La saison des illusions

Aujourd'hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.
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Dobble
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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 09 déc. 2010, 07:29

21/11

Ce week-end a été particulièrement long, Liviu et Laura étant partis à Bucarest. Je me suis retrouvé avec Sargis pendant ces deux journées et nous avons passé le plus clair de notre temps à nous croiser simplement. J’avoue que la faute m’incombe en grande partie ; généralement, quand je ne veux pas parler, je ne fais réellement aucun effort.
J’ai un peu de mal à me faire au concept de cette vie obligée à deux. Je n’ai pas choisi mon partenaire et je me trouve assez peu d’atomes crochus avec lui. Il faut cependant que j’ai l’honnêteté de dire que je n’ai pas cherché longuement à en trouver. De plus, le fait qu’il passe le plus clair de son temps avec son ami à Petrosani ne me donne pas envie de faire plus d’efforts que cela. Quand il revient à Runcu, son esprit est ailleurs et son attitude me déplait quelque peu. Ce n’est pas vraiment vis-à-vis de moi puisque je ne lui demande rien mais quand il vient à l’école, il ne fait guère d’efforts pour s’intégrer aux activités ou quoi que ce soit, alors que l’attente est grande de la part des professeurs et des élèves.
Bien entendu, le fait qu’il doive partir bientôt ne change rien à l’affaire de mon point de vue. J’aime choisir les gens avec qui j’ai envie de deviser. Peut-être qu’il pourrait être fort intéressant, on a d’ailleurs eu quelques discussions de bonne qualité mais le fait que l’on me l’ait mis dans les pattes me donne un a priori négatif sur lui, sans qu’il en soit responsable.
Toujours est-il que j’ai passé ma journée de samedi affalé sur le canapé. Heureusement, j’ai eu la chance de tomber sur deux bons films : Half Nelson puis Ma vie en l’air en VOST. Pour conclure cette journée fort productive, la Bundesliga a pris ses droits et j’ai regardé trois matchs d’affilée, constatant de fait la forte exposition du championnat allemand en Roumanie grâce à Eurosport. J’ai pris un plaisir certain à voir jouer Dortmund notamment, une équipe principalement composée de jeunes joueurs qui ont une envie réelle de jouer proprement avec une mentalité très offensive.
Ce dimanche, en milieu d’après-midi, nous recevons la visite de Vizma à Runcu. Bien entendu, le fait que Sargis soit là perturbe un peu mes plans mais je fais avec la présence de mon collègue arménien. Ainsi nous commençons tous les trois à arpenter les rues de Runcu. Je suis assez heureux de pouvoir montrer à ma chère Lettone « mon » village. Je lui conte quelques anecdotes glanées lors de ces premiers mois ici sur tel habitant ou tel endroit.
La discussion se centre ensuite un long moment sur Sargis et les raisons de son départ. Vizma semble vraiment peinée que celui-ci s’en aille. J’écoute d’un air distrait tout en scrutant les habitations aux alentours pendant que nous marchons.
Lors de cette équipée sauvage qui a duré environ deux heures, nous avons croisé de nombreux élèves de l’école. Vizma a été surprise qu’autant d’enfants me saluent en français et en prononçant sans problème mon prénom. Arrivant près de l’école, nous sommes happés par des cris et constatons que des jeunes adultes jouent au football dans la cour de récréation. Je salue Adelin et Lica ainsi que quelques autres figures que j’ai déjà croisées. Tous me proposent de venir jouer un autre dimanche. Bien entendu, j’accepte avec grand plaisir.
En rentrant à la pension, Vizma me dit beaucoup aimer Runcu et ce qu’elle a entrevu de la vie de ce village ; notamment les nombreux enfants et le rassemblement des jeunes adultes entre eux pour jouer au football. Je lui réponds que j’aime aussi beaucoup mon petit village et que j’ai désormais réellement cette impression de faire partie de celui-ci. Les rues me sont familières, les visages me sont familiers. Je lui avoue ensuite que j’espère que pour elle aussi, Runcu deviendra avec les mois un village qu’elle fera sien.
Nous avons ensuite passé quelques temps sur le sofa à discuter ; Sargis ne voulant pas vraiment nous laisser seuls… Peu de temps après, nous avons regardé Il Postino avec Philippe Noiret et Massimo Troisi. Vizma ayant son dos contre ma poitrine et sa tête sur mon épaule, je n’ai pas vraiment pu voir ses réactions pendant le film, notamment à la fin. Dès la première fois que j’ai vu ce film, je me suis trouvé beaucoup de ressemblance avec le personnage du facteur : principalement cette incapacité à parler avec les femmes. Peut-être que lui montrer ce film était une manière de lui faire comprendre cela.
Elle me quitte en déclarant que ce film était très beau, bien que fondamentalement naïf. Son regard semble confirmer qu’elle a compris beaucoup j’ai ressenti le besoin de lui montrer ce film…

22/11
En ce lundi, en arrivant à l’école, je rencontre Ion devant son atelier. L’hiver arrivant, il passe la plus grande partie de son temps à couper du bois et à le stocker ces jours-ci. Je le trouve ainsi en train de se confectionner une hache à partir d’une tige de bois. Je le regarde un long moment en train de poncer le bois puis le lustrer pour faire glisser une partie en fer qui servira à la découpe. Il mettra ensuite quelques petits morceaux de bois entre la tige et le fer pour bien bloquer les deux parties. Je regarde cela assez émerveillé par tant de débrouillardise. Ion m’explique que c’est son père qui lui a appris à confectionner des outils. Il me demande ensuite si c’est pareil en France. Je lui explique que si quelqu’un a besoin d’outils en France, celui-ci se dirige vers un magasin et que bien peu font ce qu’il fait, du moins à ma connaissance.
Quelques minutes plus tard, Ionela nous rejoint, quittant sa classe d’anglais. Je comprends alors que la rumeur concernant la venue de Vizma ce dimanche a fait le tour du village. Ionela me pose de multiples questions puis Ion me complimente sur sa beauté, m’expliquant qu’il l’a vu depuis sa fenêtre alors que nous nous baladions.
Les élèves ne sont pas en reste et quelques-uns me demandent qui était cette jeune femme avec Sargis et moi. Tous me balancent des « fromosa ». Je souris et les remercie ne sachant pas vraiment quoi répondre. Je comprends peu à peu que la communication dans un village est très rapide. Une journée après sa venue, alors que nous n’avions pas croisé beaucoup de monde lors de notre escapade, les questions et les remarques sur Vizma sont légion, même venant de personnes avec qui je n’avais jamais parlé auparavant… Bien entendu, la question rituelle des professeurs est maintenant de savoir quand je leur présenterais.
A la fin de ses heures de cours, Ionela me donne ma première leçon de roumain. Je m’aperçois que je connais déjà plus ou moins ce qu’elle m’enseigne pour ce premier cours mais que ces heures seront intéressantes ; non pas pour parler et comprendre plus mais pour parler et comprendre mieux le roumain. Ainsi, je découvre les conjugaisons exactes de quelques verbes, que j’échafaudais jusque-là…
Avant de me quitter, Ionela me parle de sa sœur, dont elle a appris il y a peu qu’elle avait un cancer, sans en connaître réellement la gravité. Elle m’explique être dans l’expectative et avoir réellement peur. Je comprends peu à peu que le système médical en Roumanie n’est pas très performant en ce qui concerne le traitement des cancers. Quand je lui réponds que certains cancers peuvent être traités, s’ils sont dépistés assez tôt, via de la chimiothérapie ou de la radiothérapie, elle me répond que ces traitements ne sont pas très répandus en Roumanie et surtout chers. La seule solution serait une opération… La situation me peine mais il est bien difficile de trouver des mots de réconfort dans ces instants.
Rentrant à la maison, je regarde un long reportage avec Liviu. Celui-ci traite de boxeurs roumains aujourd’hui retraités. Le reportage est superbe et bien que je ne comprenne pas tous les mots, je suis moi-même touché par la force du message. De nombreuses images d’archives montrent deux anciens champions de boxe roumains, ayant notamment participé aux JO d’Helsinki. On voit l’un d’entre eux face à Mohamed Ali lors d’un meeting. Puis l’histoire se déroule aujourd’hui, on découvre le premier dans un fauteuil roulant seul dans sa chambre dans une maison de retraite puis le second à moitié aveugle, vivant lui aussi seul. A l’occasion d’une rencontre organisée entre les deux, ils se remémorent quelques souvenirs en commun puis parlent de leur situation actuelle. Cette évocation de leur sort les mènera aux larmes, avant que le reportage se conclue sur cette phrase « Comment est-ce que notre société peut-être aussi inhumaine et avoir aussi peu de mémoire pour laisser ces hommes ainsi ? »
Quelques minutes plus tard, Liviu me parle de son fils et m’explique dans un soupir qu’il ne l’a pas vu depuis 11 ans… Là encore, que répondre à cela ?

24/11
Après avoir passé ma journée à l’école, je file vers Pestisani. Pour aller à la route principale, je me trouve accompagné par de nombreux enfants de l’école, qui me quittent peu à peu sur le chemin pour gagner leur domicile. Trouver une voiture se révèle être un peu difficile aujourd’hui et je dois attendre une bonne demi-heure pour finalement prendre place dans une vieille Volkswagen.
L’après-midi est fort agréable avec Vizma. Guada et Lucie sont parties à Predeal pour une semaine, à l’occasion de leur « mid-term training » (une semaine pour faire le point avec d’autres volontaires et des responsables de l’agence nationale à la moitié de son EVS) alors que Linea est à Targu Jiu avec Mathias.
Depuis que je la connais, j’ai donné quelques sobriquets à Vizma, ce fut tout d’abord Melody Nelson mais devant l’incapacité à réellement traduire les textes de Gainsbourg, je la surnomme maintenant « Iluzi », ce qui signifie illusion en letton. Fouillant un de mes petits carnets hier soir, je suis tombé sur une citation d’Oscar Wilde, sans doute tirée de ses Aphorismes : « L’illusion est le premier des plaisirs ». Je ne peux bien entendu m’empêcher de la dévoiler à Vizma qui sourit sensiblement.
Ce sourire, ainsi que les quelques discussions que nous avons, m’amènent à lui dévoiler que je la trouve à la fois dotée d’une sensibilité très fraîche, juvénile mais également d’une sagesse qui ne traduit pas son âge. Tout en m’expliquant que ceci est sans doute dû au fait qu’elle ait vécue beaucoup de choses malgré son jeune âge, elle me dit ne pas aimer catégoriser les gens ainsi. Je lui explique alors que je ne cherche pas à mettre les gens dans des boîtes. Je cherche simplement à peindre son portrait et lui explique que la sensibilité et la sagesse seront les premières couleurs de cette aquarelle qui portera son nom.
Vers 17h, nous nous décidons à aller à Tismana pour voir Romeo qui est un peu malade ces derniers jours. Nous marchons longuement pour nous diriger vers le centre de Pestisani afin de trouver une voiture. Pendant ce temps, nous avons un échange sur le bonheur. Je lui dis ne pas vraiment croire au bonheur, ayant toujours été très attiré par la mélancolie et le spleen. Je lui concède cependant que bien que le spleen soit très doux, j’aimerais m’essayer au bonheur. Elle m’explique que pour elle, le bonheur serait un état où l’on serait ravi de tout ce que l’on a, une sorte de climax de son existence où l’on jugerait que tout ceci est suffisant. Elle continue alors en expliquant qu’elle n’espère jamais atteindre ce point de quasi repos, car la vie manquerait alors de sel. Je lui réponds que selon moi, le bonheur n’est que question d’instants. Ce ne peut être que des ellipses limitées dans le temps.
Après être arrivé à Tismana, marchant main dans la main, je lui avoue que cet instant est sans doute très proche de ma propre définition du bonheur. Nous marchons une trentaine de minutes pour atteindre la maison de Romeo, prenant notre temps, heureux de l’instant. Nous nous hasardons même à scruter le ciel quelques instants alors que les étoiles ne se sont pas parées de leurs robes nuageuses et scintillent.
Il y a de longs moments où ne nous parlons pas quand nous sommes ensemble et nous ne cherchons pas à rompre les silences que nous partageons. Généralement, je sens réellement le malaise de la personne avec qui je suis quand je ne parle pas pendant quelques minutes. Avec Vizma, cet état n’existe pas. Je lui explique que je trouve cela très confortable. Elle me répond simplement en citant un proverbe letton « Il y a de nombreuses personnes avec qui on peut aimer discuter mais très peu avec qui on peut aimer partager le silence ». Dans ce genre d’instants, je ressens une réelle communion d’esprits entre nous deux, comme je n’en ai sans doute jamais ressenti avec aucune demoiselle.
On trouve ensuite Romeo, en survêtement et emmitouflé dans son drap, en train de regarder une rediffusion des derniers JO d’hiver. Je constate l’abondance de médicaments sur sa table de chevet. Après les avoir scruté, je comprends que la plupart lui sont administrés afin de lui ouvrir les bronches. Romeo ne sait pas vraiment ce qu’il a et ce que sont ces médicaments. Je le trouve en assez bonne forme et Vizma confirme mon jugement. Romeo semble heureux de notre visite et nous remercie chaleureusement, je comprends que c’est plutôt de côté de son moral que le bât blesse en ce moment.
Peu après, son propriétaire Elvis fait une entrée remarquée dans la chambre pour s’occuper du chauffage. Puis il s’assoit avec nous et on découvre alors un personnage fort intéressant, très calé en histoire contemporaine. Il évoque de nombreux évènements de l’histoire de l’Europe sans effectuer aucune erreur sur les dates puis parle de sa jeunesse à Tismana, ces longues heures à apprendre le russe, autrefois obligatoire avec le français. Enfin, il nous dresse un long panorama de ses cinq années passées en Israël. Son point de vue sur les relations entre Juifs et Arabes est fort intéressant et il nous explique que selon lui, au quotidien, les différences sont minimes. La plupart vivent d’ailleurs assez bien ensemble, ce sont simplement quelques fondamentalistes qui mettent en exergue la haine entre les deux peuples. Bien entendu, Elvis nous conte également le quotidien fait d’alertes à la bombe et les visions de corps déchiquetés. Son regard et sa manière de chercher ses mots en disent également long sur ce qu’il a dû voir, bien qu’il raconte la mort de toute une famille happée par une bombe avec un certain détachement.
Il se fait tard et nous reprenons le chemin de Pestisani avec Vizma après avoir été rassurés sur l’état de Romeo. Arrivé à Pestisani, Linea nous attend dans le salon. Vizma regagne une posture un peu plus distante à mon égard. Je discute quelques temps avec la Danoise puis Vizma gagne sa chambre pour aller se coucher. Juste avant, je la vois effectuer le chemin de la salle de bains vers sa chambre en petit short et tee-shirt, tout à fait craquants… Après avoir aidé Linea à confectionner quelques masques pour une activité, je vais embrasser Vizma pour lui souhaiter bonne nuit.
Celle-ci m’attrape par le cou et me serre longuement contre elle. Alors que j’allais la quitter pour laisser la place à Linea, puisque c’est également son lit ; Vizma commence à poser sa tête sur ma poitrine. Je reste alors longuement à lui caresser le visage et les cheveux. Linea, ayant compris qu’elle ne pourrait gagner son lit cette nuit, se dirige vers l’autre chambre.
Cette première nuit partagée sera très douce. Le corps fin et long de Vizma trouvera facilement place dans le creux du mien. Du bout de mes doigts, je rencontrerais un corps sculpté et chaque centimètre de son dos, son ventre et ses jambes sera un terrain de découvertes sublimes. Je passerais de longues heures à la regarder dormir, aidé par la clarté des étoiles et l’absence de volets.

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Fido-Boulettes
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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 09 déc. 2010, 08:53

quel veinard ce Mic' !

Gerard Gerbix

Re: La saison des illusions

Messagepar Gerard Gerbix » 09 déc. 2010, 12:27

Mic', t'aurais pas un bon plan pour du taf bien payé en Roumanie? C'est pour moi.

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Dobble
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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 09 déc. 2010, 12:41

Bien payé non. Quand tu vois que les profs après 30 ans d'expérience gagnent 1400 lei (350 euros) par mois...

Je peux me renseigner tout de même.

Gerard Gerbix

Re: La saison des illusions

Messagepar Gerard Gerbix » 09 déc. 2010, 12:44

Ouais, je sais, quand je dis bien payé c'est dans les 7-800 euros.

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 09 déc. 2010, 12:47

Tu veux dans quel secteur et dans quelle partie du pays ?

Gerard Gerbix

Re: La saison des illusions

Messagepar Gerard Gerbix » 09 déc. 2010, 16:54

N'importe, plutot dans l'industrie, c'est là où j'ai de l'exp et plutot west coast. Je vais entamer des démarches, c'est juste si à l'occaze t'entends causer d'opportunités, casse toi pas trop la tête.

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 09 déc. 2010, 18:27

Ouais l Ouest vers Timisoara, ca semble etre le meilleur plan. Voire vers Cluj. Mais le secteur de l industrie est devaste en Roumanie...

Gerard Gerbix

Re: La saison des illusions

Messagepar Gerard Gerbix » 09 déc. 2010, 19:19

Yep, je vais postuler pour un poste à responsabilité chez Dacia. C'est un peu loin mais bon. Timisoara s'était bien développée industriellement mais ca galère en ce moment je crois. De la belle famille s'est fait virer recemment d'entreprises d'électronique et de je sais plus quoi.

Y'a pas mal de boites italiennes et allemandes qui sont implantés dans les villages aussi. Mais ca vole pas haut en salaire, en général.

Et désolé d'avoir dévier ton beau récit.

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 10 déc. 2010, 08:01

Ca fait partie du recit. Je vais m attacher a developper le versant social en 2011, maintenant que je comprends plutot bien les gens et que je peux leur poser les questions que je veux.

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 20 déc. 2010, 09:34

26/11

Encore une journée passée à l’école. Parfois, je me demande quel est le sens de toutes ces heures passées dans ces salles de classe où je me complais dans le rôle d’observateur, puisque nul ne veut m’en donner un autre. J’assiste, muet, à ces nombreuses heures de cours d’anglais ; faisant le bonheur de l’élève qui sera assis à mes côtés, mais ne pouvant faire preuve d’aucune initiative.
Parfois la frustration prend réellement le dessus et j’ai du mal à afficher un visage souriant. Cependant, le contact avec les enfants me permet de relativiser ce mal-être éphémère. Leurs sourires, leurs blagues, leurs jeux auxquels ils m’invitent donnent un sens à ma venue ici. Je ne mettrais sans doute pas en place de grands projets, ni d’activités à fort impact mais je sens que ma raison d’être dans ce projet ne peut être que ces enfants. Je repense assez régulièrement à ma propre enfance depuis que je suis à leur contact, des réminiscences me revenant à l’esprit, des souvenirs auxquels je n’avais pas été confronté depuis de nombreuses années. Je me rends compte que cette enfance que je pensais avoir oubliée n’est qu’enfouie dans les méandres de ma pensée et ne cherche qu’à être ressuscitée à bon escient.
A la pension, la routine a pris forme. Je rentre généralement vers 15h puis passe quelques heures à lire, à écrire, à écouter de la musique ou à regarder quelques films. J’ai cette impression d’être comme un artiste en résidence, jouissant d’une liberté certaine pour créer. Certes, je n’habite pas la Villa Médicis mais la quiétude des lieux et la sérénité en émanant sont propices à la réflexion. Cependant, il faut également ajouter que dans mon cas, une trop grande place laissée à la réflexion n’est pas toujours idoine car mon esprit a cette désagréable propension à tirer toute pensée vers son côté obscur.
Le soir, après avoir dîné, je m’arrête un long moment avec Liviu pour discuter. Il est assez aisé de voir quand celui-ci a envie de discuter ou non et je prends plaisir à répondre à cette attente quand je le peux. A travers les échanges avec les autres volontaires, je me rends compte de ma chance de côtoyer Liviu au quotidien. La plupart des volontaires vivent dans une maison qui leur est propre et n’ont que peu de contact avec les autochtones au quotidien. Certes, la situation qui est mienne a aussi ses désavantages, notamment celui de la promiscuité car mon seul réel refuge pour être seul est cette petite chambre.
La discussion avec Liviu est animée et dense. Je comprends maintenant assez bien le roumain, du moins je peux déchiffrer le sens des phrases grâce à quelques mots clés mais je manque encore de vocabulaire pour formuler les réponses que j’ai en tête. Cependant, nous parvenons à parler de longues heures. Comme souvent, l’aparté a débuté suite à un reportage sur la France à l’occasion du journal télévisé. Liviu ne cesse de me dire que l’élection de Sarkozy « le Juif Hongrois » est la plus grande erreur que le peuple français ait commise lors de ces derniers siècles, en profitant au passage pour louer la grandeur des hommes d’Etat que furent De Gaulle, Mitterrand et Napoléon. Il m’expliquera d’ailleurs, concernant Bonaparte, que son beau-père, simple gendarme roumain, était un grand admirateur de Bonaparte et avait lu tout ce qui fut écrit en langue roumaine sur le Corse.
Liviu m’explique ensuite que, selon lui, seuls deux peuples sont de tous temps restés dignes : les Vikings et les Gaulois. Il en profite d’ailleurs pour me dire que je devrais me revendiquer en tant que Gaulois et non pas Français, tout comme lui se considère Dac et non pas Roumain. J’apprends à cette occasion que Zamolxes, qui a donné son nom à de nombreuses associations et fondations en Roumanie, était le dieu des Dacs.
Puis Liviu, du haut de ses 69 ans, me conte sa fierté de n’avoir jamais été ni chef, ni employé ; mais surtout d’être toujours resté droit et debout, jamais à genoux comme il me le mime pour bien que je comprenne. Il m’explique ensuite que la dignité est la plus grande valeur que tout homme doit considérer et chérir tout au long de sa vie. Cette pensée philosophique l’amène ensuite à disserter sur Camus et Sartre, admirables selon lui car ils ont essayé comme nul autre philosophe d’exploiter le lien entre deux notions essentielles, responsabilité et liberté, mais aussi les failles entre les deux termes.
J’avoue que lors de ces discussions, j’ai le plus souvent la place de celui qui écoute. Liviu m’encourage à participer, à échanger mais je me demande réellement ce que je pourrais bien apporter à la discussion de cet homme du haut de mes 25 ans… Il m’amène donc sur un terrain que je maitrise mieux et nous commençons à discuter de cinéma français. Il me parle de Jean Gabin et du Clan des Siciliens. Quand il évoque Jean Gabin, revient toujours cette anecdote : l’acteur était enregistré au fisc non pas comme acteur mais comme éleveur de chevaux.
La discussion dévie ensuite sur la littérature et Liviu me confie que l’un de ses premiers contacts avec la littérature française avait été le Comte de Monte-Cristo, l’ayant lu alors qu’il avait 9 ans. Malgré cela, il se souvient sans problème de la fin dudit récit « Attendre et Espérer ». Cette marotte, il semblait l’avoir fait sienne pendant de nombreuses années, mais aujourd’hui, l’attente avait étouffé tout espoir. Cela se lisait dans ses yeux et sa manière de me dire ses regrets de n’avoir jamais eu cette chance qu’est mienne d’aller à l’étranger.
La fin des espoirs nous amenait tout logiquement sur un dernier dialogue concernant l’amour. Et encore une fois, celui qui aime se qualifier d’ « homme de l’ombre » me gratifia d’une définition à la fois mélancolique et d’une tristesse profonde. Selon lui, l’amour ne serait que l’affaire de quelques jours ; ensuite ce que l’on considère amour ne serait que la nostalgie de quelques heures, les premières. Enoncée par quelqu’un qui est marié depuis plus de 30 ans, cette définition en dit long sur les espoirs déçus et les illusions passées…

28/11

En ce nouveau dimanche, je reçois encore une fois la visite de Vizma. Nos rendez-vous dominicaux deviennent habituels, comme le faisaient les jeunes galants quelques siècles auparavant. Cette fois-ci, les présentations sont faites avec Liviu. Mon grand-père de l’instant fait la discussion avec la Lettone dans un russe quasi parfait, d’après les dires de la jeune femme. Je comprends à sa gestuelle et à sa manière de s’exprimer que Liviu a dû être en son temps un de ces jeunes hommes sachant manier sourires et verbes avec tact et délicatesse envers la gente féminine. Je vois également, à son regard tendre sur Vizma, que la flamme ne s’éteint jamais réellement.
Après Il Postino, pour notre deuxième rendez-vous dominical, j’offre à ma jeune compagne de l’instant les délices d’un chef-d’œuvre français : le Feu Follet. J’ai toujours été ainsi, mais surtout depuis que je suis amené à devoir développer des relations : les livres et les films sont de merveilleuses manières de délivrer des messages ou du moins de montrer quelques directions sans avoir à les exprimer verbalement.
C’est ainsi que Jacques Rigaut sous les traits de Maurice Ronet prend ce rôle de messager pour moi envers Vizma. Il m’apparait ainsi à l’énième visionnage de ce film qu’innombrables sont les passages que j’aurais pu moi-même décrire ainsi ou évoquer à la première personne. Ainsi quand Alain Leroy rend visite à son vieil ami Dubourg, bien installé dans le costume de père de famille, ce dialogue retentit :
« Tu es bien agressif pour un homme heureux. Es-tu si satisfait de la vie que tu mènes ?
- Aucune importance.
- Mais si tu t’embêtes ?
- Fanny et ses filles, cette maison qui sent le vieux – tout cela fait partie de ma passion.
- Tu n’as plus ton œil brillant d’autrefois, ni ta belle énergie.
- J’ai vieilli…
- Tiens, tiens.
- Oui, j’ai vieilli. Je n’ai plus d’espoir mais j’ai des certitudes. Je suis sorti de ma jeunesse pour entrer dans une autre vie. Toi, tu tournes le dos, tu refuses l’âge adulte. Tu restes enfoncé dans ton adolescence. C’est de là que vient ton angoisse.
- Difficile d’être un homme. Il faut avoir envie.
- Tu n’es pas fatigué des mirages ?
- J’ai horreur de la médiocrité.
- Depuis 10 ans, tu vis dans une médiocrité dorée.
- J’en ai assez justement, j’arrête.
- Tu regrettes ta jeunesse comme si tu l’avais bien remplie.
- C’était une promesse et aussi un mensonge. C’était moi le menteur.
- (…) Tu vois, tu es torturé par l’idée des femmes.
- Tu sais très bien que je n’ai aucun pouvoir sur elles.
- Oh quelle blague.
- A 20 ans, j’avais une belle gueule. Aujourd’hui encore, elles me trouvent amusant et gentil. Mais tout cela ne suffit pas, je n’ai pas de prise sur elles. Pourtant il n’y a que par les femmes que j’ai eu un peu l’impression d’avoir prise sur les choses. (Long silence) Ce n’est pas la vie en soi que je condamne, c’est ce qu’elle contient de méprisable.
- Moi je voudrais bien savoir comment tout cela a commencé. C’est par là que je pourrais te reprendre.
- L’alcool était dans mes veines avant que j’y réfléchisse.
- Comment ça ?
- J’ai commencé par attendre les choses en buvant. Et puis un jour, je me suis aperçu que j’avais passé ma vie à attendre. Les femmes, l’argent, l’action. Alors je me suis saoulé à mort.
- Mais pourtant tu as eu Dorothy et bien d’autres…
- Je ne les ai pas eues, je ne les ai pas.
- Mais si tu tiens à Dorothy, tu n’as pas besoin de coucher avec elle pour ça.
- Je ne la tiens pas et c’est parce que j’ai mal couché avec elle.
- Si elle te fuit, c’est parce que tu bois trop.
- Mais je bois parce que je fais mal l’amour !
- Ah, quelles drôles de vies que nos vies suspendues aux femmes.
- Je ne vois pas en quoi tu es suspendu à Fanny.
- Je suis enfoui dans sa chaleur comme un cochon dans sa bauge. (Une femme passe) Tu vois, on a envie de la toucher. Et bien Paris, c’est comme elle, la vie c’est comme elle.
- Tu m’énerves avec tes certitudes médiocres.
- Alain, contente toi de cette médiocrité et tu retrouveras peut-être ta fantaisie que tu as tant perdu ces temps-ci. Tu es lâche et faible et paresseux. Tu refuses les certitudes parce qu’elles te font peur. Tu fais l’apologie de l’ombre parce que le soleil te blesse les yeux.
- Tu es mon ami ? Si tu es mon ami, tu m’aimes comme je suis. Pas autrement. »
Si on excepte le passage sur l’alcool, je n’ai aucun problème à envisager d’avoir un dialogue de cette teneur avec quelque ami ou membre de ma famille. J’avoue sans problème que cette année en Roumanie est un autre subterfuge pour ne pas entrer dans cette nouvelle phase de ma vie qui m’effraye tant. Je vois nombre d’amis vivant à Paris, à Bordeaux, à Reims, à Londres s’essayant à la vie, y arrivant pour la plupart ; gérant à la fois « carrière » professionnelle et vie personnelle avec dextérité et une certaine réussite. Mais je ne m’imagine pas dans leur costume. Je ne sais pas où le bât blesse en moi, peut-être dans cette trop grande consommation d’illusions à travers récits et films ces dernières années. Je me suis créé, à travers toutes ces lectures et ces heures de visionnage d’autres univers, des promesses personnelles que je ne pourrais sans doute jamais me tenir.
Cette expérience, tout comme les études, est un subterfuge pour quelques temps ; se donner de l’air par rapport aux pressions externes, qui, même si elles ne sont pas directes, restent palpables. Et plus cette année passe, plus je me rends compte qu’il me sera sans doute difficile de revenir en France à la fin de cette expérience. J’ai besoin de voir, de découvrir, de me promener, de rencontrer. Tant d’illusions de jeune homme, il me semble. Mais à terme, il faudra bien faire le difficile choix : rester ainsi en marge sautant d’un subterfuge à un autre et prenant de fait un retard certain par rapport à la norme ou troquer illusions et rêve d’une vie différente pour un costume d’adulte ? Mais la peur réside surtout dans le fait de décevoir les espoirs de ces parents qui m’ont tant supporté pendant toutes ces années…

Puis, quelques instants avant de se suicider ayant une nouvelle fois terminé Gatsby le Magnifique, Alain Leroy dialogue avec le jeune noceur parisien Milou :
« A 18 ou 30 ans, elles sont toujours très gentilles. Mais elles s’en vont ou bien elles me laissent partir.
- Là, tu m’étonnes beaucoup. Appelle ça comme tu voudras mais tu plais.
- Je suis maladroit, je suis lourd. J’avais de la délicatesse dans le cœur mais pas dans les mains… (…) Il faut donner aux gens l’impression qu’on a envie de les prendre et quand on les a pris, qu’on les tient. Tu es sensible Milou, mais tu n’as pas tellement envie de les prendre. Moi je ne les aime pas, je n’ai jamais pu les aimer. Je ne peux pas toucher, je ne peux pas prendre et au fond, ça vient du cœur.
- Mais enfin, qu’est-ce que tu aurais voulu faire ?
- J’aurais voulu captiver les gens, les retenir, les attacher. Que rien ne bouge plus autour de moi mais tout a toujours foutu le camp.
- Mais quoi ? Tu aimes tant les gens que ça ?
- J’aurais tant voulu être aimé qu’il me semble que j’aime… »
Cette dernière phrase est lourde de sens et, assis aux côtés de Vizma, je ne sais moi-même si j’éprouve réellement des sentiments à son égard ou si c’est simplement ce besoin d’aimer que je projette sur la jeune Lettone. Je me rends compte avec le temps que le mot « aimer » n’est finalement qu’une notion très vague et finalement, peut-être qu’aimer n’est pas le plus important. La qualité des moments passés avec Vizma est réelle et ceci est palpable, certain. Je devrais peut-être m’arrêter à ce stade et profiter des instants sans avoir besoin de savoir si c’est de l’amour ou non. Il est bien difficile de répondre à la question de savoir si on a déjà aimé; je n’en ai personnellement aucune idée. Qui peut réellement dire avec certitude avoir attrapé ce papillon transparent dans ses filets troués ?
Bien que la nuit soit tombée sur ce suicide, nous décidons d’aller nous promener quelques temps sous le ciel étoilé. Depuis de trop nombreuses années dans l’univers éclairé des villes, j’avais oublié le privilège qu’est celui de pouvoir se promener en profitant simplement de la lumière blanche de la lune et des étoiles pour se guider. Bien entendu, je discute un peu du film avec Vizma, qui m’avoue avoir besoin d’un peu de recul pour donner son sentiment sur la pièce de Louis Malle.
Nous embrayons donc sur le suicide. Pour avoir parlé avec de nombreuses personnes de ce sujet, j’ai remarqué que bien souvent, ce sont deux visions clairement antagonistes qui s’affrontent. La dichotomie se situe sur l’appréciation du courage nécessaire pour cet acte : pour les uns, c’est un acte très courageux, pour les autres, c’est le signe de l’absolue lâcheté. Avec Vizma, nous nous retrouvons chacun à défendre les couleurs d’une de ces deux paroisses. Je lui confie mon grand respect pour les suicidés et le courage que je vois dans le geste ; ainsi qu’une vision romantique du suicide qui verrait le suicide consciemment effectué comme un acte de réveil pour ceux qui restent vivants. Nos visions sont opposées mais un grand respect existe entre nous et nous nous écoutons très attentivement, ayant peur de perdre une once de ce que peut nous dévoiler l’autre.
Lors du repas, Liviu avait un peu parlé de littérature russe avec Vizma, énonçant les Dostoievski, Lermontov et autre Essenine. Je questionne Vizma sur ce dernier, figure on ne peut plus romantique de la littérature russe. Elle me décrit sa rencontre avec le jeune poète. Ce dernier était l’objet d’un reportage à la télévision lettone et à l’écoute de quelques vers, ma jeune muse sentit le besoin de se procurer plusieurs ouvrages d’Essenine. Je lui confierais avoir surtout été attiré vers ce personnage du fait de sa mort ambiguë entre suicide et assassinat déguisé. On parlera un peu de ses écrits et plus que les écrits romantiques concernant l’amour, Vizma mettra en avant les poèmes concernant la fraternité ; selon elle, d’une valeur beaucoup plus intéressante. Je prends un vrai plaisir à discuter avec elle de littérature et je me trouve un peu surpris de parler d’Essenine en cette nuit de novembre sur cette route déserte de ce village roumain. Surpris mais délicieusement comblé également.
Nous partagerons la nuit ensemble dans mon petit lit. Les rapports se feront plus proches que lors de notre première nuit. Mais je n’irais pas lui voler une once de beauté, bien décidé à ce qu’elle fasse le premier pas. C’est peut-être un mauvais pari mais je suppose que le temps joue en notre faveur en ce qui concerne les joies corporelles et une meilleure connaissance mutuelle des cœurs et des esprits ne pourra qu’être bénéfique l’instant venu…

30/11

En fin de matinée de cette dernière journée de novembre, je me dirige avec Sargis vers le village de Tismana. Là-bas, nous attendaient quelques volontaires dont Ivane et Georges. Pour le premier, ce sont les derniers jours qui se profilent. En effet, la fin de son EVS est programmée pour le 9 décembre.
La semaine précédente, la plupart des volontaires de mon groupe était ensemble à Predeal, station de montagne de Transylvanie, pour effectuer leur mid-term training. Tous, sauf les deux Camerounais, Linea, Vizma, Mathias et moi, arrivés plus tard dans l’aventure. Au retour de cette semaine, la grande nouvelle fut la soi-disante apparition d’un nouveau Georges, sous l’impulsion d’un amour trouvé.
Arrivé à Tismana, je me trouvais donc confronter à ce « nouveau » Georges. La différence la plus notable fut la présence aux bouts de ses doigts d’une demoiselle que je ne connaissais pas. La dite demoiselle, répondant au prénom de Darta, était elle aussi Lettone… Tous les atours de l’amour naissant se lisaient dans leurs gestes, la recherche permanente de l’autre que ce soit du regard ou de la main.
Je ne trouvais pas Georges fondamentalement changé. Il avait simplement échangé son ordinateur contre une demoiselle pour combler son ennui. Mais pour les autres, le changement était remarquable ; il parlait voire souriait et surtout il les ajoutait à Facebook ! Tout cela me laissait assez sceptique et je ne voyais pas le bouleversement que tous m’avaient conté concernant notre jeune Martin Eden.
Lors d’une petite promenade en aparté pour aller chercher un appareil photo chez lui, je lui confie d’ailleurs mon amusement quant à la situation. Il m’avoue lui aussi s’en amuser allégrement, tout en me confiant que le fait d’avoir rencontré Darta lui avait donné envie de faire plus de choses et un nouveau goût pour la découverte. Nous nous amusons du fait d’avoir tous deux trouvés une jeune Lettone sur nos chemins et parlons d’hypothétiques escapades à quatre en Roumanie ou à l’étranger pour les mois à venir.
Revenus dans le bar de Tismana, qui nous sert de QG dans ce petit village, Sargis nous annonce que finalement il reviendra bien au mois de janvier. Il nous conte même sa volonté de rester en Roumanie après cette année. La raison principale semble être cet homme roumain rencontré. Sargis nous décrit les démarches qu’ils entreprennent pour trouver une femme roumaine afin qu’il se marie avec elle et puisse ainsi disposer de papiers roumains…
Quelques minutes après, Vizma arrive avec les autres filles. Nous nous embrassons puis je la laisse rencontrer cette autre Lettone, qu’elle avait tant désirée. Je regarde les deux jeunes femmes discuter et nous échangeons des sourires avec Georges. Guada s’assit à côté de moi et me raconte ses nouvelles rencontres à Predeal et à Bucarest. J’écoute sans grand entrain, elle me demande pourquoi je réagis ainsi. Bien entendu, je n’ose pas lui dire qu’elle m’a déjà parlé d’une bonne dizaine de nouveaux jeunes hommes en deux mois et que de fait, mon enthousiasme est un peu douché. Je me contente de dire que je lui souhaite que cela marche avec l’un de ceux-ci, tout en restant sceptique.
Les volontaires, ayant été à Predeal, nous montrent ensuite les photos de leur semaine là-bas. L’intérêt de ces photos est relatif et je regarde plutôt Darta et George. Bien entendu, me vient à l’esprit le besoin de faire une comparaison avec ce que je vis avec Vizma. Sur l’instant, l’idée est tout simplement mauvaise. Darta et Georges démontrent une passion que je ne connais tout simplement pas avec Vizma. Darta est aussi tendre et proche avec Georges que Vizma peut se montrer froide et distante par instants avec moi… Mais en allant au-delà de ces conclusions hâtives, je me demande si nous n’avons pas plus de chance avec Vizma de créer une relation pérenne ; certes moins passionnée au début mais peut-être plus dense à terme.
A la fin du visionnage de ces photos, Vizma vient d’ailleurs s’asseoir sur mes genoux et se montre affectueuse, comme elle l’a peu de fois été devant tout le monde. Nous resterons quelques dizaines de minutes à parler, à se regarder, à sourire. Puis vers 17h, Sargis et moi décidons de quitter l’assemblée afin de trouver une voiture pour regagner Runcu avant la tombée de la nuit.
Juste avant de partir, Vizma me tire pas le bras :
« Je suppose que je dois te le dire, me dit-elle d’une voix hésitante et sérieuse.
- (Je reste silencieux m’attendant fébrilement à ce qu’elle m’annonce qu’elle va quitter le projet.)
- Tu te rappelles que je t’avais dit que j’étais mannequin ?
- Oui, oui, bien entendu.
- Hé bien, mon agence m’a contacté. Ils me proposent un shooting fin décembre à Milan avec un photographe très réputé.
- C’est super, dis-je dans un grand sourire.
- Oui, oui, certes. Mais ce n’est pas tout. Ce sera en lingerie, dit-elle scrutant toute réaction de ma part et semblant un peu effrayée de ma possible réaction.
- (Je souris bêtement) Ben, c’est cool. Je pourrais voir les photos ?
- (Plus détendue) Oui oui. Je t’avoue que j’avais un peu peur de ta réaction.
- Non, y a pas de raison. C’est bien pour toi. Il n’est pas dans mon intention de te couper les ailes, Iluzi. »
Nous nous quittons sur un dernier baiser. Je rejoins Sargis dehors puis nous gagnons la direction de la route principale pour trouver un véhicule vers Runcu…

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 22 déc. 2010, 08:12

Râââ ces femmes de l'Est !
le fantasme de l'Occidental décadant !
Sinon mon Cher Romain, tu t'enfonces dans le spleen Baudelairien !

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 28 déc. 2010, 23:35

Il est possible que ça s'arrête là.

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 29 déc. 2010, 08:06

1) oh non !!!!
2) allez quoi, fais pas ta p*#e !
3) ben pourquoi !?!

ou fais nous juste un "résumé" des moments les plus représentatifs de ton engagement Roumain ! :)

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Re: La saison des illusions

Messagepar Austin Powers » 29 déc. 2010, 11:01

Euh ouais je proteste là!!!Moi qui attendais impatiemment la suite.

Avec Frido on est complétement accro mec!

Moi j'ai laissé tombé mon bouquin du moment tellement je suis à fond!!!

Déconnes pas bordel!
"La Vendée on s'y fait"

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 29 déc. 2010, 11:44

Je pensais pouvoir écrire en France mais j'ai pas trop de temps et là je vais commencer à avoir un retard conséquent !

Et puis, ça stagne un peu niveau écriture.

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 29 déc. 2010, 12:55

même si on fait des courbettes et tout !?

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Re: La saison des illusions

Messagepar Johan Van Veltmann » 30 déc. 2010, 08:26

une p*pe ?

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 30 déc. 2010, 14:29

Faut voir la bouche de la demoiselle.

Non mais je continuerais mais ça va prendre bcp de retard. Surtout que j'ai un truc qui germe depuis pas mal de temps niveau écriture et je pense que ça va être le bon moment pour le faire éclore cette année.

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Re: La saison des illusions

Messagepar Johan Van Veltmann » 31 déc. 2010, 10:29

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