La saison des illusions

Aujourd'hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.
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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 25 nov. 2010, 09:55

ah ben c'est dommage !
c'est justement ce qui m'intéresse, tes confessions intimes !
Mais si tu dis que tu as trouvé un thon pour écrire ...

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 25 nov. 2010, 10:14

J'ai pensé que t'allais faire la réflexion sur le thon en écrivant mon dernier post.

Y a Confessions à la Rousseau et Confessions à la TF1...

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 25 nov. 2010, 10:26

Tu peux faire un mix des deux !
Pour nous offrir une sorte de remake de "Very Bad Trip" à la sauce Roumaine !
Ou nous pondre un truc style "Cioran, ne vois tu rien venir ?" :)

Gerard Gerbix

Re: La saison des illusions

Messagepar Gerard Gerbix » 25 nov. 2010, 12:31

Une scène de cul dans l'histoire, moi, j'dis pas non.

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 25 nov. 2010, 13:09

Le problème, c'est que j'envoie aussi le récit à des amis mais surtout à mes parents...

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 25 nov. 2010, 15:59

ben tu fais deux versions !
une "light" pour tes parents
et une sans censure pour tes potes et nous !

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 29 nov. 2010, 18:48

7/11

Me levant ce dimanche matin, je découvre Liviu et sa femme, scrutant la télévision avec émotions. Il n’est pas difficile de comprendre qu’il s’agit d’un enterrement en voyant tous ces visages marqués par la tristesse formant deux haies d’honneur pour ce corps, qui se dirige vers une église. La célébration dure quelques heures et je fais ainsi connaissance avec l’illustre défunt : le poète Adrian Paunescu. C’est donc cet homme, aux allures de bûcheron avec son torse bombé et sa fière barbe blanche, qui a les honneurs de cet enterrement national.
Pendant toute la journée, les reportages et les témoignages se succèdent pour célébrer la mémoire de cet homme, qui semble avoir eu une importance certaine dans la vie culturelle du pays ces dernières décennies. Que les hommes de culture, voire les politiciens, pleurent l’un des leurs est somme toute assez commun, quelque soit le pays. Mais en ce qui concerne ce Paunescu, la reconnaissance est allée bien au-delà de ce petit cercle d’intellectuels. En effet, fait surprenant, Paunescu fera l’objet de nombreuses banderoles et chants dans les stades de football pendant les dix jours suivant sa mort…
Liviu m’expliquera l’importance de Paunescu par sa propension à rester proche de l’homme de la rue, notamment à travers de nombreuses représentations à la télévision. J’apprends également que le poète était un fervent laudateur de Ceaucescu dans ses vers. La nostalgie de l’ère communiste est palpable dans les discours de la plupart des Roumains que j’ai eu l’occasion de croiser. S’ils ne parlent pas d’âge d’or, ils n’ont aucune difficulté à démontrer que la vie sous le régime communiste était bien meilleure qu’aujourd’hui. Je ne peux donc m’empêcher de voir dans cette tristesse pour le poète une forme de dernier adieu pour le père d’une nation Ceaucescu…
L’après-midi, je quitte Runcu quelques heures pour errer dans les rues de Targu Jiu avec Vizma. Celle-ci voulait acheter un cadeau pour Linea, qui fête son 19è anniversaire en ce lundi. Bien entendu, ceci nous donne surtout l’occasion de passer quelques heures seuls tous les deux. J’avais prévenu Vizma du fait que peu de magasins étaient ouverts le dimanche, cependant elle trouvera un cadeau, une écharpe et un bonnet, dans un des petits marchés qui sont ouverts tous les jours de la semaine. Ces quelques heures sont très plaisantes, je me surprends même à avoir du plaisir à développer mes réponses à ses nombreuses questions, à fournir des détails. Elle me conte encore une fois la beauté de son pays et de l’endroit où elle vit, au bord d’une forêt et d’une rivière. Une carte postale se dessine peu à peu dans mon esprit concernant l’endroit.
Vizma pensait amener Linea au cinéma pour son anniversaire, où bien entendu nous l’attendrions tous pour lui faire une surprise. A travers mes longues journées d’errance dans la ville, j’avais découvert le seul cinéma de la ville, au hasard d’une petite rue. Malheureusement, celui-ci n’était ouvert que du vendredi au dimanche et cela remettait donc en question les plans pour le lendemain.
Nous regagnions ensuite Pestisani et la maison des jeunes femmes où nous attendaient Guada, Lucie, Linea et Matthias. Lucie me demande comment cela se passe avec Vizma, je reste assez vague tout en arborant un sourire qui vaut bien toutes les explications verbales. Puis elle me parle de son amour perdu, ancien volontaire ayant quitté la Roumanie il y a qq jours :
« Ah Romain, Jack me manque tellement. J’ai pensé aller en Suède quelques jours en décembre mais…
- Ca me semble être une bonne idée.
- Oui mais je ne sais pas. Il est devenu plus distant depuis qu’il est parti. Un de ses amis m’a dit qu’il m’aimait mais qu’il avait peur de s’engager du fait de la distance… Alors si je vais là-bas et qu’il me rembarre.
- Je peux comprendre son point de vue. Tu es ici encore pour quelques mois et ça me semble difficile d’imaginer quoi que ce soit dans ces conditions… Mais je pense que tu devrais aller en Suède pour le voir.
- Parfois, je me dis que c’est mieux de ne pas savoir…
- Je ne pense pas. Tu auras toujours ce regret latent si tu ne tentes rien. Et puis, s’il ne veut plus de toi, il te restera les souvenirs. Ceux-ci feront vivre l’idylle à jamais…
- Peut-être. Mais je me dis qu’il vaut mieux être dans le flou que d’avoir le cœur brisé.
- … « Alors aux soirs de lassitude, tout en peuplant sa solitude, on pleure les lèvres absentes des belles passantes, que l’on a pas su retenir ».
- Je ne te savais pas poète mais c’est beau. »
Je ne sais pas si j’ai réellement réussi à la faire avancer dans sa réflexion. Mais les vers d’Antoine Pol semblent la laisser songeuse. Je lui fais ensuite écouter la version de Georges Brassens. Au moins, aura-t-elle fait connaissance avec un des trésors de notre culture ; grâce à Jack en quelque sorte…
Le soir-même, nous irons tous les six à Targu Jiu dans un bar branché pour fêter l’anniversaire de Linea. Avec plaisir, je constate que PSG/OM est diffusé… La soirée passe tranquillement entre des œillades pour la télévision, quelques-unes pour Vizma et des dialogues avec une jeune étudiante en langue française de Timisoara qui me rappelle une nouvelle fois le fantasme qui subsiste autour de notre pays.

8/11

En allant à l’école ce matin, je constate une nouvelle fois l’abondance de véhicules ayant des plaques étrangères, notamment bulgares ou françaises, dans les rues de mon village. Quelques fois, l’illusion subsiste de ne pas être le seul étranger dans ce village ; mais la réalité est toute autre comme je l’apprends en discutant avec un des propriétaires de ces véhicules. Avec ces salaires aussi bas et la faiblesse du lei, les Roumains achètent très peu de véhicules neufs. De fait, un véritable réseau est constitué autour des véhicules de seconde main, cela se note notamment sur les enseignes de certains garages qui se disent « spécialistes du véhicule de seconde main depuis l’étranger ». Ainsi, de nombreux véhicules circulent sur les routes de Roumanie avec des plaques étrangères…
En soirée, tous les volontaires se retrouvent encore une fois pour célébrer l’anniversaire de Linea. Dany a réservé un restaurant aux abords de Tismana. La soirée est un peu longue et les alcools ne sont pas compris dans le menu, ce qui rajoute à la longueur de la soirée… Cependant, quelques apartés avec Vizma dans la froideur de cette soirée de novembre viennent l’égayer. La simplicité de ces moments avec Vizma est assez remarquable et il me semble que j’avais un peu perdu cette notion des plaisirs simples au contact de la gente féminine. Nous parlons des raisons qui nous ont poussées à venir en Roumanie et je suis surpris de voir que nous nous rejoignons sur le fait que cette année ne devrait être qu’une grande illusion dans nos vies.
La notion de groupe est très forte quand on se retrouve tous ensemble ainsi et il est assez difficile de pouvoir créer les conditions d’un réel aparté. Je constate rapidement qu’il ne sera pas aisé de trouver la bonne distance entre Vizma et moi, vis-à-vis des autres. Je comprends à ses gestes et à sa manière de prendre un peu de recul quand l’un des autres volontaires vient à notre rencontre que Vizma ressent cette même gène. On en vient à discuter de nos envies et je comprends assez vite à son sourire, que j’ai déjà connu sur d’autres visages, que les mots qui vont suivre ne seront pas très plaisants. L’existence de réminiscences d’un ancien petit ami est relatée et de fait la difficulté à se situer par rapport à moi. Je souris péniblement, ayant l’impression de revivre une scène maintes fois vécue ; puis lui indique simplement que je ne suis pas là pour prendre la place de quiconque à ses côtés, simplement partager quelques instants si elle le veut bien.
Juste avant de quitter cet endroit, je découvrirais que cette bâtisse a été l’endroit où fut traduit « La Divine Comédie » en langue roumaine… Reste à savoir si pour moi cette année en Roumanie aura les attraits de l’ « Enfer », du « Purgatoire » ou du « Paradis ».

9/11

Sur le chemin de l’école, je suis surpris par de nombreux cris. Quelques mètres plus loin, je découvre ce que je comprends être des Roms, aux robes colorées typiques que portent les femmes. Quelques femmes mais également des hommes et des enfants crient en direction des maisons avec à distance une carriole et deux voitures remplies de vêtements, produits ménagers et produits hifi. Je constate que quelques habitants sortent de chez eux pour regarder la marchandise. Arrivé à l’école, je parle avec Ion de ce que j’ai vu. Il m’explique que beaucoup de Roms travaillent ainsi en famille en tant que vendeurs ambulants. Pour eux, il est difficile de trouver du travail dans la société roumaine, notamment pour les femmes.
En entrant dans la salle des professeurs, je constate une agitation peu commune. Trois personnes, que je n’avais jamais vu, sont assises aux places de choix et font l’objet de toutes les attentions. Ionela m’explique qu’il s’agit d’une inspection. Je constate peu à peu le jeu qui se met en place… A l’école, dans le corps professoral, il y a trois personnages centraux : M. Georges, ancien directeur de l’école et toujours enseignant, Mme Roxana, nouvelle directrice et enseignante de géographie et enfin M. Ion Tutila, le professeur de sport et syndicaliste…
En ce jour, aidé par les explications de Ionela, je comprends les enjeux sous-jacents et les luttes internes à l’école. M. Georges fut directeur de l’école pendant de nombreuses années mais suite à la dernière élection municipale à Runcu, la majorité a changé et une nouvelle directrice, plus en phase avec les opinions politiques majoritaires, fut nommée par le maire. A travers cette inspection, je constate que M. Georges, encore appelé « Don Director » par la plupart des enfants et des autres professeurs, jouit encore d’un certain prestige, notamment vis-à-vis des inspecteurs d’académie qu’il semble bien connaître. Le syndicaliste fait le tampon entre l’ancien et le nouveau directeur, ainsi que les autres professeurs.
Ionela me demandera plus tard si ce genre de cas arrive également en France et je lui explique que la nomination des directeurs d’école n’est pas du fait des maires en France. Elle me dira ensuite combien elle est désolée de voir les affaires politiques entraver la vie d’une petite école comme celle-ci, puis terminera, résignée, en demandant ce qu’elle peut vraiment y faire. Ce sentiment sera corroboré par les soupirs désabusés de nombreux collègues…
Avant de rentrer, Ion m’amène au jardin d’enfants pour me faire rencontrer les maitresses. L’une a, à peu près, mon âge et Ion me loue, avec son affabilité coutumière, ses beautés. J’acquiesce poliment, tout en essayant de détourner le sujet de la discussion. La jeune femme Miha me parlera de sa sœur, professeure de français et d’anglais à Bucarest, puis me contera sa joie de travailler dans cet établissement. Bien qu’étant obligée de parcourir les 15 kilomètres entre Targu Jiu et Runcu quotidiennement, elle n’est pas déçue d’avoir quitté les écoles de la ville pour trouver un milieu plus chaleureux dans cette école de village.

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 30 nov. 2010, 09:16

ça me donne presque envie de me suicider
mais c'est beau

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Re: La saison des illusions

Messagepar Austin Powers » 30 nov. 2010, 10:17

Very good!!!
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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 30 nov. 2010, 18:52

Pourquoi de te suicider Frido ?

J en ai appris une bien bonne aujourd'hui, vous allez devoir attendre qq tps le recit du 30 novembre pour la connaitre...

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 01 déc. 2010, 08:37

parceque c'est foutrement mélancolique !
ça me rappelle mes questions existencielles sur les femmes lorsque j'avais ton âge.

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Re: La saison des illusions

Messagepar Austin Powers » 01 déc. 2010, 09:51

Dobble a écrit :Pourquoi de te suicider Frido ?

J en ai appris une bien bonne aujourd'hui, vous allez devoir attendre qq tps le recit du 30 novembre pour la connaitre...



C'est salaud ça!!!! :(
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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 01 déc. 2010, 09:55

Vous pouvez tjrs chercher hein... :)

S il y en a un qui trouve ca...

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 01 déc. 2010, 10:32

En fait tu viens d'apprendre que Vizma avant son opération s'appelait Vizmo
et du coup tu te demandes maintenant si tu es bi

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 01 déc. 2010, 10:33

Ca la concerne mais c est evidemment pas ca.

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 01 déc. 2010, 10:36

bon on progresse quand même, on sait qu'il s'agît de Vizma donc ...
plusieurs possibiliés ...

1) elle vient de t'avouer qu'elle est amoureuse de toi
2) elle est enceinte de toi
3) Son ex débarque en Roumanie pour te bourrer la gueule
4) Elle a décidé après la mission de te suivre en France

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 01 déc. 2010, 10:41

Non ces choses sont trop faciles a imaginer...

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 01 déc. 2010, 10:45

ok !
il faut donc imaginer l'inimaginable ...

Vizma est une agent secrète Lettone !

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Re: La saison des illusions

Messagepar N.E.R.D » 01 déc. 2010, 11:46

a)un plan à trois
b)tentative du suicide si tu l'as quitte
c)son père c'est sa mère

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 01 déc. 2010, 12:57

Vous etes loin les gars. Mais c est un tres bon truc pour moi en tout cas...

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 01 déc. 2010, 13:03

Elle a une soeur jumelle !

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Re: La saison des illusions

Messagepar Johan Van Veltmann » 01 déc. 2010, 13:22

Elle l'aime sur dans la forêt ?
Elle avale goulument ?
C'est une femme fontaine ?

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Re: La saison des illusions

Messagepar Albat » 01 déc. 2010, 13:34

elle a une bite

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 01 déc. 2010, 15:03

Bon je tue le suspense, ca devient scabreux...

Hier, Vizma vient me voir, genre j' ai un truc important a te dire...

Je commence a flipper.

Elle me dit "tu te rappelles que je t avais dit que j etais modele. J ai recu une grosse offre pour un shooting debut janvier a Milan."

Je suis content, je souris.

Puis elle me dit "mais c est un shooting en lingerie"...

Je souris niaisement. Je m attendais a une mauvaise nouvelle...

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Re: La saison des illusions

Messagepar Austin Powers » 01 déc. 2010, 15:13

Ouais bon ok...mais ça en est ou là tout les deux bordel!???

T'en as pécho une autre histoire de tuer le temps dans une soirée?
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Re: La saison des illusions

Messagepar Grichting » 01 déc. 2010, 16:09

ça va être sympa à visiter Milan en janvier.

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 02 déc. 2010, 07:43

10/11

Depuis quelques jours, la vie s’est accélérée ici en Roumanie. J’ai quelque peu délaissé la pension pour aller à la rencontre des autres volontaires que ce soit à Targu Jiu où je vois assez souvent Levan mais surtout à Pestisani pour voir les filles. J’ai toujours eu une relation assez aisée avec la gente féminine, tant que la dite relation ne prenait pas trop d’importance à mes yeux. C’est par exemple le cas avec Guada, que je considère comme une amie. De fait, le rapport est aisé et même si c’est elle qui remplit la plupart des conversations, j’ai l’impression de ne pas être emprunté avec elle. De même avec Lucie, tout est aisé. Ainsi, j’ai la nette impression d’être devenu en quelques semaines une personne qu’elles considèrent proche, du moins assez pour parler de choses assez personnelles.
Ces jours sont encore très ensoleillés et ce soleil est aussi une des raisons pour lesquelles je fuis le plus possible la pension pour marcher et m’en aller dans les autres villages. Ces derniers jours, j’ai effectué à de nombreuses reprises l’aller-retour entre ma pension et la route principale qui mène de Targu Jiu à Pestisani ou Tismana. De fait, j’ai découvert le reste du village et ses habitants. Une vieille femme est venue me parler sur le chemin mais a pris peur peu de mots après le début de notre conversation, fuyant derrière sa porte et me scrutant au loin. Je me lie d’amitié, du moins par le regard, avec un handicapé qui habite très près d’un des petits magasins du village. Il passe sa journée assis sur le banc situé devant sa maison, toujours habillé de sa casquette bleue et de ses béquilles. Mais dans son regard, je ne lis aucune tristesse, ni aucune résignation. Il semble avoir accepté son sort tout simplement et le vivre sereinement.
Sous ce soleil de plomb et avec une telle chaleur, habillé de mon casque qui fait résonner les accords du dernier album de Yann Tiersen, je me sens pour tout dire assez aérien. Une sorte d’euphorie m’habite rien qu’en marchant, conscient de jouir d’une liberté sans entraves et de sans doute vivre des instants qui resteront assez uniques, peut-être le « time of my life ». En traversant ces villages à pied, saluant chaque habitant comme le veut la coutume malgré leurs regards ahuris pour certains, je ne peux m’empêcher de penser au clip de « The Escapist » de Mike Skinner. Point de direction, point d’horaire, point de but… « Pour aller n’importe où, pour aller jusqu’au bout des chemins de fortune » comme le chantait Georges Moustaki.
Mais vous savez sans doute comment termine « Ma Liberté » et les chemins de fortune me menaient ce jour-là vers celle qui pourrait devenir ma « geôlière ». En arrivant à Pestisani, je constate que les quatre filles sont présentes mais bien vite, les trois colocataires de Vizma nous laissent le champ libre et vont passer quelques heures à Targu Jiu.
J’ai eu quelques relations au cours de ma jeune vie. Toutes ont eu pour point commun mon silence. Celui-ci plait au début. « Pourquoi se fatiguer à parler dans une soirée alors qu’il suffit de se taire pour paraître brillant ? » disait Desproges. Cet adage est devenu mien, plus par habitude que par réel choix. Au début, elles me trouvent mignon pour certains, intéressant pour la plupart puis le silence les lasse. Inéluctablement. J’ai perdu de nombreuses personnes ainsi. Petites amies que j’aurais sans doute pu aimer, amis dont j’ai perdu la trace… Ce silence est même un frein avec des personnes très proches comme mes parents par exemple.
C’est peut-être également ce que je suis venu chercher ici : m’ouvrir aux autres, d’une autre façon que par l’écrit. Durant les premières semaines, j’aurais pu perdre Vizma pour de bon. Guada et Lucie me disaient pourtant qu’elle attendait uniquement que je lui parle mais le mutisme l’emportait à chaque fois que je venais à me rapprocher d’elle. Heureusement, la jeune Lettone a fait de nombreux pas dans ma direction ; dans ce bus vers Musetesti, à cette soirée chez Ivan. De sorte qu’en ce jour, nous nous retrouvons seuls tous les deux à Pestisani. En la serrant dans mes bras, je me fais une sorte de serment : de ne pas perdre celle-ci comme j’ai perdu comme toutes les autres ; parce que j’ai été lâche, égoïste, distant.
Nous passons quelques heures ensemble, nous promenant dans Pestisani. Je constate que son village est assez identique au mien, une rue principale et unique ; tandis que les maisons sont ici aussi souvent accolées à des étables où on peut distinguer de nombreuses volailles et des chevaux. Après quelques centaines de mètres, nous découvrons la Casa Memoriale de Constantin Brancusi. Nous ne pouvons la visiter, celle-ci étant fermée en semaine.
J’essaye de m’ouvrir à Vizma le plus honnêtement possible, lui contant notamment mes difficultés récurrentes avec des demoiselles qui ont compté pour moi… Elle se montre très compréhensive et mature, du haut de ses vingt printemps, en m’indiquant qu’elle n’a pas peur de mes silences mais qu’elle souhaite que je lui parle quand j’en ai envie, sans retenue. Cette longue marche se termine sur un baiser. Notre premier réel baiser car celui-ci est réellement partagé, sans retenue.

12/11

J’assiste à deux heures de cours d’anglais ce matin. Les enfants, surtout dans les petites classes, se battent plus ou moins pour m’avoir à leur côté durant l’heure de classe. Cela me fait sourire et j’essaye de changer à chaque heure pour qu’il n’y ait pas d’enfant lésé. Lors de la deuxième heure, alors que tous les élèves font un devoir sur table, je constate l’agitation qui provient du fond de la classe et d’un élève en particulier. Ionela me conte son histoire. Comme pour la plupart des enfants dans nos villages, le contexte social est difficile et la plupart vivent dans des conditions de pauvreté prononcées. Pour ce jeune turbulent, appelé Robert et âgé de 12 ans, la vie a été encore plus revêche. Ionela, tout en essayant de lui faire baisser le son de ses percussions sur la table, m’explique que ses parents sont divorcés. Il vit maintenant seul avec son père, alcoolique et peu intéressé par le devenir de son fils. Robert voit ainsi très peu sa mère. Mais le panorama anthracite ne s’arrête pas à ces quelques nuages car la mère est de plus atteinte d’un cancer assez sérieux… Ionela tentera de le calmer pendant toute l’heure, afin que les autres puissent finir leur devoir. Après l’heure, elle me dira qu’il lui semble important de connaître les enfants et le contexte dans lequel ils vivent et qu’elle pense même qu’il s’agit de son premier devoir en tant que professeur.
Dans l’après-midi, je me rends à Targu-Jiu dans les bureaux de l’association où j’ai rendez-vous avec Florin. Les bureaux sont situés dans un quartier pauvre de Targu-Jiu, à environ une demi-heure à pied du centre. Je pénètre dans un immeuble dont la porte d’entrée en verre est défoncée, les luminaires ne marchent pas et je me dirige au deuxième étage à l’aide de la lumière de mon portable. Je me retrouve devant une porte blindée en bois. Puis une fois à l’intérieur, on se croirait arrivé dans un endroit complètement différent. Les bureaux ont tous les atouts des bureaux à l’occidental et je découvre dans 4 pièces environ 6 ordinateurs nouveaux cris, des bureaux aux designs très modernes, des fax, photocopieuses, imprimantes derniers cris…
J’attends quelques dizaines de minutes avant que Florin et son assistante Raluca puissent me rencontrer. J’en profite pour discuter avec Codruta, une des assistantes de Danny avec Andreea. C’est la personne que je préfère parmi les trois. Autour d’un thé, elle me conte les dernières saisons de ses 23 printemps. Elle fut caissière puis maitresse d’école avant de débarquer dans ce nouveau costume qu’elle ne porte que depuis deux mois. Je lui demande comment elle se sent dans ce nouveau costume, elle me répond que c’est très intéressant tout en laissant entendre que les relations ne sont pas au beau fixe avec Andreea, qui s’est sentie quelque peu menacée par cette nouvelle arrivante… Codruta me pose quelques questions sur la France puis elle me parle de littérature roumaine, qu’elle a étudiée à la faculté. Je note quelques noms, parmi lesquels Rebreanu et Istraiti.
Puis Florin m’invite à le suivre dans son bureau. Lors des deux jours passés en sa compagnie à Musetesti, je n’avais pas complètement adhéré au personnage, notamment dans sa manière assez peu adaptée à mon goût de vouloir gérer notre motivation et nos objectifs personnels. Cependant, une discussion concernant quelques projets m’avait conduit à le rencontrer une nouvelle fois ce jour-ci. Je découvre également une jeune femme, à qui je ne donne pas plus de 25 ans, qui se prénomme Raluca. Mesurant 1m60 et dotée d’une voix fluette, elle n’impressionne pas franchement mais se dégage d’elle une douceur certaine.
Pendant environ une heure, nous discutons du projet qui m’intéressait. Florin et Raluca m’en tracent les grandes lignes. Le projet concerne la mise en place d’un network avec des associations d’Amérique du Sud et d’Afrique pour développer des projets liés au Service de Volontariat Européen sur ces continents, afin que des volontaires européens puissent se rendre dans ces pays. Le projet m’intéresse bien entendu grandement, mais je demande cependant quel pourra être mon rôle dans l’organisation et surtout si celui-ci sera réel. Très vite, les deux responsables me distillent de nombreuses informations et les missions potentielles deviennent plus claires. Participer au développement d’un tutoriel concernant l’analyse des besoins et l’évaluation des risques quant à l’implantation des EVS dans ces pays, la préparation d’un meeting avec des responsables des différentes associations de ces pays et la mise en place de workshops puis finalement la participation à la mise en place d’une conférence sur le volontariat en septembre 2011 à Bruxelles. Je ressors de cette entrevue assez emballé tout en sentant parfaitement que la confiance de mes deux interlocuteurs n’est pas encore gagnée et qu’il me reste à leur démontrer à la fois ma motivation et ma potentielle plus-value.
Alors que j’allais quitter les bureaux, Danny débarque. Il me demande ce que je fais ici. Je lui réponds simplement que je suis venu voir Florin pour discuter d’un projet. Danny me dit qu’il peut me ramener à Runcu si j’attends quelques minutes pour qu’il ficelle quelques dossiers. J’en profite pour parler avec Florin, je comprends que son excellent anglais provient de deux années passées à étudier les sciences sociales au Danemark.
Quelques minutes plus tard, je pars avec Danny dans sa Clio… Il me pose quelques questions sur le projet avec Florin. Puis sur le chemin, nous récupérons Natia, qui se plaint d’avoir attendu vingt minutes… Le retour dans la voiture est assez calme, personne ne parle. Je descends le premier à Runcu.
Environ un quart d’heure plus tard, je reçois un appel de Danny. Je suis assez surpris qu’il m’appelle. Il me demande tout d’abord qui était au courant du fait que j’allais dans les bureaux puis il enchaîne en me disant que c’était un manque de respect par rapport à lui d’aller là-bas sans lui en parler. Il continue sur ce couplet pendant environ dix minutes ; j’écoute sans mot dire, abasourdi par autant de bêtises. Puis je lui demande pourquoi il ne me l’a pas dit de vive voix dans la voiture, il me répond qu’il ne pouvait le dire devant Natia. Je le laisse finir puis je raccroche sans un mot. Je prends quelques minutes pour réfléchir à tout cela puis me pare de mes plus beaux mots pour lui envoyer un mail concernant l’importance et la signification du mot « respect » tout en me tenant à sa disposition pour en parler face-à-face dès qu’il voulait…

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 02 déc. 2010, 09:30

Ce qui est ballot pour ce 1er baiser partagé avec Vizma, c'est que d'un point de vue mnémotechnique, il aurait mieux valu attendre le 11 novembre ... m'enfin, ce n'est pas si grave après tout. Sinon, je ne pensais pas que ton autisme était aussi développé ! Le mutisme, quand il permet de passer pour le beau ténébreux, possède effectivement quelques avantages. Le Mic', c'est un "taiseux" ! Quel déconneur tu dois être en soirée ! Un vrai "aimant" à filles !

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Re: La saison des illusions

Messagepar Albat » 02 déc. 2010, 09:32

Dobble a écrit :10/11
J’essaye de m’ouvrir à Vizma le plus honnêtement possible, lui contant notamment mes difficultés récurrentes avec des demoiselles qui ont compté pour moi… Elle se montre très compréhensive et mature, du haut de ses vingt printemps, en m’indiquant qu’elle n’a pas peur de mes silences mais qu’elle souhaite que je lui parle quand j’en ai envie, sans retenue. Cette longue marche se termine sur un baiser. Notre premier réel baiser car celui-ci est réellement partagé, sans retenue.

Chronologiquement, ça c'est important, bien plus que le départ de Vizma, dénué de contexte, pour nous en tout cas, pour l'instant

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Re: La saison des illusions

Messagepar Madoff » 02 déc. 2010, 10:32

Putain t'es un génie mec.
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Re: La saison des illusions

Messagepar Austin Powers » 02 déc. 2010, 11:34

C'est classieux et tu es classieux!
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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 02 déc. 2010, 13:52

Niveau ecriture, ca s ameliore ou pas ?

Pour savoir un peu comment ameliorer la chose...

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Re: La saison des illusions

Messagepar Austin Powers » 02 déc. 2010, 14:58

Ton dernier épisode il est fameux!

Le récit est propre, on sent ta touche perso, on se plonge dedans super vite et on décroche pas...bref ça a bien évolué je trouve sur les 2-3 derniers récit.
Tu as trouvé la bonne formule entre les choses à développer et celles à passer vite fait sans trop si attarder.
Il y a ce qu'il faut en détail pour peindre le paysage dans sa tête.

Perso j'attends que ça le matin quand j'arrive d'avoir un nouvel épisode.

Par contre je suis étonné que pour le baiser tu es si peu détaillé ce fait!...émotionnellement et contextuellement.
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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 02 déc. 2010, 16:51

il ne veut pas affoler ses parents avec ses exploits buccaux !

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 02 déc. 2010, 18:13

Decrire un baiser est bien plus difficile que je ne le pensais...

Bon, vos avis confirment un peu ce que je pensais en ecrivant les derniers recits. Merci.

Je pense que la suite du mois de novembre va vous interesser si je trouve les mots.

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 03 déc. 2010, 08:12

on te fait confiance ô chantre du désenchantement à la Roumaine !
Tes accents Houèllebèquiens titille ma désespérance au quotidien

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 05 déc. 2010, 06:22

13/11

En ce début de week-end, je prends le bus depuis Runcu pour gagner Targu-Jiu. Il y 6 bus dans la journée qui font les allers-retours, prenant à peu près 25 minutes pour faire le trajet, selon qu’il s’agisse d’un minibus ou d’un bus et surtout selon le chauffeur. Encore une fois, je dois faire le trajet debout, les places assises étant très peu nombreuses. Je constate quelques regards dans ma direction et quelques bruissements quand je monte dans le bus. La rumeur concernant « l’étranger » a maintenant fait le tour du village en un mois et personne n’a de mal à reconnaître qui il est. Je me contente de sourire aux œillades suspicieuses ou simplement amusées.
Un arrêt après que je sois monté dans le bus, un des gamins de l’école rejoint les rangs des voyageurs debout. Nous dialoguons un peu. Tous mes mots sont écoutés avec grande attention par les voyageurs les plus proches, qui sourient amicalement devant mes quelques difficultés à trouver mon vocabulaire ou à conjuguer correctement les verbes. Toujours est-il que je parviens à comprendre que ce gamin, Cristian, a un match à Targu-Jiu dans l’après-midi. N’ayant rien à faire avant 16h, je lui propose de l’accompagner et il accepte volontiers.
Arrivé au stade, je prends du recul au bord de la main courante, après qu’il m’ait présenté à tous ses coéquipiers et à son entraîneur comme « Roman le Français ». Les jeunes, en l’occurrence des moins de 13 ans, jouent sur le synthétique où s’entraînent les pros. Je retrouve ce parfum des terrains qui me manque quelque peu. Je ne m’aventure pas dans les vestiaires mais les routines d’échauffement, les gestes de l’entraîneur et les regards des parents sur leurs enfants me rappellent de nombreux souvenirs. Sans doute de l’âge où j’ai pris le plus de plaisir à jouer au football.
Pour Cristi, nul proche n’est venu. Je prends donc momentanément cette place. Quand il me cherche du regard sur le bord de la touche, je m’applique à le féliciter ou à le conseiller avec quelque geste. Je constate, un peu triste pour lui, qu’il n’est pas aussi libéré quand il joue pour son club que quand il joue à l’école. Le ballon lui brûle les pieds et il ne cherche pas à prendre les responsabilités que son bagage technique devrait lui offrir.
Au bout d’une vingtaine de minutes, je comprends assez vite que Cristi se sent sous pression par rapport à son autre coéquipier d’attaque ; il est vrai très bon et surtout soutenu avec véhémence par son entraîneur et un père au timbre de voix très grave. A la mi-temps, Cristi viendra me voir quelques secondes et je tenterais de lui faire comprendre qu’il faut qu’il reste calme comme à l’école, qu’il a assez de qualités pour ce niveau. Sa deuxième mi-temps sera un peu meilleure, il tentera plus de choses et son entraîneur se montera bienveillant à son égard…
Je constaterais tout au long de ce match que les mêmes mimiques, les mêmes scènes, les mêmes cris se retrouvent sur tous les stades. Même sans comprendre parfaitement la langue, je comprends parfaitement les consignes des entraîneurs, les protestations envers les arbitres ou les joueurs. Sans doute ce qui fait du football ce « langage universel ».
Vers 16h, je rejoins le parc dans le centre, où trônent les sculptures de Brancusi. C’est le lieu de rendez-vous fixé par Lucie pour rencontrer de nouveaux volontaires, arrivés il y a peu dans le département. Je ne suis pas le premier sur les lieux et je dénombre une quinzaine d’individus alors que je m’aventure discrètement vers ces nouveaux visages.
Lucie m’introduit en premier dans le cercle des français : Dorine, 18 ans, Baptiste la vingtaine et Caroline, 26 ans. Tous les trois ont pour point commun de venir de la région paloise et d’être arrivés en terre roumaine il n’y a que quelques jours. Je salue chacun puis fais le tour des autres volontaires. Je découvre des Argentins, des Péruviens, des Italiens, des Arméniens et des Géorgiens ainsi qu’une Autrichienne.
Après avoir conversé quelques temps avec Linea, je retourne dans le cercle de la famille française. Lucie est comme toujours très heureuse quand il s’agit de se retrouver avec d’autres Français. Je reste plus mesuré mais essaye tout de même d’être accueillant. La jeune Dorine sort tout juste du lycée et frappe par sa jeunesse, qui se lit aussi bien sur son visage que dans sa manière de s’exprimer, très fraîche et sans arrière-pensée. Baptiste fait chanter son accent du Sud-Ouest et je retrouve un peu de mes années bordelaises à ses côtés. Son physique me fait directement penser à celui de Bixente Lizarazu. Quant à Caroline, je découvre une jeune femme roots, ayant plaqué travail et appartement pour s’aventurer dans cette expérience. Le courant passe bien avec les deux plus jeunes, en particulier Baptiste ; et je me retrouve un peu dans le costume de l’ancien, prodiguant conseils et remarques utiles aux deux jeunes aventuriers.
Baptiste semble cependant assez clairvoyant sur ce que va être son année ici. C’est plus délicat pour la jeune Dorine qui semble se poser d’innombrables questions et redouter ces premières semaines. Des cercles se forment par nationalité ou par affinité et assez vite, on constate la surabondance de Géorgiens, Arméniens et Français. Je parle un peu avec Martina, une très jolie jeune Italienne puis Alberto, un autre des flirts de Lucie, nous fait partager son accent sicilien.
D’autres volontaires nous rejoignent ensuite et nous nous retrouvons à environ 25. Vers 17h30, nous prenons nos quartiers dans le bar Ana. Bien entendu, sur le trajet, nous ne passons pas inaperçus et l’abondance de langues parlées dans nos rangs affole certains piétons. Je me mets un peu à l’écart dans le bar avec Baptiste, Levan et deux autres Géorgiens. Je parle longuement avec le Palois qui me conte sa vie dans le Sud-Ouest et ses premiers jours ici. Bien qu’il n’ait été en Roumanie que depuis deux semaines, je constate qu’il a déjà un panorama assez riche de son village et de la vie locale ainsi qu’un regard très éclairé. Il habite dans une petite ville aux bords de champs pétrolifères, si bien que sa ville soit surnommée « Petrocity » dans les environs. Il m’explique ensuite la présence de quelques américains dans la ville et la mise en place de l’extraction par une compagnie ukrainienne pour le compte d’une firme américaine…
Baladant mon regard au hasard, je constate le jeu qui se trame entre Mathias et une Arménienne nommée Eliza. Je ne porte pas vraiment ce jeune Danois dans mon cœur. Son arrogance notamment et sa propension à se plaindre me chagrinent un peu par moments. Mais je me reconnais un peu en sa personne ; il est indéniable que nous ayons tous deux un besoin prégnant d’aimer et d’être aimé. Ainsi, je constate à chaque nouvelle volontaire rencontrée que Mathias se jette à corps perdu dans ce jeu de séduction. Ainsi, avec Eliza, les regards et les sourires se succèdent puis ce flirt se concrétisera par un échange de scalp : Eliza faisant une tresse avec les cheveux blonds du Danois et ce dernier rajoutant une mèche des cheveux noirs bouclés d’Eliza à sa crinière blonde.
Peu après, Danny débarque et me fait signe de venir le voir. Je souris longuement en me présentant à lui. Il me demande comment ça va puis la discussion prend une tournure à laquelle je m’attendais. Il m’explique qu’il a 15 volontaires dont il doit s’occuper, qu’il ne peut avoir un œil sur tout le monde mais que je dois, comme les autres, le tenir informé si je veux faire quelque chose. Il s’excuse pour l’usage du mot « respect » mais enchaîne sur le fait qu’il sente mon manque de communication avec lui comme un manque de confiance de ma part. J’essaye de trouver les mots pour lui expliquer qu’il me semble possible d’effectuer des tâches dans ma communauté mais aussi à une autre échelle et que je pense disposer d’assez de temps pour mener les deux en parallèle. Finalement, la discussion n’aura pas eu grand intérêt, mais je savais assez bien que Danny ne pouvait pas se permettre de m’avoir contre lui, surtout compte tenu de Sargis.
En effet, depuis que je suis arrivé, mon collègue arménien passe le plus clair de son temps loin de Runcu, plus précisément à Petrosani. Là-bas, chaque week-end, l’attend un coeur roumain et d’après les échos, ce serait assez sérieux avec cet homme. Danny essaye de me tenir dans la confidence en m’expliquant que Sargis a besoin de cette liberté et que je ne dois pas lui en vouloir d’offrir à Sargis tout ce temps libre. Je reste assez évasif concernant la situation, tout en avouant qu’être seul la plupart du temps dans mon village n’est pas réellement un problème pour moi. Cela me permet à la fois de m’incorporer plus facilement et surtout de jouir de ma liberté comme bon me semble.
Juste à la fin de cet aparté, je constate l’entrée de Guada et Vizma dans le bar. Cette dernière se jette à mon cou et m’embrasse longuement. Je suis un peu surpris par sa démarche, elle qui est généralement si discrète. Lucie me demande si « c’est officiel ». Je ne sais que répondre et me contente de m’asseoir aux côtés de Vizma. Les minutes passent, je discute un peu avec Vizma et je me délecte surtout de cette énorme tablée qui rit, chante et parle espagnol, anglais, italien, français, géorgien, arménien, roumain, russe… Lors de ces instants, je comprends assez aisément ma chance que de faire partie de cette aventure et même si je ne connaîtrais personnellement que très peu de ces volontaires, pouvoir côtoyer autant de diversité reste un privilège certain. Bien que, comme nous le conclurons avec Baptiste quelques heures plus tard, bien qu’étant tous d’origines très différentes, nous avons réellement en nous une sorte de gêne commun : un idéal.
Un idéal qui serait synthétisait dans cette soirée et cette année. La possibilité de vivre tous ensemble ; peu importe l’origine, la sexualité, la religion, les opinions politiques. Un grand respect existe entre chacun, bien que souvent les opinions divergent lors des discussions. Un grand respect et surtout une volonté commune d’apprendre de l’autre, de ce qu’il a appris, vu, lu, entendu, fait. L’illusion partagée qu’un autre monde serait possible où chacun vivrait en bonne intelligence avec son voisin, comme nous essayons le faire pendant un an malgré nos différences…
Alors que nous nous dirigeons vers un autre bar, invités par la direction d’Ana à aller voir ailleurs, nous nous séparons du groupe avec Vizma. Celle-ci sur ses talons est presque à ma hauteur et marche à mes côtés en me tenant le bras. Se promenant, je constate dans les regards des hommes que nous croisons que la beauté de la Lettone n’est pas qu’une illusion personnelle. Je lui dis mon plaisir de pouvoir m’écarter un peu du groupe après avoir passé plus de trois heures assis dans ce bar, ayant ainsi atteint mon autonomie de marche dans un groupe aussi important. Je lui explique ensuite mon incapacité à rester souriant aussi longtemps puis elle me répond que ça s’apprend, qu’elle-même l’a appris au cours de ses années de mannequinat. Je ne relève pas vraiment l’information, absorbé par d’autres pensées.
Je songe à ces jeunes femmes que j’ai eu à mes côtés ces dernières années. Mes amours ont souvent brillé par leur effervescence. Quelques jours, quelques semaines : une passion. Une passion limitée. Puis soit les évènements envoyaient cette jeune femme ou moi-même sous d’autres cieux. Soit je me trouvais la plupart du temps incapable de prendre quelque responsabilité. J’ai toujours pensé qu’entrer dans la vie de quelqu’un donnait de fait de nombreuses responsabilités par rapport à celle-ci. Je ne regrette pas vraiment ces amours fulgurants, je garde de bons contacts avec quelques-unes et je constate ainsi qu’elles n’ont pas eu le temps de me voir tel que je suis, gardant de moi une image erronée, de quelques heures passées ensemble et magnifiées par les souvenirs.
Marchant avec Vizma, me vient à la réflexion que cette jeune Lettone est peut-être arrivée au bon moment dans ma vie. Le hasard nous offre un an à partager et je constate, dans ces premiers instants passés avec elle, qu’il serait sans doute doux et intéressant de passer toute cette année à ses côtés. Peut-être qu’il est temps de tourner la page de la flamboyance passagère pour s’essayer à une relation plus dense, plus difficile aussi certainement…
Tout au long de notre promenade, qui durera environ deux heures, nous échangeons de nombreuses questions. Je lui parle longuement de ma grande fébrilité quand il s’agit de s’ouvrir et de mes regrets, notamment par rapport à mon père. Les confidences sont aisées et je me surprends à ouvrir certaines portes, restées closes ces dernières années. Ses réponses à mes questions me font découvrir une jeune femme beaucoup plus mature que son âge ; bien qu’étant également sujette à de nombreuses questions sur son devenir.
Nous retournerons ensuite dans cet autre bar puis nous irons dans une boîte, où bien entendu l’arrivée de vingt-cinq personnes en groupe laissera abasourdi pas mal de monde. Dans cette petite boîte qui nous gratifiera de dance et de techno de piètre qualité, je partagerais quelques bières avec Dorine et Baptiste avant de rester de longs moments lovés sur des canapés en compagnie de Vizma. Levan me fera part de son coup de cœur pour la jeune italienne ; tout en semblant parfaitement résigné. Je suis sincèrement triste pour lui. Certes, son aspect physique peut prêter à discussion, étant sans doute proche des 100 kilos pour 1m70 mais c’est un garçon doué d’une intelligence, d’une gentillesse et surtout d’un humour remarquable.
Une bagarre éclatera au cours de la soirée entre un Italien et deux Géorgiens, ayant un peu abusés de vodka. J’essayerais de calmer tout le monde avec Baptiste puis un des deux Géorgiens, dont on m’avait déjà parlé pour son côté sanguin et qui avait plus ou moins fait des avances prononcées à Guada, Vizma et Lucie lors d’une précédente soirée, se rapprochera de Vizma et moi. Du haut de son mètre quatre-vingt-dix, il viendra présenter à la Lettone ses excuses pour son attitude passée puis me prendra par le bras et me dira en français « Toi, je t’aime bien. T’es un bon gars, un gars intelligent, ça se voit » puis en russe, il dira à Vizma « bon choix ».
La nuit se terminera par une virée en taxi dans la campagne roumaine. Dorine, Baptiste et Armand, l’Arménien avec qui notre Palois vit, partiront dans une petite Logan avec six autres passagers alors que pour nous, la chevauchée sera plus tranquille. 10 lei plus loin, vers 4h du matin, chacun retrouvera sa chaumière…

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 06 déc. 2010, 08:20

"Marchant avec Vizma, me vient à la réflexion que cette jeune Lettone est peut-être arrivée au bon moment dans ma vie."

un modèle "lingerie" arrive toujours au bon moment dans une vie ! :)
sinon, je vais monter un fan club pour Levan, mon "double" Géorgien !

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 06 déc. 2010, 09:22

Putain c est dommage que j ai tout ce retard... Et je peux pas vous balancer les ecrits concernant les derniers jours sans le reste.

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Re: La saison des illusions

Messagepar Austin Powers » 06 déc. 2010, 11:26

C'est énorme! T'es un génie pour l'écriture!

Je suis content de voir que ta réflexion avance et de tes choix...reste à voir par la suite...mais vite!
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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 07 déc. 2010, 08:38

16/11

Ce lundi est une journée assez dense qui se débute par une marche vers le centre du village dans la brume matinale. Je découvre ainsi le flot des travailleurs de Runcu, qui se dirigent vers le centre à 7h30 pour prendre le bus en direction de Targu Jiu. Pour ma part, je dois aller à Balta, village qui se situe à 6 kilomètres de Runcu pour assister à une présentation sur Thanksgiving et à une réunion de professeurs d’anglais.
Par chance, je croise Cosmin, le prof d’informatique, en attendant le bus. Et bien vite, le prof de biologie nous prend dans sa voiture pour nous amener à Balta. Normalement, je devrais travailler également dans cet établissement mais la distance et la difficulté pour s’y rendre font que je n’y vais quasiment jamais. C’est d’ailleurs dommage car les enfants sont plus grands là-bas et je pourrais sans doute mettre en place des activités plus intéressantes.
Arrivés à Balta, Cosmin m’introduit dans la salle des professeurs et je découvre au fil des minutes tous les professeurs de l’école. Certains ne notent quasiment pas ma présence, d’autres sont intrigués et après avoir pris connaissance de mon identité, ils essayent de se remémorer leurs souvenirs de classe de français.
Vers 9h, Ionela arrive et nous allons dans une autre salle où nous accueillent six adolescents avec le programme des festivités et des fleurs en guise de cadeaux. Je prends ainsi connaissance du programme des réjouissances, ne sachant pas réellement à quoi m’attendre jusque-là. Les données sont maintenant plus claires et l’arrivée massive de nombreuses professeurs d’anglais des différents villages environnants ne font que clarifier encore plus la situation. Je parle quelques instants avec l’une d’entre elles qui me confie ô combien il est difficile d’enseigner dans ces villages où l’éducation des enfants n’est pas la préoccupation première des parents.
Je me retrouve pendant trois heures avec une tablée d’environ 20 professeurs d’anglais, toutes des femmes. Demandant à Ionela pourquoi aucun homme n’est présent, elle me répond que professeur de langue n’est sans doute pas un travail pour les hommes. Je reste perplexe quant à l’explication. La matinée débute par une présentation concernant Thanksgiving. Six élèves, uniquement des filles, récitent un texte appris concernant l’origine de la fête et son importance de nos jours. Je scrute avec attention la professeur d’anglais de Balta, qui salue de la tête la bonne performance de ses ouailles pendant toute la présentation. Je suis assez surpris par le niveau d’anglais. A la fin de la présentation, la professeur d’anglais ne peut s’empêcher de montrer sa satisfaction et sa fierté devant ses nombreuses collègues.
Ensuite, une autre professeur prend la parole et disserte sur l’importance d’utiliser l’humour dans les cours d’anglais. Son exposé est intéressant bien qu’hésitant. Les quelques blagues qu’elle déclame à la fin de son temps de parole décochent même quelques rires à une assemblée assez stricte.
Profitant de quelques minutes de pause, je m’aventure dehors. Les jeunes sont dehors et bien vite une jeune fille vient à ma rencontre, me parlant un anglais parfait. Je suis décontenancé par sa facilité à mener la discussion avec moi, du haut de ses 14 ans. Bien vite, les autres élèves commencent à l’appeler par son prénom et je comprends assez aisément ce qu’ils lui disent à mon sujet. J’en souris puis retourne dans la salle, lui disant que je reviendrais certainement à Balta.
La disposition des professeurs dans la salle est assez drôle à analyser. Deux grandes tables de 15 personnes sont disposées en travers de la salle. D’un côté, la table est remplie. De l’autre, il n’y a que cinq-six personnes. Je comprends assez vite que l’une d’entre elle est plus ou moins la référente pour les profs d’anglais du coin. A ses côtés, papillonnent deux assistantes, toujours prêtes à confirmer le point de vue de cette référente.
Ce sera encore le cas quand nous passerons au repas. Ces trois-là feront table à part alors que toutes les autres resteront ensemble. Pendant ce déjeuner, je goûte le vin de la directrice de l’école de Balta. C’est une sorte de tradition dans les écoles : quand il y a un repas, le vin est issu de la production personnelle des professeurs ou du directeur. En quittant l’établissement, je tombe sur un cadre où est écrite une citation de l’écrivain Eminescu que je comprends ainsi « Lis ! En lisant beaucoup, ton cerveau deviendra un laboratoire grouillant d’images et d’idées. »
Nous retournons ensuite à Runcu avec Ionela. Cette journée est la journée internationale de la tolérance. Pour l’occasion, nous avons mis en place une activité autour de ce thème. Je m’attache donc pendant une demie-heure à traiter du sujet, aidé par la traduction de Ionela. L’assemblée formée par une cinquantaine d’enfants et quelques professeurs est attentive. Je ne parlerais pas d’homosexualité, car la censure n’aura pas voulu que je traite de ce problème épineux compte tenu de la religion omniprésente. Je discute donc longuement de Mandela et Martin Luther King. A l’évocation de ces noms, je comprends que les professeurs ne les connaissent pas vraiment et je suis totalement surpris. Seule la professeur de religion a une idée claire concernant Luther King, car il était pasteur. Je termine bien entendu l’exercice par quelques citations, notamment celle-ci de Gandhi : « La colère et l’intolérance sont les ennemis commun de la bonne compréhension de l’autre ».
Rentrant à la pension, je me trouve réquisitionné pour effectuer divers travaux. Le maniement de la pelle et de la serpe n’a maintenant plus aucun secret pour moi et j’y prends même un réel plaisir. Plus tard, après avoir nettoyé et salé de nombreuses salades, je découvrirais en enlevant leurs peaux la couleur noire de l’enveloppe des betteraves… Pendant ces quelques heures passées à faire ceci et également à éplucher oignons, carottes et autres légumes, je fais part à Liviu et Aurora de mes projets de voyage concernant le printemps et l’été. Ceux-ci me disent qu’ils pourront certainement m’aider, connaissant de nombreuses personnes dans diverses villes pour m’héberger.

18/11

De nombreux volontaires sont venus à Targu Jiu aujourd’hui. Nous avons eu un « training » tous ensemble sur le montage de projet. Le terme est fondamentalement pompeux. Depuis quelques semaines, j’ai dans l’idée de monter un projet avec un ancien collègue de l’UCPA avec qui j’ai travaillé quelques temps à Marseille. Ce projet aurait pour but de faire venir des jeunes Marseillais en Roumanie, dans nos villages, pour quelques jours. Je pense que ce projet serait sincèrement intéressant aussi bien pour les jeunes Marseillais que pour les enfants roumains qui sont ici. Il mettrait en exergue différentes problématiques : la ruralité et l’urbanité ; la confrontation de deux jeunesses qui vivent dans des milieux différents mais autant défavorisés socialement ; la découverte d’une nouvelle culture pour les jeunes Français. De plus, la Roumanie devant entrer dans la zone Schenghen en avril prochain, ce projet rentrerait parfaitement dans ce cadre de promotion de la Roumanie en Europe, ce qui faciliterait certainement nos démarches dans la recherche de fonds.
Cependant, dès que j’en ai parlé aux responsables roumains, ils ont été séduits par l’idée mais terrifié par la somme de travail que cela demanderait, notamment pour ce qui est de l’écriture du projet. Ce training devait donc être l’occasion d’en apprendre plus sur cet exercice. Bien entendu, en une journée et malgré toute la bonne volonté du responsable de la formation, je n’ai pas appris grand-chose. Cela m’a simplement rappelé quelques souvenirs de dossiers longuement travaillés pour le compte de l’UCPA pour gagner quelques appels d’offre de collectivités.
La formation m’a cependant permis de passer quelques temps avec Vizma. Son attitude est ambiguë. Elle semble à la fois de plus en plus proche à chaque fois que l’on se voit tout en gardant une sorte de distance, de froideur qu’elle n’a pas avec les autres. J’avoue avoir du mal à analyser la situation et les questions de Lucie sur la distance de Vizma à mon égard ne font que renforcer mon propre questionnement.
Avant de quitter l’université où nous avions cette formation, je croise une jeune femme du village. Celle-ci travaille dans une des épiceries de Runcu et ce n’est pas la première fois que je la croise à Targu Jiu, nous saluant de la tête à chaque reprise. Cette fois, la jeune femme vient me voir et nous discutons un peu. J’en apprends donc plus sur cette jeune étudiante en sciences sociales la semaine et épicière le week-end. Andreea me présente ensuite à quelques-unes de ses amies, semblant assez fière de compter un étranger dans son village.
Tous les volontaires se dirigent ensuite vers Ana, comme d’habitude. Sur le chemin, Martha nous quitte. Elle va terminer son EVS au début du mois de décembre. Notre aurevoir ressemble plus à un adieu, il est certainement dommage que l’on n’ait pas eu plus de temps pour se connaître car cette Espagnole avait une vision de la vie assez intéressante.
Dans le bar, nous prenons nos quartiers dans les fauteuils. Vizma reste à discuter avec Mathias et Rodrigo, je contemple les images de la dernière journée de championnat roumain qui passent en boucle sur les écrans géants. Certains mangent des pizzas, d’autres des sandwichs ; je trouve le temps long. Je cherche la jeune Lettone du regard sans trouver beaucoup d’échos dans le sien.
Sentant la frustration monter en moi, je décide tout simplement d’aller faire un tour seul. Bien que je ne sois en Roumanie que depuis quelques temps, j’ai déjà trouvé l’endroit propice pour ce genre de moments. Je me dirige donc vers le stade. Tout d’abord pour profiter du Wifi du club du Pandurii puis quelques minutes plus tard, je me dirige vers le synthétique. Cristi est présent avec ses camarades. Aujourd’hui pas d’entraînement, simplement une séance de frappes entre eux. Cristi m’invite à les rejoindre et je ne me fais pas prier. Je me régale vraiment avec ces jeunes et le contact avec le ballon me permet de décompresser totalement alors que les jeunes me défient dans un concours de coups-francs, criant « Benzema » ou « Zizou » quand je marque.
Je reste environ une heure puis retourne à Ana, après avoir salué longuement les jeunes footballeurs. Une fois arrivé au bar, je constate que tout le monde est encore scotché au même endroit. Georges me demande où j’étais et se marre quand je lui explique. Mathias, lui, semble assez surpris, voire consterné, que je puisse trouver un quelconque réconfort en tapant dans un ballon avec des gosses. Vizma sourit à l’évocation de ces instants avec les gamins puis je l’écoute à nouveau parler avec Mathias. La discussion ne m’intéresse pas du tout et, comme souvent, je brille par mes silences, qui font réagir le Danois après quelques temps. Je lui explique laconiquement que je préfère écouter les gens brillants qui ont des choses à dire et garder le silence…
En soirée, Sargis, pour une fois à Runcu, m’annonce qu’il va quitter le projet dans quelques semaines. Il me raconte un problème familial qui serait à l’origine de ce départ précipité. Puis il note l’ironie de la situation. Avant il voulait partir et ne pouvait pas, maintenant il veut rester et les faits font qu’il doive partir. Je reste assez sceptique sur l’histoire qu’il me raconte, qui est trop importante pour que ce soit vrai ; surtout sur le fait qu’il ne cherche pas à partir dès le lendemain si c’est vrai…

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 07 déc. 2010, 08:56

Mmmmmm .......
ça sent le pâté avec Vizma !

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Re: La saison des illusions

Messagepar Albat » 07 déc. 2010, 10:03

Frido et son sens du réconfort

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 07 déc. 2010, 10:22

Ben quoi ? y'a du bon pâté aussi ! :)
Et tu ne peux pas dire que cette Vizma n'est pas très claire sur ce coup !
Un jour, elle s'affiche ouvertement avec le Mic' et le lendemain elle reprend ses distances !
c'est déstabilisant !
surtout pour le Mic' ! Lui qui a tant besoin d'amouuuuuuuuuuuuuuur !
En fait, il aime aimer, mais aime t'il vraiment Vizma ? je ne le crois pas ....
Et les filles le sentent !

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 07 déc. 2010, 12:48

Il est fin psychologue ce Frido. Finalement, je me rends compte que l'histoire devient centrée sur cette relation...

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Re: La saison des illusions

Messagepar N.E.R.D » 07 déc. 2010, 13:05

non mais frido c'est hitch quoi

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Re: La saison des illusions

Messagepar Fido-Boulettes » 07 déc. 2010, 13:11

Hitch ? l'auto stoppeur serial killer ? :)

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Re: La saison des illusions

Messagepar N.E.R.D » 07 déc. 2010, 13:39

en méme temps souvent femme varie, ou c'est les ragnagna

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Re: La saison des illusions

Messagepar Dobble » 08 déc. 2010, 17:04

Je pense qu il y aura pas d ecrit avant mercredi prochain. J ai du taf et apres je bouge a Budapest.

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Re: La saison des illusions

Messagepar Austin Powers » 09 déc. 2010, 02:46

Tant mieux sinon en rentrant je vais avoir trop de lecture!!!
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