, qui ne démentent pas ce que je pensais de la beauté des Argentines. Dans l’autre chambre, les murs sont restés vierges de toute marque de souvenirs du pays. Je fais également connaissance avec Cosmin, le propriétaire des lieux, qui habite dans la maison qui se situe de l’autre côté de la cour.
Je reste quelques heures avec les quatre filles, constatant peu à peu la répartition des rôles entre chacune. Guada, la madre, s’occupe de nourrir ses trois filles. Je reste un peu en retrait. Certaines scènes me prouvent que la promiscuité obligée n’est pas vécue pareillement par les quatre colocataires. Il est vrai que vivre 24h/24 avec trois inconnues doit être très suffocant par moments. J’en parle un peu avec Vizma qui me confirme ce fait, tout en m’expliquant qu’il est difficile de faire quoi que ce soit de manière individuelle, sans rompre l’équilibre du groupe, voire paraître s’éloigner des trois autres.
Vers 17h, nous prenons tous les cinq la direction de Pades à bord d’un taxi, conduit par le propriétaire de la maison de Georges et Roméo. Environ 40 minutes plus tard, et après diverses tergiversations, nous nous trouvons chez Aram et Matthias. L’endroit est superbe. Les deux vivent au pied d’une montagne. De nombreux arbres sont leurs voisins. Je retrouve ces couleurs que j’avais déjà constatés par ailleurs ; allant du vert à l’orange en passant par un rouge strident.
Quasiment tous les volontaires sont venus pour l’anniversaire de Matthias, hormis Georges, notre asociable géorgien ; ce qui me le rend bien entendu sympathique. Le Danois fête ses 20 ans. Comme semble le vouloir une sorte de coutume entre volontaires, on a le droit à la présentation exhaustive de ses amis et famille en passant des chats aux oncles myopes. Bizarrement, je m’aperçois que je dois être le seul volontaire à me balader sans photos de quiconque, que ce soit amis ou famille. Dans la chambre d’Aram et Matthias, les murs sont parsemés de portraits plus ou moins souriants. Mais également du côté d’Aram, on peut trouver de nombreux diplômes décernés par diverses marques de whisky pour sa bonne connaissance des produits. Il m’expliquera plus tard dans la soirée qu’il a suivi des séminaires et peut distinguer sans grand problème les principales marques de whisky et surtout décrire leur différence. Bien entendu, je ne lui fais pas l’offense de lui indiquer que je consomme le whisky avec du coca la plupart du temps.
La soirée est plaisante. Aram prépare quelques cocktails, je me prête forcé au jeu des photos, les Danois nous chantent quelques chansons. Matthias me bat à plates coutures à un jeu lié à l’alcool. Il est vrai que j’ai un peu perdu mes « bonnes habitudes » bordelaises. Peu à peu, les dormeurs laissent place aux fêtards. Je fais l’effort de rester avec les fêtards. On a pas tous les jours 20 ans…
Je prends ensuite place dans une petite pièce avec Guada l’Argentine. Vizma, Rodrigo, Giovanna et Roméo dorment déjà dans une grande pièce. La jeune argentine se révèle entreprenante. Je vaque entre deux sentiments : mes envies soudaines dictées par l’alcool ingurgité et mes pensées qui me ramènent sans relâche vers cette jeune Lettone Vizma, que je n’ai pas su aborder ce soir encore. Quelques baisers sont échangés avec Guada mais ma raison reprend le dessus et j’essaye de trouver les mots pour lui expliquer mon sentiment vis-à-vis d’elle et de la situation. Elle se montre déçue mais semble accepter la chose bon gré mal gré. Nous dormirons finalement tous deux l’un contre l’autre…

24/10

Je suis un des premiers à me lever le lendemain. La lumière du jour est mon réveil en Roumanie et il est rare que je ne me réveille pas vers 7h, en essayant bien entendu de regagner les bras de Morphée par la suite.
Je scrute cette pièce où nous avons dormi avec Guada. Nous avons finalement regagné la chambre des garçons, ayant eu peur du froid qui régnait dans la pièce où nous avions commencé la nuit. Guada dort à mes côtés, par terre. Les pieds de Lucie côtoient ma tête. Sur un des lits, Matthias dort avec sa camarade Linea alors qu’Aram partage son lit avec Ibrahim.
Vers 14h, nous gagnons tous la route principale pour rentrer dans nos diverses localités. Le minibus est plein à craquer et je passe l’heure de route debout, à moitié penché pour pouvoir respirer à côté des autres voyageurs. Les vapeurs d’alcool remontent sans arrêter et les virages me font craindre le pire plus d’une fois. Finalement, je parviens à oublier cet état corporel en me concentrant sur la musique que j’écoute.
Bizarrement, bien que ne voyant pas la route entièrement, je reconnais assez facilement le village de Tismana. Je suis moi-même étonné de la façon dont je le reconnais : les trottoirs de ce village sont peints en blanc. Je n’avais jamais vraiment fait attention à cette particularité. Mais là, ne voyant que ces trottoirs blancs depuis ce bus, je me suis fait la réflexion que c’était Tismana, ce qui s’avéra vrai. Roméo, Ibrahim, Giovanna et Rodrigo nous laissent. Puis les filles descendent à Pestisani. J’échange un regard teinté d’incompréhension avec Vizma puis ce bus m’amène à destination, quelques 8 kilomètres plus loin.
Je traverse le village à pied pour regagner la pension. Les salutations s’échangent avec la plupart des habitants. Certains sont indifférents, d’autres curieux, surtout voyant ce casque sur mes oreilles.
Une fois rentré, je constate que Liviu et sa femme ont des invités : un couple d’une cinquantaine d’années. L’homme parle français et s’empresse de me le démontrer. Je partage le déjeuner avec eux en fin d’après-midi. L’homme est ingénieur et voyage beaucoup de par son travail. Nous discutons de Paris puis il m’exprime sa désolation quant à l’état de la Roumanie. Liviu écoute mi-songeur, mi-narquois ; semble-t-il car il se demande comment les Roumains peuvent encore avoir des illusions par rapport à leur pays…

Avatar de l’utilisateur
Fido-Boulettes
Messages : 2958
Enregistré le : 18 nov. 2008, 00:00

Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 17 nov. 2010, 08:39

je m’aperçois que je dois être le seul volontaire à me balader sans photos de quiconque, que ce soit amis ou famille


Et c'est le Géorgien qui est asocial paraît il !?
t'es un vrai Punk Mic' !
Et arrête de tripoter les Argentines si c'est la Lettonne qui te titille !

Avatar de l’utilisateur
N.E.R.D
Messages : 2222
Enregistré le : 16 nov. 2008, 00:00

Re: La saison des illusions

Messagepar N.E.R.D » 17 nov. 2010, 11:32

franchement l'argentine est mieux mais bon ...

Avatar de l’utilisateur
Austin Powers
Messages : 1571
Enregistré le : 06 janv. 2010, 13:38
Description : Branleur de pingouin
Localisation : Perdu!!!

Re: La saison des illusions

Messagepar Austin Powers » 17 nov. 2010, 13:52

Toujours un plaisir à lire!

Gouttes un peu à tout et fait ton choix après...depuis le 24 il a du s'en passer des choses...

Racontes vite coupain!
"La Vendée on s'y fait"

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 21 nov. 2010, 14:08

25/10

Aujourd’hui, j’ai participé à la première grosse activité à Targu Jiu : les « free hugs ». Comme toutes les activités importantes, celle-ci a été à l’initiative de Natia, la volontaire de Géorgie. Celle-ci, comme quelques autres, bénéficie d’un statut quelque peu privilégié au sein du programme. Elle habite dans le même village que Danny, le coordinateur et leur relation semble aller au-delà d’une simple relation entre un mentor et un volontaire.
Je ne sais pas si je vous ai parlé du rôle du mentor. En l’occurrence, celui-ci est chargé de créer les conditions de l’intégration puis d’un bon travail du volontaire au sein du village. En ce qui me concerne, ma mentor est Ionela, la prof d’anglais à l’école de Runcu. Danny a quant à lui un rôle un peu bâtard. Il est à la fois le coordinateur du projet, c’est-à-dire qu’il doit avoir une vue générale sur l’ensemble du projet et le travail des 15 volontaires, mais il est également le mentor de tous les volontaires qui habitent au sein du village de Tismana, soit 8 volontaires.
Natia n’est sans doute pas la plus intelligente ou la plus débrouillarde de tous les volontaires mais elle a quelque chose d’inestimable par rapport à tous les autres volontaires : une réelle connaissance des rouages de l’association et l’appui indéfectible de Danny. En effet, celle-ci a accès aux infos concernant les grosses activités avant tout le monde et peut ainsi se positionner en tant que responsable sur ce type d’activités ; en retirant bien entendu sa part de gloriole personnelle.
J’étais un peu sceptique concernant cette activité. Arrêter des inconnus dans le centre-ville de Targu Jiu pour leur proposer de les câliner ne me semblait pas correspondre à la mentalité roumaine. Le fait est que j’ai eu fondamentalement tort. Bien entendu, certains se sont montrés réticents mais dans l’ensemble, l’activité a été une réussite. Les personnes âgées semblaient heureuses d’avoir ce type de contact avec des jeunes étrangers alors que les jeunes Roumains étaient autant amusés que curieux de nous connaître. L’activité donna lieu à une large couverture médiatique les jours suivants, aussi bien dans la presse écrite, radio que les télévisions locales.
Cette activité a été également l’occasion de rencontrer d’autres volontaires du département de Gorj. Parmi eux, Amadeus l’Autrichien (sic) aux multiples piercings, Martha l’Espagnole débonnaire et ses r chantants, Vincent le Breton amateur de manele (chant traditionnel roumain) ou encore Onut la calme Turque. Pendant cette activité, nous avons aussi rencontré une jeune Roumaine répondant au doux nom de Ryky et son ami B-Boy Adrian. Les deux ont été particulièrement amusés par mon casque Sony et l’écoute de quelques sons d’Oxmo Puccino et IAM les a décidés à vouloir donner une suite à cette première rencontre dans les jours suivants.

28/10
En cette matinée chargée de nuages, nous devons prendre la direction de Pestisani pour aider les filles sur une activité à leur école. Je découvre un nouveau décor. L’ensemble d’établissements scolaires à Pestisani est conséquent. Il regroupe trois établissements du jardin d’enfants au collège.
Me promenant dans les couloirs des établissements, je découvre de nombreux portraits de Constantin Brancusi, qui a laissé son nom à cet établissement et qui est originaire de ce village. Je suis aussi particulièrement amusé par un tableau en roumain retraçant tous les gestes techniques du football ; du contrôle de la poitrine à la passe du plat du pied en passant par la frappe du coup du pied, le tout avec des schémas explicatifs. Ceux-ci pourraient m’être utiles dans ma quête de qualité technique dans nos parties de football à Runcu.
Vers 10h, à la pause, les filles terminent de mettre en place leur activité. Pour Halloween, elles ont mis en place deux ateliers. Pour le premier, elles ont dessiné une sorcière et un vampire avec deux trous à la place des têtes pour que les enfants puissent être pris en photo. Pour le second, Giovanna et Guada se chargent de maquiller les enfants. Tout le monde prend place, je m’occupe du service d’ordre à l’entrée. Lucie, habillée en sorcière, donne des bonbons. Vizma et Linea s’occupent des photos. Une centaine d’enfants passent dans la petite pièce et tous semblent ravis de l’activité mais aussi de pouvoir perdre quelques minutes de cours grâce à cela.
Je m’aperçois de l’ingéniosité des quatre demoiselles de Pestisani à travers cette activité. Plus les jours passent et plus je me demande si j’ai réellement ma place dans ce projet. Bien entendu, la vie en Roumanie est plaisante, j’ai eu la chance de découvrir Liviu Zorba et sa femme. La vie dans le village me convient pour le temps qu’elle laisse à la réflexion et à l’introspection. Cependant, le but principal est de faire des activités pour les enfants et j’ai peur de les décevoir, par manque de créativité ou de savoir-faire. Peut-être aurais-je eu plus ma place dans un projet où l’analyse et la rédaction de dossiers auraient été mon quotidien.

Cependant, la vie reprend son cours. Et alors que chacun vaque à ses occupations, je me rends à Targu Jiu en stop. Je dois voir le B-Boy et son amie cet après-midi. Je m’inquiétais de voir où résidait la culture Hip-Hop en Roumanie et ces deux-là m’ont donné une bonne preuve de son existence ici aussi. Je leur fais écouter quelques sons français, anglais, américains. Je constate cependant que leurs références sont assez légères allant d’Eminem à Ja Rule… Ces discussions me font penser à la biographie d’AKH, la Face B, quand celui-ci relate les balbutiements de la culture hip-hop en France et sa soif de savoir lors de ses multiples voyages aux States.
Je retrouve cet appétit à travers Adrian et Ryky. Ils me parlent de groupes allemands, autrichiens, polonais et roumains, dont je n’ai bien entendu jamais entendu parler. J’écoute quelques rappeurs roumains depuis leur téléphone nouvelle génération. Les productions sont clairement calquées sur les sons bruts américains alors que le flow laisse généralement à désirer.
L’après-midi passe lentement. Je parlais de la solitude universelle des personnes âgées, je constate en cet après-midi le dénuement partagé de la plupart des jeunes gens. Chacun cherche quelque chose à faire dans ces rues, que ce soit ici en Roumanie, en France ou ailleurs. Finalement, les heures passent sans que l’on sache bien si elles ont été remplies à bon escient…

Avatar de l’utilisateur
N.E.R.D
Messages : 2222
Enregistré le : 16 nov. 2008, 00:00

Re: La saison des illusions

Messagepar N.E.R.D » 21 nov. 2010, 14:55

Free hugs ? putain tu as du te faire violence

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 21 nov. 2010, 18:57

Si tu te concentres sur les vieux et les bonnes meufs, c est plutot cool.

Avatar de l’utilisateur
Madoff
Messages : 3260
Enregistré le : 15 nov. 2008, 00:00

Re: La saison des illusions

Messagepar Madoff » 22 nov. 2010, 00:49

J'viens de rattraper mon retard. Elle est moche Guada ?
Parle leur de Dimitriu, un type qui rappait sur une compile de Kourtrajmé.
2Pac died because he lived the thug life. This 6 pack is going to die because I live the chug life.

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 22 nov. 2010, 08:05

Guada a un leger prognathisme, assez redhibitoire.

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 22 nov. 2010, 18:53

29/10

Cette journée est à marquer d’une pierre blanche puisqu’elle constituait une sorte d’examen de passage pour Sargis et moi. En effet, nous avions en ce jour notre première activité à l’école de Runcu et il était clair que tous les professeurs, après nous avoir vus de longues journées à errer dans les couloirs ou les classes de l’établissement, attendaient avec impatience de pouvoir constater quelle pourrait être notre plus-value dans l’établissement. La confiance de tous ; enfants et professeurs ; était clairement l’enjeu du jour.
Avec Ionela, nous avions passé les dernières journées à préparer très précisément le programme des festivités pour cette activité, centrée autour d’Halloween. Sargis nous faisait aussi l’honneur de sa présence pour cette activité. Ce dernier est assez peu présent à Runcu, profitant de longs week-ends octroyés par Dany pour aller voir « un ami » à Petrosani. J’avoue que la situation me convient bien, je peux ainsi mener ma vie seul comme je l’entends, sans avoir une autre personne à considérer pour chaque choix du quotidien.
L’activité débuta à 14h30 mais dès midi, l’effervescence se fit sentir dans les couloirs de la petite école. Les enfants étaient tous très impliqués dans la préparation de la journée. Les derniers cours d’anglais avaient servis à préparer poèmes concernant Halloween et aussi, pour les plus jeunes, à décorer la pièce où devait se situer la fête avec ballons, coloriages, etc. De même, beaucoup d’enfants étaient venus avec leurs propres citrouilles issues de leur jardin…
Le programme était simple. Nous devions avec Sargis parler d’Halloween puis lire deux histoires mêlant sorcières et fantômes. Ensuite une dizaine d’élèves réciteraient des poèmes ou des chansons sur le thème d’Halloween avant de céder la place au concours du plus beau costume d’Halloween. Le tout se terminait par une fête avec musique, boissons gazeuses et gâteaux. Dans l’ensemble, la fête s’est passée comme prévu. Nous avons simplement constaté qu’il fallait limiter le plus possible l’emploi de l’anglais dans ce genre de fête, les enfants décrochant assez vite.
Le concours du meilleur costume donna lieu à une surenchère entre les jeunes filles et même quelques jeunes garçons. Nous octroyant le choix, les professeurs nous ont placés devant un choix cornélien. L’ancien directeur de l’école fut de la partie avec sa caméra pour immortaliser cette première activité. Tous les professeurs semblaient finalement assez heureux, rassurés par notre investissement.
La fin de la fête donna lieu à une intense séance de photos pour Sargis et moi. Cela commença avec deux jeunes filles des classes supérieures qui souhaitaient prendre une photo avec nous, puis finalement ; une centaine de photos plus loin, tous les élèves et même les professeurs devaient voir leurs sourires jouxtés aux nôtres sur papier glacé.
Mais la journée ne devait pas se terminer comme ça et la soirée nous offrait le climax du mois : l’élection de Miss Boboc à Pestisani. A cette occasion, la plupart des volontaires de notre projet et d’autres de Gorj avaient fait le déplacement. Ainsi, Vincent le Français était de la partie.
La soirée se situait dans une salle polyvalente en face de l’établissement scolaire. Pour être honnête, c’était un bel évènement organisé à la fois par les filles mais également par les élèves, pour qui cela revêtait une importance certaine. Vers 19h, les premières participantes arrivaient et la taille de leur mini-jupe ainsi que la dose de plâtre sur les joues attestaient de l’importance de devenir Miss Boboc dans la vie d’une jeune collégienne de Pestisani.
Les volontaires participent plus ou moins à l’organisation. Je m’improvise physionomiste, puisque l’entrée à la soirée est payante. Cela m’amuse beaucoup et surtout cela me permet de rester à l’écart. Je parle avec deux jeunes étudiantes qui tiennent un stand concernant des produits de beauté, juste à côté de l’entrée. Vincent m’approvisionne en bière. Il me confie ses vues sur Vizma. Je lui indique que c’est sans doute une illusion que de vouloir la faire sienne en seulement une soirée. Mais ce dernier a l’avantage de dormir à Pestisani ce soir alors… Un des jeunes lycéens qui reste avec moi à l’entrée fait des siennes, inhibé par les quelques bières ingurgitées depuis 17h. Je m’en amuse, en essayant de le tenir à l’écart de l’argent récolté…
La soirée est une réussite. Les participants prennent cela à cœur et répondent présents pour toutes les épreuves, du défile à la chanson… Des intermèdes sont laissés aux volontaires pour faire leur show. Les trois Africains (Ibrahim, Romeo et Peter de Sierra Leone) nous gratifient de quelques danses africaines, Guada chante Lemon Tree puis Imagine, aidée par Ivan.
Je regarde le reste de la soirée, une bière à la main avec Vincent et Romeo. Je croise Vizma à quelques reprises, sans réellement trouver que dire. En fin de soirée, elle me demande pourquoi j’arbore ce visage de tristesse… Sur le coup, bien entendu, je ne trouve rien à dire et me plonge dans une nouvelle bière qui participe à mon ivresse naissante. Les pintes de mauvaise qualité à 50 centimes d’euros sont un des dangers premiers en Roumanie.
Une fois rentré chez moi, déposé au bord de la route de Runcu par un des DJ de la soirée, l’alcool m’aide à trouver une réponse satisfaisante pour Vizma : « Je ne suis jamais réellement triste, simplement quelques fois quand je vois que nous n’arrivons pas à parler sans réellement comprendre pourquoi. »
La réponse ne se fera guère attendre de la part de la jeune Lettone. Celle-ci me dit comprendre ce sentiment car elle le partage. Avec ce message plein d’espoir, la nuit m’accueille…

30/10
La matinée me voit reprendre la direction de Pestisani. Depuis quelques jours, mes deux hôtes me parlaient sans cesse d’un « festival » ce samedi. Je prends place dans la mythique Dacia rouge de Zorba pour effectuer les quelques kilomètres séparant Runcu de Pestisani. Laura a préparé de nombreux plats avec les produits du jardin et je ne sais pas vraiment très bien vers quoi on se dirige.
Je suis assez surpris par le bruit du moteur de la Dacia de 1970 quand Liviu démarre. Celui-ci me rappelle le bruit des Mustang. La comparaison avec la voiture de Bullitt s’arrête là. Liviu semble avoir bien du mal à laisser la voiture se dérider et je ne sais pas si c’est du fait de l’âge du conducteur ou de la voiture que les kilomètres paraissent si longs.
Arrivés à Pestisani, nous nous dirigeons à la Casa Brancusi, sorte de pension. Nous ne sommes pas les premiers arrivés, alors que dix heures retentissent. J’aide mes deux propriétaires à décharger les pommes, tsouika, vins et plats à base de viande et légumes du jardin. Je constate avec amusement l’apparition d’un groupe de musiciens tziganes, habillés de costumes traditionnels. Leurs sourires laissent transparaître de nombreuses dents parées d’or. L’un d’eux a le profil d’une caricature de Sarkozy et l’anecdote fait rire Liviu.
Je comprends peu à peu où je suis. Il s’agit d’un rassemblement de différentes pensions et hôtels de la région qui sont réunis sous la bannière de l’Antrec (association nationale pour le tourisme rural, écologique et culturel). Cinq ou six établissements sont représentés ; tous ayant une table où ils font admirer leurs propres produits tout en assurant leur promotion. Un artiste sur bois expose ses différentes sculptures.
Laura me présente à tous ses amis, heureuse de faire admirer son poulain français. Liviu est quant à lui absent, ces représentations publiques l’exaspèrent et il passe le plus clair de son temps à vider son paquet de cigarettes. Je fais bonne figure pendant quelques heures. Les tziganes assurent le spectacle, bientôt relayés par des jeunes enfants de l’école voisine. Ces derniers, en costumes traditionnels qui me font penser aux costumes des Moldaves dans Tintin, prennent ensuite leur tour de chant et de danse. Les enseignantes lèvent les yeux au ciel quand elles dénotent une erreur. Je goûte au spectacle avec grand plaisir, conscient que ce moment est assez unique pour moi.
Vers 13h, après que le maire de Pestisani et la présidente nationale d’Antrec nous aient gratifiés d’un discours, les hostilités débutent et les buffets s’ouvrent. Les pique-assiettes font leur apparition, parmi lesquels je reconnais quelques lycéens vus pendant la soirée précédente pour Miss Boboc. J’essaye de prévenir les volontaires résidant à Pestisani de ce bon plan mais ces derniers, fatigués par une nuit agitée, ne trouveront jamais le courage de participer à ce festin.
Cet évènement bénéficie d’une large couverture médiatique. Je suis surpris de voir des télévisions nationales couvrir ce type de manifestation. Trois chaînes différentes sont présentes, de même que quelques journaux locaux. Laura se prête avec plaisir au jeu des interviews, tandis que Liviu, en retrait, regarde cela avec un air désabusé.
Une fois rentrés à la maison, je participe à la mise en place d’un jardin parfait. La mission est de taille : le lendemain, c’est la présidente nationale d’Antrec qui doit passer… Je demande à Liviu et Laura l’importance d’appartenir à ce label, ils me répondent un peu ironique que cela ne leur amène pas un touriste de plus. Cependant, je constate que la visite du lendemain revêt une importance certaine pour Laura. Pendant trois heures, je combats ainsi mauvaises herbes avec une serpe, puis feuilles mortes avec balai et fourche puis déterre pommes de terre avant d’effectuer d’autres tâches.
Bien entendu, le lendemain, toute l’équipe d’Antrec ne restera que quelques minutes ; ne faisant même pas le tour du jardin en entier. Un preneur d’images tournera un petit film à l’intérieur de la maison et sur la terrasse. Je me prête au jeu de la communication et fais les louanges de la pension devant la caméra. Je doute que cela ramène quelques touristes français supplémentaires mais cela fait plaisir à tout le monde…
L’après-midi passera lentement, entre tsouika et parties de backgammon avec Laura. Quelques messages sont échangés avec Vizma. Bientôt il faudra que je lui explique qui sont Kazantzakis et Zorba, après avoir fait référence à lui à de nombreuses occurrences…

Avatar de l’utilisateur
Fido-Boulettes
Messages : 2958
Enregistré le : 18 nov. 2008, 00:00

Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 23 nov. 2010, 08:37

tu vas finir par la pécho la mère Vizma à force de jouer le beau ténébreux dépressif !
Avec ce genre de meuf, moins t'en dit, et plus tu fais le "mystérieux", et plus ça les intrigue !

Avatar de l’utilisateur
Austin Powers
Messages : 1571
Enregistré le : 06 janv. 2010, 13:38
Description : Branleur de pingouin
Localisation : Perdu!!!

Re: La saison des illusions

Messagepar Austin Powers » 23 nov. 2010, 11:07

Ouais la petite Vizma tu l'as accroché à ton hameçon...faut faire durer un peu l'intrigue et elle va finir par craquer complétement!
Mais bon je m'inquiète pas pour toi tu vas gérer!

Par contre on a quasiment un mois de retard...j'imagine même pas tout ce qu'il a pu se passer depuis...

Et t'en es ou sur ta réflexion perso et sur ta mission là bas?
"La Vendée on s'y fait"

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 23 nov. 2010, 11:49

Oui en un mois, bcp de choses ont avance. Je vais tacher d accelerer l ecriture ces jours-ci...

Pour la reflexion et la mission, je tacherais d eclairer ca dans les prochaines lignes.

Merci de lire !

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 23 nov. 2010, 20:31

Novembre 2010

1/11 et 2/11

Ce nouveau mois débute par ce qui est appelé dans le jargon de l’EVS « Monthly Evaluation ». Un terme un peu pompeux pour dire que les volontaires se rassemblent avec les responsables de l’association pour parler du mois passé et de la prospective. Pour ce faire, nous devons nous déplacer à Musetesti, village situé à une quarantaine de minutes de Targu Jiu en bus.
Le rendez-vous est donné à la gare routière de Targu Jiu où je retrouve les autres volontaires. Mon compère Sargis n’est pas de la partie. En principe, ce training devait avoir lieu samedi et dimanche mais suite aux protestations de l’Arménien, prétextant que les week-ends appartenaient aux volontaires, le training a été déplacé aux lundi et mardi. Mais bien entendu, dans un esprit de contradiction enfantin, Sargis a décidé pour ces deux jours de poser des vacances et ainsi d’être absent à cette occasion…
Toujours est-il que j’ai plaisir à retrouver Jhon, qui est quelque peu isolé dans notre groupe. Sa communauté est éloignée des nôtres et il vit à l’écart du groupe des volontaires. Je vois les accolades poussées, qu’il reçoit, avec un certain scepticisme sur la véracité de ces « Oh my friend ». Romeo et Ibrahim viennent naturellement me parler, comme à chaque fois que nous nous retrouvons. Sans doute à la fois parce que je parle français mais aussi car je suis parmi tous les volontaires celui qui a la plus grande une inclination naturelle pour l’Afrique.
Je prends place dans le bus. Bien vite, Vizma prend place à mes côtés. Bien entendu, cela ne laisse pas les autres indifférents qui, comme tous bons lycéens, font vrombir la rumeur… Je suis plutôt heureux qu’elle ait fait ce geste dans ma direction et m’empresse de quitter Serge Gainsbourg. Après avoir échangé quelques banalités, je m’efforce de lui expliquer qui étaient Kazantzakis et Zorba, tout en essayant de lui faire comprendre le parallèle respectif entre la souris papivore et moi ; Zorba et Liviu. Je m’aperçois de la difficulté de trouver les mots en anglais pour exprimer vraiment ce que j’ai en tête, mais cela a aussi un côté positif : cela permet de prendre le temps de peser la valeur de chaque mot avant de le délivrer, ce que je ne fais pas vraiment en français.
Après un ou deux arrêts, un enfant vient prendre place sur mes genoux. Ces bus sont toujours bondés et de nombreuses personnes doivent rester debout pendant la plus grande partie du trajet. Quelques femmes sourient aux deux Noirs de notre groupe et touchent les tresses de Romeo. Le reste de la discussion avec Vizma est chaotique. Mes relances sont mauvaises ; je l’écoute cependant parler de sa mère, de sa vie en Lettonie. Nous échangeons sur quelques écrivains. En ce qui concerne la discussion, je souffre d’une sorte d’inadaptation sociale et je préfère le silence à l’échange de banalités…
Arrivé à Musetesti, je découvre un hôtel perdu au milieu de champs. Je me demande vraiment pourquoi nous avons fait tout ce chemin depuis nos villages. Je comprendrais bien vite que, comme beaucoup de choses en Roumanie, cela tient du petit arrangement entre amis. Un des responsables de l’association est originaire de Musetesti ; son père étant le maire et le … propriétaire de l’hôtel. L’anecdote me fait sourire quand je l’apprends.
J’avais entendu parler de ce responsable Florin de la bouche des autres volontaires. Il m’avait dessiné le croquis d’un beau parleur, capable de vous envoûter par ses mots. Les deux journées passées à Musetesti ont confirmé cet état de fait. L’homme est fort avec les mots et ses discours ne souffrent d’aucune hésitation ou de silence, ce qui les rend pénétrants pour chacun.
Les journées sont consacrées à la présentation de nos divers travaux dans nos villages respectifs, à l’explication de la structure de l’association, à des grosses séances de motivation en groupes puis à la prospective sur les activités à venir et l’importance de structurer nos travaux au quotidien. J’écoute tout cela avec plus ou moins d’intérêt.
Les powerpoint sur la motivation, l’importance d’avoir des objectifs au quotidien mais aussi au moyen et long termes me laissent sceptiques. Je souris nerveusement, ce qui n’échappe pas à Florin qui me demande pourquoi j’arbore ce sourire crispé. Je lui réponds calmement que je suis assez sceptique sur le bienfondé de ce type de message pour un groupe de volontaires, que les sermons universels sur la vie me laissent assez froids. Il m’indique que chacun fait ce qu’il veut de ce qu’il dit mais que cependant ce powerpoint a été elaboré en collaboration avec des universitaires américains et des personnes ayant fait des EVS pendant quelques années, donc que le fond a du sens. Je reste muet jusqu’au moment où on en vient à l’importance de l’espoir et où il cite Obama… Je ne peux m’empêcher de lui demander ce qu’il reste aujourd’hui de cet espoir né avec Obama. Il me répond dans un sourire que ce n’est pas le plus important, qu’il a été élu…
En soirée, nous parlons un peu avec un des employés de l’hôtel. Copenhague – Barça est en toile de fond. L’employé nous propose de la tsouika. Nous en achetons deux litres avec Levan. L’ivresse montera assez vite pour les cinq ou six volontaires qui nous accompagneront. Je n’aurais pas l’occasion d’échanger de mots avec Vizma en cette soirée, elle étant accaparée par Georges et Rodrigo et moi par l’alcool.
Je finis une nouvelle fois la soirée en consolant Guada. L’alcool et la mélancolie lui font parler d’un de ses ex. Je n’ai pas vraiment posé de questions mais elle a senti le besoin de se confier et j’étais sans doute la bonne oreille ce soir-là. Elle me parle de cet Armando, resté en Argentine. Le récit est mêlé d’anglais et d’espagnol. Elle me demande comment il a pu la demander en mariage il y a quelques mois et aujourd’hui se retrouver avec une autre, qui plus est une rivale locale. Je l’écoute sans vraiment trouver de réponse. L’ironie me donne bien entendu matière à réponse mais je préfère rester silencieux.
Avant de me coucher, je croise Vizma dans les couloirs qui me demande comment va Guada. Je lui explique que je pense qu’elle devrait pouvoir dormir maintenant après s’être vidée de toutes ses larmes et après avoir bu quelques verres d’eau pour évacuer la tsouika ingurgitée. Dans une accolade, Vizma me souhaite bonne nuit puis après l’avoir quittée, je reviens sur mes pas pour lui dire en quelques mots mon désir de m’ouvrir à elle…

3/11

En ce mercredi, chacun rentre de Musetesti et vaque à ses occupations. Les filles, ainsi que Rodrigo et Matthias, vont rendre visite à quelques autres volontaires dans le nord du département. Je décline l’invitation, heureux de pouvoir profiter de quelques heures de liberté à Targu Jiu, sous un soleil accueillant.
Je commence à me sentir chez moi dans cette ville, à force d’en arpenter les rues. J’aime beaucoup ces premiers jours dans une nouvelle ville : de nombreuses rues à découvrir, des monuments, comprendre comment la ville est structurée, quelle rue mène à ce quartier, où mène ce raccourci.
Je découvre une première librairie. L’ambiance est assez similaire à celle que l’on retrouve dans les petites librairies françaises. Le seul auteur français qui a le droit de citer, outre les classiques, est Marc Lévy… Je demande à une des femmes si elles possèdent des livres en langues française ou anglaise. Elle me répond par la négative. Par hasard, alors que j’allais quitter l’établissement, je découvre un livre d’entretien avec Cioran, dont la moitié du texte est en français. Le livre s’appelle « Le Néant Roumain ». Je l’achète bien entendu, peut-être que cela me donnera quelques clés de compréhension sur la Roumanie ou quelques pistes…
En milieu d’après-midi, je reçois quelques messages de Vizma, me demandant ce que je fais. Je lui décris mes déambulations dans la ville et mes quelques découvertes. Elle me confie qu’elle aurait pu être de la partie si je l’avais invité… Je lui explique que cette échappée solitaire n’était pas prévue mais tout simplement la conjonction du beau temps et de ma présence à Targu Jiu.
Ces quelques heures me permettent de quitter le centre-ville de Targu Jiu et de découvrir de nouveaux quartiers. Dans ceux-ci, les immeubles sont principalement de 6 étages et très vétustes, au moins d’aspect extérieur. A chaque coins de rue, les superettes tiennent compagnie aux bars. Dans quelques allées, on peut voir des anciens jouer aux échecs sur des tables où les échiquiers sont dessinés. Je découvre une nouvelle atmosphère, où chacun étend son linge à la vue et à la portée de tous. Les chiens accompagnent les enfants dans leurs jeux.
Plus tard, avant de regagner Runcu, je passe par la gare pour connaître les horaires des trains pour Timisoara et le prix. Environ 50 lei. Je pense que cette ville de l’ouest du pays, proche de la Hongrie, sera l’objet de mon premier périple en solo. Quelques personnes m’en ont dit le plus grand bien, surtout du point de vue culturel. Marchant vers mon arrêt de bus, j’ai la joie de découvrir une réelle boulangerie. Bien entendu, pas de baguette à l’horizon mais le pain est de bonne qualité et des croissants sourient à l’étalage…
Vers 19h, je retrouve les mêmes visages qui prennent le dernier bus pour rentrer à Runcu. J’en salue quelques-uns, non pas que je les connaisse mais par habitude. Je découvre cependant un visage familier : celui d’un jeune garçon, environ 13 ans, de mon école. Je m’efforce de lui parler et parviens avec quelques difficultés à comprendre qu’il joue pour le Pandurii Targu-Jiu chez les moins de 13 ans et qu’il rentre de l’entraînement. Je lui dis que je viendrais le voir jouer prochainement lors d’un de ses matchs. Le soir-même, la Ligue des Champions rythmera notre soirée avec Liviu et dans la nuit, je recevrais un message de Guada me disant qu’elle comprenait mon choix, qu’elle me souhaitait bonne chance avec Vizma et qu’elle était déçue que je ne la vois pas avec des yeux différents. J’apprendrais quelques jours plus tard que ce soir-là, une discussion aura eu lieu entre les deux jeunes femmes à mon sujet…

4/11

Je retrouve finalement l’école de Runcu, après quelques jours en dehors du village. Sur le chemin, je croise une jeune femme qui doit avoir environ 30 ans, bien que ses traits et son aspect lui en donnent au moins dix de plus. Depuis plusieurs jours, je la vois sur le chemin de l’école, toujours habillée et occupée de la même façon : couper du bois.
Cette jeune femme est finalement assez représentative. Dans ces villages, le concept de féminité n’existe pas réellement. Les jeunes filles de l’école font l’effort de s’habiller à la mode, selon les moyens de leurs parents et en suivant les diktats occidentaux que la télévision et Internet diffusent. Puis à la sortie de l’école, celles qui peuvent aller à l’université continuent dans cette voie et les autres deviennent des femmes au foyer pour la plupart. C’est le cas de cette jeune femme, habillée d’un vieux survêtement bleu et rouge.
J’avoue que j’aurais sûrement du mal à suivre sa cadence en ce qui concerne la coupe du bois. Jamais elle ne prend de pause ni rechigne à la tâche. Dans cette société patriarcale aux traditions très ancrées, la femme a deux fonctions principales : tenir la maison et avoir des enfants. De fait, l’aspect physique intervient en second plan après des considérations bien plus pratiques sur la capacité de telle fille à effectuer telle ou telle tâche.
C’est la première fois que j’évolue dans un tel contexte où le concept de féminité est réduit à néant. Il en ressort un trouble qui tient surtout dans l’absence de jeux de regards ou de sourires avec quelques femmes que ce soit dans le village. Il y a certes les professeures de l’école mais celles-ci viennent toutes de la ville et répondent à des inclinations différentes.
Justement à l’école, les choses n’ont guère évolué en un mois. Maintenant, la plupart des enfants me saluent en français et connaissent mon prénom, ce qui est déjà un bon point. C’est également le cas des professeurs, avec qui les contacts s’arrêtent à un « bonjour aurevoir » ; si ce n’est avec ma mentor, le professeur de sport et le professeur d’histoire.
Le personnage central de ma vie à l’école reste le ballon de football. C’est avec lui que je passe le plus clair du temps. Le jeudi notamment, tous les élèves ont leur classe de sport donc je joue toute la journée, des plus petits jusqu’aux plus grands. C’est certes un bon moyen pour connaître les enfants et être à leur contact, voire pour préserver un semblant de forme physique mais j’ai d’autres ambitions dans cette école et il me semble qu’il va falloir prendre le temps et être très patient pour arriver à mettre en avant quelques idées que ce soit…
Heureusement il reste Ion. Certes, ce n’est pas un professeur et il ne m’aidera pas à mettre d’activités en place mais c’est un homme primordial dans la vie de l’école, apprécié de tous que ce soit les professeurs, les élèves ou les parents. Avec sa femme, ils ont un rôle central au quotidien dans la bonne marche de l’école et ils essayent également de m’intégrer dans cet ensemble. Je parle souvent avec lui et il me conte des noces roumaines, fortes en couleurs et en musique…

5/11

La journée débute dans les bureaux de la police de Targu Jiu. Tous les nouveaux volontaires ont été conviés par le service d’immigration pour être enregistrés sur le territoire roumain. Je trouve cela un peu étrange de devoir se faire enregistrer de la sorte, surtout en pensant que je n’ai subi nul contrôle en sortant de l’aéroport à Bucarest en arrivant ; et donc que nulle entité roumaine n’est au fait de ma présence sur son sol.
Cependant, je me prête comme tout le monde au jeu de la signature électronique et du sourire figé, que je maitrise à merveille. Etant passé en premier, Andreea, une des responsables de l’association, me demande d’aller chercher les volontaires qui sont perdus en ville, dont Romeo et Ibrahim. Je chausse mon casque et après quelques pas en dehors du poste de police trouve Vizma à mon bras…
Retrouver les deux Africains s’avérera être une réelle chasse au trésor. L’un m’indiquera la gare puis le second le parc alors qu’ils n’étaient finalement à aucun de ces deux endroits. Cela a cependant permis de partager quelques fous rires avec Vizma, notamment en me voyant complètement fou au téléphone avec mes deux Africains !
L’appareil photo de la police fera des siennes quand viendra le tour de Romeo. La lumière n’étant sans doute pas adaptée à la peau sombre des Africains, Romeo restera environ une heure à se faire tirer le portrait et 150 photos plus tard, il sortira de la pièce annonçant : « Il n’y a pas que les chiens qui sont racistes dans ce pays ! Les appareils photos aussi ! »
Devant la montagne de papiers que doivent remplir les Africains, je m’aperçois de ma chance d’être Européen et qui plus est Français, pour ce genre de modalités administratives. Nous ne comprenons pas vraiment le fondement de tous ces papiers car les Africains ont déjà un visa, attestant de leur présence sur le territoire pour une période donnée. Andreea n’est pas encline à nous expliquer et fait signe de remplir les papiers sans piper mot.
Après quelques cafés pris dans divers bars branchés, nous gagnons pour la plupart Tismana. Là-bas nous attend Ivan, qui en ce jour fête son 21è anniversaire. Nous sommes une douzaine de volontaires dans la petite maison. Au rez-de-chaussée, la famille roumaine vit et l’étage est occupé par Ivan et Giovanna, la Péruvienne. Je me charge de faire le stock de bières avec mon acolyte géorgien Levan.
Depuis que je suis arrivé en Roumanie, les autres volontaires ont essayé de m’inculquer un concept qui, pour eux, est central : celui de famille. J’avoue avoir reçu cette idée avec toute l’ironie qu’elle méritait. Tous se sentent loin de chez eux et les volontaires devraient donc former une sorte de famille pendant ces quelques mois partagés ensemble. Ensemble mais par hasard. C’est peut-être une des dimensions primordiales de la famille, ne pas en choisir les membres.
J’étais donc sceptique vis-à-vis de ce concept jusqu’à cette soirée chez Ivan. A cette occasion, j’ai pu voir les fruits mûrs de quatre saisons passées en EVS. Ivan arrive à la fin de son expérience et partira le mois prochain. Certains de ses proches compagnons sont déjà partis, restent quelques jeunes femmes : Martha et Paula les Espagnoles et Ionut la Turque.
Pour son anniversaire, toutes trois ont préparé une présentation avec tous les meilleurs moments de cette année passée ensemble. Plus que les photos, les sourires, les anecdotes, ce sont les témoignages qui m’ont touché et les regards échangés par la suite entre ces quatre-là. Cette soirée m’a fait comprendre que peut-être je tisserais des liens identiques avec quelques personnes dans ce projet.
Le fait est que l’on a pas choisi avec qui vivre ces quelques mois de notre jeunesse. Le hasard a distribué les cartes et il faut jouer avec celles-ci. Je soupçonne certaines cartes (Guada, George, Levan, Vizma) de pouvoir créer de belles combinaisons avec le jeu que j’ai en main mais la partie n’en est qu’à ses débuts.
Je parle avec Georges une bonne partie de la soirée, avant qu’il s’éclipse puis Guada vient à mes côtés. Elle me fait remarquer que ce soir, elle ne devrait pas pleurer dans mes bras en principe. Je lui en suis gré. Elle semble lire sur mon visage quelques traits de tristesse puisqu’elle m’en demande leur origine. Je ne trouve pas vraiment de réponse, sans doute est-ce mon visage naturel.
La blonde et pétillante Martha prend ensuite la place de Guada. Martha a 29 ans et nous partageons une certaine appréhension pour la vie, qui nous rapproche instantanément. Elle me parle de Madrid, de son EVS, de sa volonté de travailler avec des enfants handicapés quand elle retournera à Madrid. Je suis assez emballé par le personnage. La discussion est aisée et diverse. Nous nous découvrons une passion commune pour The Smiths.
Cet échange est perturbé par Vizma qui, me prenant par le bras, m’amène dans une pièce voisine. Elle me demande pourquoi je suis triste. Je reste stoïque puis elle reprend en indiquant que Guada lui a dit que je serais triste à cause d’elle. Le stoïcisme reste mon plus sûr allié et alors que je m’attendais à une fin de scène somme toute banale, un baiser vient conclure cet aparté avant que la venue de Matthias interrompe cet instant.
Quelques minutes après, alors que je ne comprends pas encore bien ce qui s’est passé, les quatre filles rentrent à Pestisani et je reste à discuter avec Martha une bonne partie de la nuit avant de partager les draps d’Ivan avec elle…

Avatar de l’utilisateur
Alchi_
Messages : 4818
Enregistré le : 05 oct. 2007, 00:00
Description : Mignon comme Pedretti.
Localisation : Touche du doigt l'espace

Re: La saison des illusions

Messagepar Alchi_ » 23 nov. 2010, 23:06

La saison des illusions is over.
"Explore des terres vierges comme Fourniret."

Avatar de l’utilisateur
Bebert
Messages : 710
Enregistré le : 18 nov. 2008, 00:00
Description : Bio-con. Et je t’emmerde.
Contact :

Re: La saison des illusions

Messagepar Bebert » 24 nov. 2010, 08:22

Ah, je ne crois pas, non... Au contraire, elle ne fait commencer. On entre dans le vif du sujet. Si j'ose dire...
Surtout continue à écrire Rom, t'as un vrai talent. Y a quelques fulgurances bien senties: "...des croissants sourient à l’étalage…" par exemple.
Les cons, je leur pisse à la raie. Garez vos fesses!

Avatar de l’utilisateur
Fido-Boulettes
Messages : 2958
Enregistré le : 18 nov. 2008, 00:00

Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 24 nov. 2010, 09:02

Mais quel tombeur ce Mic' !
Tu rends fou Guada, Vizma ne parvient pas à résister à ton charme de beau ténébreux et voilatypa que tu couches/dors ? avec Martha au final !!!!
Finalement ça ne m'étonne pas tant que ça qu'un amateur des Smiths ai la mine triste ! :)

Il faut éviter d'attirer les thons
pour pécho la lettonne !

Tout ça va finir en drame roumain, je le sens ...

Avatar de l’utilisateur
Albat
Administrateur du site
Messages : 4159
Enregistré le : 23 oct. 2009, 06:58
Description : Mes couilles sur ton nez

Re: La saison des illusions

Messagepar Albat » 24 nov. 2010, 09:23

et si on en faisait un bouquin après ?

Avatar de l’utilisateur
Austin Powers
Messages : 1571
Enregistré le : 06 janv. 2010, 13:38
Description : Branleur de pingouin
Localisation : Perdu!!!

Re: La saison des illusions

Messagepar Austin Powers » 24 nov. 2010, 09:41

Putain qu'est ce que c'est facile à lire!!!

Ah ça commence enfin...se rajoute à ta réflexion qui est présente depuis le début de l'aventure, les vraies histoires avec le sexe opposé...ça va être un beau bordel!!!

1mois qu'on entend parler de Vizma et bing Martha une soirée et c'est emballé!

Vite la suite Mic!
"La Vendée on s'y fait"

Avatar de l’utilisateur
Alchi_
Messages : 4818
Enregistré le : 05 oct. 2007, 00:00
Description : Mignon comme Pedretti.
Localisation : Touche du doigt l'espace

Re: La saison des illusions

Messagepar Alchi_ » 24 nov. 2010, 10:57

Bebert a écrit :Ah, je ne crois pas, non... Au contraire, elle ne fait commencer. On entre dans le vif du sujet. Si j'ose dire...
Surtout continue à écrire Rom, t'as un vrai talent. Y a quelques fulgurances bien senties: "...des croissants sourient à l’étalage…" par exemple.

Non mais je parlais pas de l'excellente story de Mic', je parlais de mes illusions européennes parties en éclats.
"Explore des terres vierges comme Fourniret."

Avatar de l’utilisateur
Bebert
Messages : 710
Enregistré le : 18 nov. 2008, 00:00
Description : Bio-con. Et je t’emmerde.
Contact :

Re: La saison des illusions

Messagepar Bebert » 24 nov. 2010, 12:05

Ok!.. Mais faut préciser, hein!.. Parce qu'ici, t'étais bien le seul à avoir des illusions quant à l'avenir européen de l'AJA...
Les cons, je leur pisse à la raie. Garez vos fesses!

Gerard Gerbix

Re: La saison des illusions

Messagepar Gerard Gerbix » 24 nov. 2010, 12:35

Bebert intervient juste quand y'a les parties de baise qui arrivent, c'est bizarre.

Sinon c'est toujours excellent, mic'.

Avatar de l’utilisateur
Dobble
Messages : 8019
Enregistré le : 17 nov. 2008, 00:00
Description : Petite bite en bois

Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 25 nov. 2010, 09:22

Straddi Phallus a écrit :et si on en faisait un bouquin après ?


Ca manque clairement de fulgurances pour l'instant pour avoir cette ambition. Mais je commence à trouver un ton pour écrire.

Par contre, je vais essayer de garder une certaine distance, histoire que ça devienne pas Confessions Intimes...


Retourner vers « Les grandes plumes du forum »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité